A tous les amis de France

Mon séjour en France durant l’été fut assez bref, mais j’ai eu la joie tout de même de rencontrer quelques-uns d’entre vous… Certains que je n’avais pas vus depuis bien longtemps, même si j’ai toujours des nouvelles des uns et des autres. Aujourd’hui avec internet (mail, Facebook, What’s app), il est plus facile de garder le contact et de se retrouver même pour de brefs moments… Je constate que nous vieillissons tous. Beaucoup sont retraités, grands-parents. Espérons que la « sagesse des anciens » vient avec.

 

L’année se termine.… J’en profite pour un petit regard en arrière sur ces derniers mois, depuis mon retour de France.

Depuis mon retour, j’ai replongé dans la réalité haïtienne, plus compliquée et stressante que jamais. On n’en finirait pas de lister les catastrophes auxquelles le pays a été confronté cette année. En juillet : assassinat du président, tremblement de terre dans le Sud du pays, suivi deux jours plus tard d’une tempête tropicale dans la même région ; récemment : explosion d’un camion-citerne au Cap-Haïtien (plus  de 90 morts sans compter les brûlés graves). Et au jour le jour, on a du vivre avec une longue pénurie d’essence, l’absence d’électricité, la décote de la monnaie locale, les kidnappings toujours nombreux d’individus ou de groupes entiers, le racket, l’augmentation des prix, l’émigration de nombreuses familles vers les USA ou le Canada, la corruption à tous les niveaux de la société, le commerce de la drogue… Un pays réellement en faillite par la faute de ses politiciens, de ses « élites » économiques qui ne voient que leur intérêt immédiat et investissent  ailleurs ce qu’ils ont pillé ici. Dans un tel contexte d’anarchie, de « je m’en lave les mains », inutile de dire que la misère est démultipliée, la moitié de la population souffre de la faim et toutes les institutions sont à la dérive (écoles publiques, hôpitaux, police…). Aujourd’hui, pour beaucoup, c’est le rêve et le sauve-qui-peut pour atteindre si possible l’Eldorado : l’Amérique du Nord,   en passant par le Chili, le Brésil, la Dominicanie, le Mexique… Et personne ne voit de solution, de porte de sortie. Même si un petit nombre se mobilise pour trouver comment sortir de ce trou.

Nos écoles continuent néanmoins d’assurer un service aussi excellent que possible dans un tel contexte. Une seule a été victime du séisme de juillet, celle des Cayes. Elle a moins souffert que beaucoup d’autres (puisque plus de 150 écoles de la zone sont à reconstruire). Des murs sont tombés, le sol a été très fissuré, mais la structure a tenu bon ; les réparations coûteuses ont été entreprises, et les élèves ont pu reprendre les cours dans de bonnes conditions à partir de la Toussaint. Les autres écoles dirigées par les Frères n’ont pas subi le même choc, mais endurent les aléas liés à la situation globale d’insécurité, de pénurie de carburant. 

Du côté de la Congrégation des Frères de Ploërmel en Haïti (ici, on dit les FIC) , nous sommes une cinquantaine. Une douzaine de plus de 65 ans (2 Haïtiens, 2 Canadiens, 9 Français). Une dizaine aux études (dont 8 scolastiques qui étudient actuellement à Abidjan – Côte d’Ivoire). Les autres travaillent dans dix centres : une maison de formation, 4 écoles avec le « Fondamental » (de la 1ère Année à la 9ème Année), 4 écoles avec Fondamental et Secondaire, une école spéciale qui accueille des enfants surâgés (ayant 8 ans ou plus et qui n’ont jamais été scolarisés) dans un bidonville. C’est beaucoup pour une trentaine de Frères actifs car il faut assurer la direction, l’intendance, l’animation, la pastorale… Il faut se démener pour assurer la qualité à tous les niveaux (académique, spirituel, culturel, sportif…). Heureusement, la majorité des professeurs sont eux aussi bien motivés. Ce qui permet de maintenir nos écoles à un bon niveau dans un environnement difficile. 

Frère Charles COUTARD

Celle où je me rends trois fois par semaine (Jean-Marie Guilloux) se trouve au centre-ville, près d’un quartier « occupé » par les gangs. C’est une école réputée et souvent recherchée par les familles modestes. Mais depuis l’année dernière, nous avons perdu une centaine d’élèves (sur 650) car les parents redoutent cette zone, ce qui va sérieusement grever notre budget.   Les élèves sont maintenant habitués à entendre des tirs dans le voisinage ; certains sont aussi victimes des barrages à l’entrée de la ville ce qui les oblige – et quelques professeurs aussi – à rebrousser chemin et rester à la maison. De toutes nos écoles, c’est celle qui est la plus exposée à ce genre de difficulté ; nous avons pu boucler le trimestre avec des résultats qui laissent malheureusement à désirer. Une consolation tout de même : récemment un professeur qui venait à l’école en voiture a été arrêté par les membres d’un gang du quartier qui auraient pu tout emporter, mais quand ils ont su qu’il travaillait à JMG, ils l’ont laissé partir sans rien prendre… Comme quoi, ils ont parfois de bons sentiments. Malgré tout, on tient bon…

Pour moi, je continue avec de multiples activités variées qui occupent bien mon temps de « semi-retraité ».  A l’école, j’assure une supervision des maths au niveau du collège, des assemblées de prière, un peu de MEJ. Pour l’ensemble de nos écoles, je prépare des feuillets de prière hebdomadaires à distribuer aux élèves avec une feuille d’indications  pour les professeurs. Pour plusieurs groupes MEJ, j’envoie chaque semaine des propositions pour les réunions. Le reste du temps, je travaille à la rédaction de livres de maths pour le Secondaire et assure l’intendance de la maison provinciale où je me trouve. Les journées sont bien occupées sans être surchargées. Et pour la santé, je ne peux guère me plaindre.

Ainsi se termine une année qui a vu le pays s’enfoncer toujours plus profondément dans une crise (politique, économique) dont on ne voit pas l’issue. Nous demeurons néanmoins dans l’espérance que  des jours meilleurs viendront. Des personnes de bonne volonté se mobilisent pour frayer un chemin dans ce désordre. Nous prions qu’elles réussissent. Le Pape François répète souvent qu’il ne faut pas craindre de rêver et d’agir humblement pour que nos rêves se réalisent. Nos rêves ne sont pas extraordinaires : des écoles correctes, des hôpitaux organisés, du travail qui puisse assurer le pain de chaque jour, la sécurité… A la grâce Dieu !

Que ce temps de Noël vous apporte la PAIX dans le cœur et la sérénité dans les esprits face aux crises que vous traversez, la confiance pour construire l’avenir et aller de l’avant, et qu’il vous garde le cœur ouvert aux éprouvés de ce monde.

A tous je souhaite un Joyeux Noël et une heureuse année.
Fr. Charles Coutard, ficp

Contact : charlot407@gmail.com

 

©charles-coutard