Les chrétiens ont vécu de grandes choses pendant le confinement. Des choses douces et belles et puis d’autres douloureuses. Voici quelques témoignages, extraits du dernier magazine Eglise en Mayenne à récupérer gratuitement dans vos églises paroissiales.

 

Période à la fois difficile et propice à la réflexion, le temps de confinement que nous venons de vivre est entré dans l’Histoire. A défaut de pouvoir nous voir, ce sont nos yeux du cœur qui ont vu. Que ces témoignages d’une pastorale renouvelée, et même improvisée permettent à chacun de les garder longtemps ouverts, pour relire ces moments inédits, prendre du recul et continuer d’avancer !

A Bonchamp, la belle expérience « gardien de son frère »

Tandis que le confinement venait de nous être annoncé, l’équipe pastorale de notre paroisse se réunissait le lendemain par visio-conférence. L’Esprit a soufflé sur cette rencontre en inspirant de nouvelles manières de rester frères et sœurs en Jésus Christ pendant cette période inédite. Le Père Franck, notre curé, nous a envoyé un message pour nous inviter à vivre cette situation dans la Foi, dans la Charité et dans l’Espérance.  Il nous a proposé différentes manières de nous rejoindre et de nous soutenir, dont celle de devenir « gardien de son frère ».

Le but était de veiller sur 2 ou 3 « maisonnées » (attribuées chaque semaine) par la prière et le téléphone. Nous étions à l’écoute, et disponibles pour informer des propositions faites par la paroisse et tout simplement pour faire connaissance. Privés des liens que nous avons habituellement en nous réunissant, la paroisse se rendait présente à chacun de ceux qui nous étaient attribués.

Les inscriptions n’ont pas tardé et à l’arrivée, ce sont 33 « gardiens » qui ont veillé sur 80 personnes pendant ces semaines de confinement. De belles rencontrent ont eu lieu et les liens perdureront certainement puisque déjà des personnes continuent à prier ensemble le Je vous salue Marie, d’autres se sont inscrites sur le groupe Whatsapp de la paroisse. Tous vont rester unis grâce à cette belle action dans laquelle l’Esprit Saint était à l’œuvre !

 Véronique Flambard

Dans les Coëvrons, les paroissiens ont prié au téléphone fixe

Internet, Facebook, et les smartphones derniers cris ne sont pas indispensables pour garder le contact. Dans le secteur des Coëvrons, le curé a prié avec ses paroissiens tous les jours sur le téléphone fixe. Une soixantaine de paroissiens se sont retrouvés tous les jours à 17h30.

A la manœuvre, don Camille saluant verbalement chaque entrant qui se présente pour signifier sa présence. Les voix sont reconnaissables et pour beaucoup teintées d’émotion. Nous voici redevenus proches, heureux de pouvoir faire Église, témoigne Antoine ; au premier rendez-vous nous étions 50, le mardi  suivant, nous étions 66. On commence par le signe de la Croix qui unit le groupe, puis une lecture du propos du Saint Père lors de sa bénédiction urbi et orbi du 25 mars. Vient ensuite le moment de surfer sur les nouvelles et les initiatives charitables d’un ou deux villages de la paroisse. Ces événements alimentent les intentions de prière soutenues par une première dizaine de chapelet tournée vers les plus proches.

Chacun son tour, un paroissien du clocher du jour lance un Je vous salue Marie repris par le chœur de l’assemblée téléphonique. La deuxième dizaine est aux intentions du monde. Nous recevons enfin la bénédiction qui nous envoie et à cet instant s’exprime toute la gratitude et l’attente du lendemain pour prier ensemble. Un soir, une paroissienne a tenu à dire combien cette initiative lui permettait de vivre ce à quoi elle ne pouvait plus prétendre en paroisse à cause de son handicap la clouant chez elle. Un constat et une espérance pour demain.

Antoine,
paroissien du Doyenné des Coévrons

Un pèlerinage à Lourdes inoubliable

L’Hospitalité Notre-Dame-de-Lourdes de la Mayenne a proposé aux hospitaliers et malades qui étaient inscrits pour le pèlerinage du 20 au 25 avril, un pèlerinage spirituel.

Chaque jour nous participions à la messe célébrée à la Grotte de Lourdes suivie d’un texte de méditation lu par notre aumônier sur le thème du pèlerinage « Je suis l’Immaculée Conception ». Ce texte était lu sur un fond d’images de nos pèlerinages précédents. Ces images qui évoquaient des souvenirs, des moments vécus en partage  avec les malades et les autres hospitaliers, nous amenaient à un recueillement loin de la grotte mais proches de tous les pèlerins.

Le chapelet était  aussi un moment intense devant la grotte vide, mais remplie de personnes en communion de prière.

Dans la journée des scènes vécues à Lourdes les années précédentes s’invitaient et nous entraînaient vers Lourdes, la grotte, les piscines, les célébrations etc… mais surtout vers les malades, pour certains confinés dans leur chambre sans visite de leurs proches.

Les malades et les hospitaliers inscrits sans connexion internet ont reçu les  textes de méditation par courrier. Les malades ont aussi reçu leur livret de pèlerinage.

Un grand merci à Alain Baty qui a été à l’initiative et aussi le chef d’orchestre de ce pèlerinage. Merci aussi au Père Didier Thirault pour ces textes de méditation et à Marion Baty qui a fait un travail exceptionnel pour nous faire vivre ce pèlerinage par des diaporamas.

                                                                                         Françoise Lebrun

Le témoignage de Christine, aumônier hospitalier

Le 10 mars, la direction a suspendu l’entrée des bénévoles et des familles au sein de l’hôpital et de l’EHPAD. Le confinement a donc commencé plus tôt pour les malades et les résidents. Les animations en groupe se sont aussi arrêtées ainsi que les repas en salle à manger. La vie est devenue comme suspendue au sein de l’établissement… Peu de bruit, peu de mouvements dans les couloirs…

Habituellement habillée en civil pour ma mission d’aumônier, j’ai dû adopter une nouvelle tenue : veste d’aide-soignante ainsi qu’un masque. Ce dernier met une barrière physique avec la personne visitée puisqu’il ne permet plus de voir les sourires ou toute autre expression du visage. Pas facile…

J’ai réparti mon temps entre Craon et Renazé mais très rapidement, une nouvelle contrainte est tombée : plus de déplacements entre les deux sites. J’ai été attachée au site de Craon. La bonne nouvelle était que j’allais avoir presque tout mon temps à consacrer aux visites puisqu’une partie de ma mission consiste à organiser et planifier tout ce qui concerne les bénévoles. J’ai donc pris ce changement à bras le corps ! Mais au bout de deux mois à ce rythme, la fatigue émotionnelle a commencé à se faire sentir. Visiter les malades de l’hôpital et les résidents de l’EHPAD est une expérience unique mais très « absorbante ». Entre chaque visite, il faut « remettre les compteurs à zéro » et entrer dans la chambre suivante, toujours avec le sourire et la même disponibilité,  comme si c’était la première de la journée.

Le programme de mes journées est : visites, visites, visites… En ce temps de confinement dans les chambres, elles sont riches de confidences, de temps de prière, de larmes, de résignation, de découragement mais aussi de rire et de joies partagées…  

L’absence des bénévoles de l’aumônerie se fait cruellement sentir chaque jour : je me sens bien petite pour visiter, seule, les nombreuses chambres ! Mais chaque visite est un trésor que je garde précieusement et que j’offre au Seigneur. Je ne suis qu’un instrument pour le servir. Ce passage de la prière que nous disons avant de partir en visite l’illustre parfaitement : « Habite-moi, Seigneur Jésus, efface-moi en Toi : rends-moi transparent à Ta présence et apprends-moi à être le sourire de Ta bonté. Car à travers moi, c’est Toi qu’au fond d’eux-mêmes ils peuvent rencontrer». Se laisser guider par l’Esprit Saint permet de vivre pleinement les visites et d’être toute tournée vers l’Autre.

Les résidents et les malades étaient totalement isolés, prenant même tous leurs repas dans leur chambre. Les seuls contacts étaient avec le personnel soignant, l’équipe d’animation et moi-même. Le personnel d’animation s’est adapté en faisant des visites individuelles dans les chambres et en organisant de nombreux Skype pour les malades et les résidents.

En début de semaine, j’ai pu apporter des Rameaux bénis dans les chambres : quelle joie pour les résidents ! Les Rameaux ont dessiné des sourires sur les visages !

Ce temps de confinement m’a permis de tisser des liens plus étroits et plus profonds avec les malades et les résidents, mais aussi de renforcer les liens avec le personnel médical.  Nous avons uni nos forces, au-delà des croyances des uns et des autres, pour prendre soin des plus fragiles.

 Christine Alix-Béghin – Aumônier Hôpital Craon/Renazé

Le témoignage de Caroline, enseignante

Qui aurait cru qu’un jour ils me manqueraient… ?

Ils, ce sont mes élèves. Tous mes élèves… Même celui qui pensait que Jean Jaurès était un participant à l’émission l’Amour est dans le pré ; ou celui qui croyait que Charles de Gaulle  était un ancien joueur de football du Paris-Saint-Germain ; ou encore celui que j’ai dû convaincre que Mac Mahon était bien le nom d’un président de la République et non la spécialité d’un célèbre fast-food. 

Devant mon ordinateur, me débattant avec les nombreuses possibilités d’une plateforme numérique, nouvel espace de communication avec les élèves, je m’ennuie. De ces élèves, je n’ai plus de nouvelles. J’ai beau leur proposer des textes à trous, des quizz, des vidéos, des visios, (merci Ô merveilleuse plateforme), ils ne me répondent pas.  Je suis même allée jusqu’à sortir des limites de mon programme (c’est vous dire…) pour rejoindre leurs propres centres d’intérêts mais toujours rien…

Je m’ennuie et je m’inquiète. Comment les retrouver ? Comment les remotiver ? En classe, même avec ses difficultés, chaque jeune avait sa place dans le groupe, ses repères. Qu’en est-il maintenant ? A défaut de continuité pédagogique, notion assez illusoire dans l’enseignement professionnel, j’aurai voulu maintenir la continuité du lien…

Alors, c’est décidé :  aux élèves que j’aurai la joie de revoir, je réserve une surprise : je les emmènerai déguster un Mac Mahon ; puis nous discuterons des amours bucoliques de Jean Jaurès tout en évoquant les incroyables passes et dribbles du général de Gaulle…              

                                                                                                                                          Caroline Ducourant

Le Témoignage d’Antoine, sacristain, à 16 ans

Je m’appelle Antoine, j’ai 16 ans, je sers la messe depuis ma première communion. Depuis de nombreuses années, M. Guillet est le sacristain de la commune où j’habite. Mais au début du confinement le prêtre de ma paroisse, le père David Dugué, m’a demandé de le remplacer car la situation que nous vivions représentait un risque pour lui. J’ai donc accepté le service avec joie, cela me permettait de passer un moment à l’église et hors de la maison. Chaque jour, lorsque nous étions autorisés à le faire, j’ai ouvert l’église tous les matins à 9h. A 17h, depuis le 14 mars et jusqu’à Pentecôte, j’ai sonné les cloches pour annoncer la prière du chapelet en union avec toutes les églises dema paroisse. Le chapelet a été récité à cette heure-là pour permettre aux personnes des maisons de retraites d’y participer depuis leur résidence. A 19h je fermais les portes de l’église.

Le fait de ne pas servir la messe m’a permis de vivre autrement le service. Mais je suis heureux de reprendre le service de l’autel. Comme j’habite en face de l’église, je vais poursuivre la fermeture de l’église, laissant à Monsieur Guillet l’ouverture.

Antoine, 16 ans
Paroisse St-Clément-du-Craonnais