La mission du père Dominique Kigninman Traoré se termine. Il rentrera en Côte-d’Ivoirs le 12 août prochain. Retour sur six années de présence en Mayenne, dans la paroisse Notre-Dame-sur-la-Varenne. 

 

Père, pourquoi l’évêque de Katiola vous a-t-il envoyé en France ? 

Je savais que je devrais partir : l’évêque qui m’avait ordonné avait prévenu que tous les nouveaux ordonnés seraient envoyés sans doute un jour en mission. Et puis,  comme à cette époque j’étais vicaire épiscopal, conseiller auprès de l’évêque, j’étais un peu au courant. Mais la surprise, ce fut d’aller en France plutôt qu’en Italie où il m’avait déjà envoyé en mission (courte) deux fois. Mais je suis « Serviteur ». J’ai fait confiance à l’Esprit-Saint. 

 

Qu’est-ce qui vous a le plus étonné dans nos églises en arrivant en France ?

Le nombre de belles églises ! Et même si aux célébrations, quelques personnes seulement sont présentes, le Christ est là ! Les pierres sont vivantes… les églises ont été bâties par des croyants… elles ont vu de nombreux baptêmes, mariages… Les églises expriment la foi. 

 

Avec les Pères Perdrix et Beucher, vous avez emmené des Mayennais en pèlerinage (visitation, dites-vous) en Côte d’Ivoire. Quel moment particulier avez-vous aimé vivre avec eux ?

La visite du centre médical de Ouangolodougou avec quelques-uns. J’ai aimé également l’accueil à Katiola et l’hébergement chez les habitants du lieu, grâce au Père Innocents qui avait impliqué tout le monde. 

 

Ce centre médical, comment avez-vous participé à son développement ?

Les débuts de ce Centre sont liés aux Soeurs de la Communauté du Bienheureux Père italien Francesco Pianzola. Elles sont arrivées sur la paroisse en 1997, pour créer un laboratoire d’analyses médicales, dispenser des soins infirmiers et mener la catéchèse. L’évêque a dit un jour : elles ont besoin d’un prêtre. Et en 2002, il m’a envoyé vers elles. Je les connaissais déjà ; elles étaient d’ailleurs présentes à mon ordination en 2001. J’ai bénéficié d’une formation pour pouvoir gérer et « manager » le petit hôpital qu’il devenait. En 2008, il s’agrandit et la Maternité est construite en 2011 grâce à l’argent des amis italiens. Des Soeurs ivoiriennes prennent la relève des Soeurs italiennes. Et c’est en 2013 que j’arrive en Mayenne.

 

Y a-t-il un Saint que vous vénérez particulièrement ?

Le Bienheureux Père Francesco Pianzola. J’étais présent avec les Soeurs à la cérémonie de béatification par le Pape Benoît XVI en 2008. Et l’hôpital de Ouangolodougou porte son nom. Cet hôpital, c’est son miracle ! Quand le pays est entré en guerre en 2002, deux mois après ma nomination par l’évêque dans cette partie Nord du pays où régnait l’insécurité, très près du Burkina Faso, nous priions tous les soirs le chapelet et nous implorions sa protection. Et il m’a protégé moi aussi ! Car pour aller chercher les médicaments et le matériel à Abidjan, je devais passer au travers des balles. Et je suis toujours passé ! 

 

Avec l’expérience de vos six ans de mission en Mayenne, quels conseils donneriez-vous aux paroissiens mayennais ?

Ils doivent tourner la page, ne pas vivre avec le passé (les guerres, mai 68 …), ne pas être pessimistes. En Côte d’Ivoire, les gens sont heureux dans leur pauvreté ! Ici, les gens sont tristes alors qu’ils n’ont pas de difficultés matérielles ! Il leur faut changer le regard. Accueillir la pauvreté sans avoir peur, toutes les pauvretés. Les gens affichent leur Foi en Côte d’Ivoire, ici non ! Ils sont continuellement angoissés. C’est la confiance en Dieu qui leur manque !

 

Et les jeunes ?

Ils ont besoin d’être écoutés, acceptés tels qu’ils sont. Il faut les aider à discerner, organiser leur vie, tourner le regard vers d’autres horizons, car trop de bien-être les préoccupe. Il faut leur transmettre des valeurs. Les personnes âgées ont un rôle à jouer. En Afrique on dit : « une personne âgée qui meurt, c’est une bibliothèque qui disparaît ! » On peut perdre beaucoup par défaut de transmission, et ce n’est pas comme avec Internet, là on vit les choses ! 

 

L’Église est plus dynamique et festive en Côte d’Ivoire, quelles sont vos recettes ?

Se laisser aller ! Laisser faire l’Esprit-Saint ! Vous êtes en Synode, profitez-en !

 

Propos recueillis par Anne-Marie Lebas
Paroisse ND-ST-Martin de Mayenne-Moulay

Galette des rois en 2018
Rameaux 2017
Père Dominique Traoré en 2016