Avec style et précision, l’historienne Anne Bernet nous conte, dans La simplicité et la grâce, une page de l’histoire de l’Église ; celle d’un humble prêtre mayennais, témoin de l’apparition mariale aux enfants de Pontmain, le Père Michel Guérin. Le livre publié aux éditions Artège, est sorti ce 12 janvier en librairie. 

Le diocèse de Laval est riche d’avoir vu naître sur ses terres un prêtre qui a été témoin des apparitions mariales à Pontmain. L’historienne Anne Bernet, postulatrice de la cause de béatification de l’abbé Guérin, relate dans cette biographie, la vie du modeste prêtre tout donné à l’évangélisation de cette terre du nord mayennais. Il est actuellement reconnu comme « serviteur de Dieu ».

Un prêtre né et élevé à Laval

Né à Laval en 1801 dans une famille de modestes tisserands lavallois, baptisé à Saint-Vénérand, le désir du sacerdoce naît très tôt chez le jeune homme.

L’Abbé Guérin, pour autant que l’on sache actuellement, n’a rien dit ni écrit concernant son enfance. Il est cependant probable que, comme tant d’autres, il apprit de sa mère, avec les rudiments de la foi, à aimer et prier “la Bonne Vierge”.

Michel Guérin a certainement, petit, fréquenté souvent le sanctuaire de Notre-Dame d’Avesnières, préservé des destructions révolutionnaires et entendu relater les miracles de la Patronne et Protectrice de la ville. Invoquée depuis des siècles par les Lavallois dans toutes leurs besoins, même les plus modestes, Notre-Dame d’Avesnières est le recours universel dans les épreuves. Elle est celle à qui l’on peut recourir en toute confiance. L’abbé Guérin ne l’oubliera jamais.

Une pédagogie qui prépare les cœurs au divin

C’est à la fois l’histoire d’un homme qui nous est contée ici ainsi que l’histoire mouvementée de l’Église de Mayenne fortement secouée par les affres de la Révolution. Sans charisme exceptionnel, par la patiente mise en œuvre de la restauration du lieu, des dévotions, de la présence à tous, l’abbé Guérin donna sa vie pour faire d’un village défavorisé, victime de la déchristianisation postrévolutionnaire, un foyer de chrétienté rayonnant.

« Tant de détestations nées de la période révolutionnaire fermentaient encore dans les cœurs, dans l’attente d’un pardon, d’une réconciliation, d’un oubli qui ne venaient pas… Oui, le monde était malade et seule la miséricorde divine pouvait le guérir. Encore fallait-il des prêtres pour la porter à ces âmes tourmentées qui, trop souvent, rejetaient Dieu comme un ennemi. C’était à celles-là que Michel Guérin rêvait d’aller parce que le Christ avait dit que les bien-portants n’avaient pas besoin de médecin. »

* La simplicité et la grâce de Anne Bernet
Michel Guérin, le petit curé de Pontmain
Editions Artège, 654 pages, 26 €

Mgr Thierry Scherrer nous parle du livre d'Anne Bernet

« C’est Dieu qui a tout fait. Il veut que je sois à vous sans partage : désormais, c’est avec vous à la vie et à la mort. Vous pouvez compter sur l’absolu dévouement de votre pasteur. »

Ce sont les premiers mots que le nouveau curé adressera à ses paroissiens en arrivant. Durant 36 ans, ce prêtre passionnément dévoué à son ministère a transformé le village de Pontmain et préparé l’Apparition de 1871.

Au moment où l’on insiste si fort sur la nécessité d’une Nouvelle évangélisation, Michel Guérin nous apparaît comme l’exemple particulièrement suggestif d’un engagement sacerdotal, à la fois social et missionnaire, tel que le pape François l’appelle de ses vœux dans son Exhortation apostolique La Joie de l’Evangile. C’est un homme de bon sens qui déploie son charisme et son rayonnement spirituel au cœur des réalités temporelles.

Michel Guérin, c’est d’abord un éveilleur d’espérance. L’époque où il vécut était particulièrement sombre, troublée qu’elle était par la guerre franco-prussienne. Michel Guérin est un prêtre qui va redonner joie et espérance à un petit peuple qui se sentait abandonné. Cette espérance, il la puise en particulier dans sa dévotion filiale à la Vierge Marie qu’il va communiquer à ses paroissiens.

Michel Guérin, c’est aussi un prêtre aux « périphéries existentielles ». On sait que Pontmain était un hameau perdu au bout du département de la Mayenne qui n’intéressait ni l’administration ni l’Église. C’est pourtant là que Michel Guérin va choisir de s’établir dans le souci d’aller porter aux plus pauvres la Bonne nouvelle de l’Évangile. Et l’on sait tout ce que ce bon curé a pu réaliser à Pontmain avec une douce obstination et sa confiance absolue en Dieu : il multiplie les démarches pour que le village dispose d’une recette buraliste, d’une boîte postale ; il crée un bureau de bienfaisance, il fait construire une école et établit une communauté de religieuses pour assurer l’éducation des enfants. Il sollicite les autorités compétentes pour améliorer les voies d’accès au village.

«La simplicité et la grâce ! » Sans aucun doute, le Père Michel Guérin en était une illustration vivante. Ainsi que l’écrit Anne Bernet, postulatrice de sa cause en béatification : « Exceptée l’apparition du 17 janvier 1871, rien d’extraordinaire ne s’est jamais produit dans un quotidien répétitif, banal mais librement choisi par un prêtre qui avait fait de la sanctification de son « petit troupeau », la mission de sa vie et qui s’y consacra jusqu’à son dernier souffle. (…) Rien, sinon le travail lent, obstiné, de la grâce en cette âme sacerdotale, grâce qui rejaillirait sur ceux que Dieu lui avait confiés ».

Oui, Michel Guérin est un prêtre admirable, un modèle pour les prêtres tout autant que pour les laïcs sur lesquels il sut s’appuyer. Merci à Anne Bernet de  nous en avoir livré, dans ces pages, un portrait magnifique.

+ Thierry Scherrer
Évêque de Laval

Interview de Mgr Thierry Scherrer pour le site Aleteia

Vous avez ouvert le 1er juin 2013 la phase d’enquête diocésaine du procès en béatification de l’abbé Michel Guérin, prêtre de votre diocèse retourné à Dieu en 1872. Dans la biographie qu’elle vient de lui consacrer, la postulatrice de sa cause, Anne Bernet, montre comment cet humble curé de campagne qui fut le curé de Pontmain, se dévoua corps et âme au sauvetage de sa paroisse. Qui était Michel Guérin ? 

Michel Guérin est le fils unique d’un couple de tisserands lavallois de condition modeste. Né à Laval le 8 juin 1801, il est baptisé le jour même en l’église Saint-Vénérand. Très jeune, il perçoit en lui un appel insistant à devenir prêtre. Mais à la mort de son père (il n’a que 14 ans), il se voit contraint de travailler lui-même comme tisserand pour aider sa mère, seule, à pourvoir aux nécessités du quotidien. Il lui faudra attendre sa majorité pour voir se réaliser son rêve, il entre alors au séminaire du Mans. Sa formation terminée, il est ordonné prêtre le 19 juillet 1829 et est aussitôt nommé vicaire de Saint-Ellier-du-Maine, village tout proche du petit bourg de Pontmain. Touché au cœur par la détresse morale de ses habitants alors privés de sacrements – depuis une dizaine d’années, Pontmain n’avait plus de prêtre desservant –, l’abbé Guérin obtient de Mgr Bouvier l’autorisation de s’y installer en vue d’y exercer son ministère de prêtre. Avec des moyens tout simples, mais une foi inébranlable et une détermination héroïque, il permit à sa paroisse de vivre une véritable conversion pastorale et missionnaire jusqu’à en faire un modèle abouti de communauté priante et évangélique.

Le grand événement de sa vie fut évidemment l’apparition mariale à Pontmain du 17 janvier 1871, il y a cent-cinquante ans. Est-il possible de parler du rôle que joua l’abbé Michel Guérin dans cette apparition ?

On ne peut pas comprendre ce qui s’est passé le 17 janvier 1871 à Pontmain sans évoquer la belle personnalité sacerdotale de Michel Guérin. C’est lui qui, en réalité, a préparé cette apparition. Sa servante disait d’ailleurs de l’abbé Guérin : « C’est grâce à lui que la Sainte Vierge nous a fait l’honneur de sa visite ». Il faut se souvenir pour cela du zèle remarquable avec lequel il introduisit la dévotion à la Vierge Marie au sein de sa paroisse. À chaque famille qu’il visitait, il offrait une petite statue de Marie, invitant parents et enfants à la prier filialement chaque jour. Tout imprégné de la spiritualité montfortaine, l’abbé Guérin avait la conviction que le plus sûr moyen d’aller au Christ était de passer par Marie, sa Mère et notre Mère : ad Jesum per Mariam, à Jésus par Marie. On peut dire que le message laissé par la Vierge Marie le jour de son apparition n’a fait que confirmer de façon heureuse et inattendue le patient et lumineux travail pastoral de ce curé merveilleux.

 Pensez-vous que l’abbé Michel Guérin est un modèle de prêtre pour aujourd’hui ? 

Au moment où l’on insiste si fort sur la nécessité d’une Nouvelle évangélisation, Michel Guérin nous apparaît comme l’exemple particulièrement suggestif d’un engagement sacerdotal, à la fois social et missionnaire, tel que le pape François l’appelle de ses vœux dans son Exhortation apostolique La Joie de l’Evangile. C’est un homme de bon sens qui déploie son charisme et son rayonnement spirituel au cœur des réalités temporelles.

Michel Guérin, c’est d’abord un éveilleur d’espérance. L’époque où il vécut était particulièrement sombre, troublée qu’elle était par la guerre franco-prussienne. Pasteur infatigable, il va redonner joie et espérance à un petit peuple qui se sentait abandonné.

Michel Guérin, c’est aussi un prêtre aux « périphéries existentielles ». Pontmain, rappelons-le, était un hameau perdu au bout du département de la Mayenne qui n’intéressait ni l’administration ni l’Église. C’est pourtant là que Michel Guérin va choisir de s’établir dans le souci d’aller porter aux plus pauvres la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Et l’on sait tout ce que ce bon curé a pu réaliser à Pontmain avec une douce obstination et sa confiance absolue en Dieu : il multiplie les démarches pour que le village dispose d’une recette buraliste, d’une boîte postale ; il crée un bureau de bienfaisance, il fait construire une école et établit une communauté de religieuses pour assurer l’éducation des enfants. Il sollicite les autorités compétentes pour améliorer les voies d’accès au village. Oui, Michel Guérin est un prêtre admirable, un modèle pour les prêtres tout autant que pour les laïcs sur lesquels il sut s’appuyer.

  

Mgr Thierry Scherrer

                                                                            Évêque de Laval

Mgr Thierry SCHERRER, évêque de Laval