Les chrétiens se sentent-ils concernés par l’urgence de la transition écologique ? L’encyclique du Pape François, Laudato si’, a-t-elle assez réveillé les consciences ? Ce dossier veut nous aider à réfléchir et à nous y mettre cet été, à travers une analyse, une interview et une liste de bons plans éprouvés et à essayer.

L’urgence d’une transition écologique n’est plus vraiment discutée. Cette urgence concerne tous les pays, mais plus particulièrement nos pays riches et développés car ils consomment une part des ressources mondiales très supérieure à leur population. Il s’agit donc pour les États d’engager rapidement les changements de cap nécessaires, mais aussi et surtout, pour chacune et chacun d’entre nous, de modifier sérieusement nos modes de vie dans le sens d’une plus grande sobriété. Cela est vrai de nos habitudes de consommation bien sûr, mais aussi de notre manière de produire, d’habiter, de nous déplacer, d’épargner, de célébrer…

Sur ce terrain, les chrétiens devraient être à la pointe du combat, parce qu’ils n’ont pas seulement reçu mission de « dominer» la terre (Gn 1, 28), c’est à dire de «labourer, défricher ou travailler » comme le précise le pape François dans son encyclique Laudato si’, mais aussi et surtout de la «cultiver et garder» (Gn 2, 15), c’est à dire de la « protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller » (LS, 67).

Alors posons-nous la question : nous, les chrétiens, sommes-nous à la hauteur de notre mission ? Sur cette question cruciale, sommes-nous suffisamment «sel de la terre» et «lumière du monde» (Mt, 5, 13;14) ? Avons-nous pris conscience que notre manière d’habiter le monde a partie liée avec l’authenticité de notre foi ? Et pour commencer, sommes-nous suffisamment attentifs pour « écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » dont se fait l’écho le pape François dans son encyclique (LS, 49) ?

Revenons un instant sur cette insistance du pape à mettre le souci des pauvres au cœur de la lutte contre les dérèglements climatiques. En effet, c’est ce souci qui donne d’emblée à la question écologique son caractère d’urgence. C’est aujourd’hui, et non demain, que la foule des personnes sans protection subit l’effet des dérèglements climatiques, des pollutions, des difficultés d’accès à l’eau potable, des érosions des terres cultivables, des iniquités dans les échanges commerciaux internationaux, pour ne prendre que ces exemples. Ce souci des plus vulnérables déporte notre regard du proche vers le plus lointain et nous fait voir l’ampleur de notre responsabilité, à nous consommateurs occidentaux. Il s’agit d’une illustration que le prochain n’est pas nécessairement notre voisin mais celui dont on se fait proche, si ce n’est par compassion, au moins parce qu’il y va de notre responsabilité.

Un autre point d’insistance de l’encyclique du pape François consiste à montrer que pour expliquer la dégradation des écosystèmes, comme pour y remédier, «tout est lié» : les mécanismes proprement biologiques, les évolutions technico-scientifiques, les décisions économiques et politiques, les choix éthiques et spirituels. Il faut donc intégrer toutes ces approches pour que la transition écologique soit efficace. Et au niveau individuel et collectif, cela signifie opérer une véritable conversion, une «conversion intégrale».

« La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure », nous dit en effet le pape, en ajoutant : « … certains chrétiens, engagés et qui prient, ont l’habitude de se moquer des préoccupations pour l’environnement, avec l’excuse du réalisme et du pragmatisme. D’autres sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. Ils ont donc besoin d’une conversion écologique qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure ». (LS, 217)

Philippe de Vaujuas

Vous avez dit « conversion intégrale » ?

Dans le vocabulaire de la pensée sociale chrétienne, l’adjectif intégral signifie « qui concerne tout homme et tout l’homme ». C’est ainsi que Paul VI parlait de « développement intégral » dans Populorum progressio en 1967. L’expression « conversion intégrale » est utilisée par le pape François dans Laudato si’ (218). Que recouvre-t-elle ? Une conversion au sens propre, c’est d’abord un retournement, un changement de direction. Comme la crise écologique ne nécessite pas seulement de trouver des solutions techniques ou de changer de législation, mais de mettre en œuvre un profond changement culturel et spirituel, la conversion dont il s’agit ne peut être qu’intégrale, c’est à dire qu’elle concerne toutes les dimensions de la personne humaine. Il s’agit de convertir nos imaginaires, nos comportements, notre rapport aux objets, à la nature, aux autres. Une conversion de cette nature est en même temps un repentir pour toutes nos lâchetés au quotidien à l’égard de la nature, nous rappelle le patriarche Bartholomée, car « un crime contre la nature est un crime contre nous-même et un péché contre Dieu ». Mais cette conversion est aussi une réconciliation avec la création, reçue comme un don du Père et perçue comme une communion avec tous les êtres de l’univers. Enfin une conversion intégrale est aussi communautaire. Elle est, comme un synode, expérience partagée d’un chemin.

Philippe de Vaujuas

« EGLISE VERTE », le label qui change tout !

Le label Église verte s’adresse aux communautés chrétiennes qui veulent s’engager pour le soin de la Création : paroisses, Églises locales et aussi œuvres, mouvements, monastères, établissements chrétiens. Pourquoi ce label Église verte ? Parce que les chrétiens croient que Dieu se révèle par son oeuvre, et qu’il l’a confiée aux hommes qui doivent la cultiver et la garder. Parce que la vie sur terre est une bénédiction et montre l’amour de Dieu ; parce qu‘agir pour la préserver est une façon d’aimer son prochain et d’agir pour la justice. Il est évident que la crise écologique nous engage à entendre le cri de la terre qui “gémit en travail d’enfantement” (Rm 8,22) et à choisir, dans l’espérance, des modes de vie qui préparent l’émergence d’une création nouvelle maintenant et au-delà.

N’est-ce pas en nous convertissant ensemble que nous arriverons à bâtir ce monde plus juste et écologique nécessaire à la survie de l’humanité ? Dès aujourd’hui vous pouvez découvrir en quoi consiste ce label et remplir, avec votre communauté, l’Eco-diagnostic.

Renseignement et engagement : egliseverte.org

On vote pour les circuits courts

Le commerce direct du producteur au consommateur a le vent en poupe depuis le début des années 2000. Alors cet été, on vous invite à regarder de près, ce qui est justement tout près de chez vous. AMAP, Ruche qui dit oui, vente à la ferme, cueillette à la ferme… Voilà quelques organismes, mais il y en a bien d’autres. Les producteurs locaux sont nombreux et bien répartis sur l’ensemble du département. Pour cet article, nous n’avons demandé aucune publicité en retour. On trouve seulement que l’achat direct va bien au chrétien. Et qu’en plus, la qualité des produits est d’un intérêt majeur pour la santé, et le plaisir des papilles. Ces sites recensent l’ensemble des ventes directes sur le territoire français.

Trouvez la Mayenne : acheteralasource.com et mon-producteur.com

 

Jean-Luc MEULAN, diacre permanent, ingérieur écologue*

1 – Pourquoi vous intéressez-vous à l’écologie et à l’environnement et depuis quand ?

Sans doute influencé par mon épouse, qui faisait des études de médecine, nous avons pris très tôt conscience de l’impact que l’environnement et la nutrition d’une personne peuvent avoir sur celle-ci. Une grande curiosité nous a amenés ensuite à nous intéresser à de nombreux sujets, comme l’étude des systèmes sociaux, la politique, les formes alternatives d’éducation ou de management de l’entreprise et cela dès le début des années 80.

Puis nous avons acheté une maison avec du terrain en campagne dans la périphérie de Laval pour nous confronter au réel…

Enfin par un jeu de hasard, j’ai rencontré un entrepreneur mayennais qui avait un grand désir de développer son entreprise œuvrant dans l’environnement. J’ai eu ainsi l’opportunité d’accompagner celui-ci dans la prise en compte des problématiques de préservation de la biodiversité et du paysage au sein des activités industrielles de son entreprise. Une position en équilibre entre les enjeux économiques et environnementaux, pas souvent comprise par les tenants des deux bords d’ailleurs.

Ce travail m’a donné l’occasion de rencontrer de grands scientifiques du climat et de la biodiversité enrichissant mon expérience de terrain.

 

2 – En quoi consiste votre mission dans ce domaine, en tant que diacre permanent ?

Pour moi il y a deux aspects dans ma mission : l’art et la manière.

Pour ce qui est de l’art, à la suite de la parution de la lettre encyclique Loué sois-tu « sur la sauvegarde de la maison commune » du pape François, en mai 2015, la Conférence des Évêques de France a jugé bon d’avoir dans chaque diocèse un référent sur les sujets abordés dans l’encyclique. Mon parcours personnel et professionnel, a sans doute, donné l’idée à notre évêque de me confier cette mission. Pour ce qui est de la manière ; c’est en tant que diacre permanent, que je dois accomplir ma mission et c’est donc pour moi une nouvelle posture en quelque sorte. Ma parole, dans le cadre de mon action, devient parole d’Église, fondée sur la Parole de Dieu. Ce n’est donc plus une parole directement politique, d’entreprise ou issue d’un courant de société particulier qui doit s’exprimer dans les faits. Dans un premier temps, j’ai fait le choix d’être à l’écoute des uns et des autres, pour entendre les attentes de l’Église en Mayenne, sachant qu’il existe déjà des initiatives dans certaines paroisses et communauté religieuses du diocèse.

 

3 – N’y-a-t-il pas un enjeu plus grand encore pour les chrétiens, dans ce domaine alors qu’ils ne semblent encore pas assez concernés ?

Le pape le souligne au § 200 de l’encyclique : « De toute façon, il faudra inviter les croyants à être cohérents avec leur propre foi et à ne pas la contredire par leurs actions …/… nous, les croyants, nous pouvons reconnaître que nous avons alors été infidèles au trésor de sagesse que nous devions garder ».

Alors qu’ils sont très présents dans les œuvres caritatives de toutes sortes, les chrétiens en grande majorité sont passés à côté de la charité pour la Création qui est un don de Dieu.

Le langage de l’amour de Dieu (pour reprendre une expression de Gary Chapman) est compris dans toute la Création.

Dieu nous exprime son amour chaque jour, par tout ce que nous donne la nature, pour subvenir à nos besoins et nous émerveiller. Que faisons-nous de ce don ?

L’encyclique est un formidable outil de synthèse et d’analyse de la situation dans laquelle nous nous trouvons, elle dit les choses en vérité, nous mettant nous chrétiens en face de nos responsabilités. Mais elle ouvre aussi des perspectives pour entrer dans l’espérance, et nous encourager à passer à l’action.

Propos recueillis par Véronique LARAT

Jean-Luc MEULAN, diacre permanent, ingérieur écologue

* Jean-Luc Meulan, diacre permanent, exerce son métier dans une entreprise mayennaise, intervenant dans le domaine du traitement, du recyclage et de la valorisation des déchets. Il s’est impliqué dans le développement du réseau coopératif de l’alimentation biologique en Mayenne, ainsi que dans plusieurs processus de développement alternatif comme la construction en paille et terre. Sa lettre de mission souligne qu’il est à la disposition des paroisses, services et mouvements pour les aider à rechercher et mettre en œuvre des actions en réponse aux interpellations de l’encyclique Loué sois-tu du pape François.

Une philosophie de vie plus sobre

Le progrès, c’est aussi prendre en compte les considérations éthiques, notamment pour l’environnement et la planète que nous souhaitons laisser à nos enfants. Bon à savoir, la transition écologique n’est pas tenue d’être coûteuse comme on pourrait le croire. Ces
quelques gestes du quotidien sont là pour le montrer et vous encourager dans vos démarches écologiques.