Un synode diocésain, pour quoi faire ?

L’annonce de la Parole crée la communion et apporte la joie.

 Le synode, une pratique traditionnelle de l’Église.

Pour beaucoup d’entre nous, un synode diocésain est un OFNI : un Objet de Foi Non Identifié… Et c’est vrai : dans le ciel de chaque diocèse, on n’en voit pas souvent ! Mais à l’échelle universelle, et depuis les débuts de l’ère chrétienne, c’est une pratique très courante de l’Église du Christ. Tout près de nous, les diocèses d’Angers, Luçon, Saint-Brieuc-et-Tréguier en ont vécu récemment et le diocèse du Mans est aussi en synode…

 

Faire route ensemble.

Synode est un mot « grec », qui signifie « faire route (odos) ensemble (syn). Un chrétien qui s’isole est un chrétien qui s’étiole : nous rassembler en synode, c’est poser un acte de foi et d’obéissance. Foi en l’Église, notre mère, qui nous a enfantés à la vie chrétienne. Obéissance à notre évêque, qui veut rassembler et faire cheminer les chrétiens de son diocèse… La marche, c’est bon pour la santé : laissons grandir en nous la vigueur de l’esprit chrétien !

 

A l’appel de notre évêque, successeur des Apôtres…

Quand un évêque, successeur des Apôtres, convoque un synode, il le fait comme serviteur et chef d’une Église locale. Humblement, il sollicite le flair des Chrétiens dont il a la charge. Il met en place les moyens nécessaires pour que le Corps de l’Église puisse discerner les chemins à prendre pour annoncer l’Évangile. Entrer en synode, c’est monter ensemble au Cénacle. A l’ombre du manteau de la Vierge Marie, le Corps de l’Église se met en prière et ouvre tout grand les oreilles du cœur.

 

Le flair des chrétiens pour trouver de nouveaux chemins. 

Le Pape François a magnifiquement décrit les choses dans son exhortation apostolique La Joie de l’Évangile, au n°31 : « L’évêque doit toujours favoriser la communion missionnaire dans son Église diocésaine en poursuivant l’idéal des premières communautés chrétiennes, dans lesquelles les croyants avaient un seul cœur et une seule âme.[1] Par conséquent, parfois il se mettra devant pour indiquer la route et soutenir l’espérance du peuple, d’autres fois il sera simplement au milieu de tous dans une proximité simple et miséricordieuse, et, en certaines circonstances, il devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et – surtout – parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins. Dans sa mission de favoriser une communion dynamique, ouverte et missionnaire, il devra stimuler et rechercher la maturation des organismes de participation proposés par le Code de droit Canonique et d’autres formes de dialogue pastoral, avec le désir d’écouter tout le monde, et non pas seulement quelques-uns, toujours prompts à lui faire des compliments. Mais l’objectif de ces processus participatifs ne sera pas principalement l’organisation ecclésiale, mais le rêve missionnaire d’arriver à tous. »

 

Une Église servante, soucieuse de tous…

On le sent bien : il ne s’agit pas simplement de trouver une organisation nouvelle… Quelques esprits ingénieux peuvent le faire… Un synode nous conduit plus loin : le pape François parle du « rêve missionnaire » qui doit nous saisir. Il s’agit donc de trouver ensemble des voies nouvelles pour toucher les cœurs et communiquer le désir de Dieu.

 

La conversion missionnaire de l’Église passe par notre propre conversion…

Toucher les cœurs, communiquer le désir de Dieu : personne ne saurait le faire. C’est un fruit de la grâce de Dieu. Le synode nous renvoie ainsi à la façon dont chacun de nous se laisse travailler par le Seigneur. Nous ne sommes pas simplement disciples du Christ, comme si c’était une affaire privée, qui ne change rien à notre façon de vivre… Nous ne sommes pas simplement missionnaires, comme si la mission n’était qu’une affaire d’organisation et de communication… Nous sommes, selon le Pape François, des disciples-missionnaires. Là réside sans doute le trésor du synode, qui est aussi son plus grand défi : la conversion missionnaire de l’Église passe par la conversion missionnaire… de moi !

 

« Tu as du prix à mes yeux… » (Is 43, 4) : un partage essentiel en équipe.

Très concrètement, ce rêve missionnaire s’exprime pour nous dans le thème du synode : « Tu as du prix à mes yeux… » (Is 43, 4). Un thème tout simple, qui nous engage à partager en petites équipes ce que nous vivons avant d’exprimer ce que nous pensons. Un thème exigeant, qui nous rappelle que « celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas »… Ainsi, avant de formuler ce dont nous rêvons pour l’Église, nous sommes invités à nous réunir en petites cellules d’Église de 4 à 7 personnes. Le carnet de route du synode nous donne toutes les indications !…

 

Premier fruit du synode, chacun se dit : « Comment aller vers les autres ? »

En quelques semaines, des dizaines d’équipes se sont mises en route. La mission de l’Église prend pour chacun de nous la forme d’une question très concrète : « Et moi, avec qui puis-je faire équipe ? » Aller vers les autres ou accueillir les autres suppose un peu d’audace mais aussi délicatesse et discrétion… C’est une aventure de rencontre, dans la confiance et le respect mutuel.

 

Un premier carnet de route à vivre en deux étapes, avant le 31 mars 2019.

Le premier carnet de route nous invite à nous arrêter sur nos relations et sur ce que l’on observe autour de nous. Un carnet de route « jeunes » a également été créé, ainsi qu’un module de catéchèse pour les plus jeunes. Avec ce premier carnet, pas de plans sur la comète ni de schémas compliqués pour l’avenir ! En équipe, nous allons à l’essentiel : l’attention à l’autre, le désir de communion, la volonté de créer des liens. Et pour cela, nous n’hésiterons pas à exprimer ce qui est beau et plein de promesses, mais aussi ce qui est plus difficile…

Un secrétariat du synode au service de la parole de chaque équipe.

D’ici fin décembre, plusieurs centaines d’équipes vont se mettre sur pied. Le secrétariat du synode lira intégralement toutes les remontées. Il sera soutenu dans son travail par un conseil d’orientation. Les convictions, les idées et les questions transmises par les équipes seront mises en forme pour que les membres de l’assemblée synodale aient en main une belle photographie de ce qui aura été dit.

Une assemblée synodale pour délibérer, voter et conseiller notre évêque.

Une assemblée synodale va en effet être constituée à l’automne, composée d’au moins 60 % de personnes laïques. Elle rassemblera des membres élus, des membres de droit et des membres nommés. Elle se réunira dans la basilique de Pontmain, sous le regard de la Vierge Marie… Elle aura la responsabilité de délibérer et de voter pour conseiller notre évêque.

Cette assemblée, de 150 personnes environ, sera représentative, non pas au sens parlementaire, où ses membres seraient représentants d’une partie, territoriale ou non, du diocèse, mais au sens où elle donnera à voir la diversité des vocations, des états de vie, des charismes et des engagements apostoliques sur l’ensemble de la Mayenne. Les membres siégeront au titre de leur baptême, de leur consécration ou de leur ordination. Chacun, à la place qui est la sienne, portera le souci de l’action pastorale du diocèse dans son ensemble. Les questions des uns deviendront ainsi les questions des autres et les orientations celles du corps tout entier de l’Église…

 

A l’automne 2019, un deuxième carnet de route…

A l’automne 2019, un deuxième carnet de route sera proposé aux équipes synodales, avec des questions plus précises. Le retour des équipes synodales permettra alors à l’assemblée synodale de délibérer à nouveau et de proposer des orientations concrètes pour les dix ans à venir.

Promouvoir, humblement, un certain art de vivre.

Le synode est une aventure missionnaire dans la foi et la confiance. Personne ne sait à ce jour ce qui sera dit par les équipes synodales ni ce qui sera partagé lors des assemblées synodales. Le synode n’a évidemment pas compétence pour s’occuper de tout, notamment de ce qui relève de l’autorité de l’Église universelle. Sans connaître ses conclusions, on peut, sans erreur, en donner le but : promouvoir, humblement, un certain art de vivre !… En l’an 2000, pour le jubilé des catéchistes, le Cardinal Joseph RATZINGER disait : « La question fondamentale de tout homme est : comment cela se réalise-t-il — devenir un homme ? Comment apprend-on l’art de vivre ? Quel est le chemin du bonheur ? Évangéliser signifie : montrer ce chemin — apprendre l’art de vivre. […] Mais cet art n’est pas un objet de la science — cet art ne peut être communiqué que par celui qui a la vie — celui qui est l’Évangile en personne. »[2]

 

Réveiller la joie de l’Eglise !…

Le synode diocésain n’a pas d’autre ambition que de promouvoir cet art de vivre. Avec le prophète Isaïe, les affiches qui fleurissent sur nos églises et dans nos salles paroissiales donnent discrètement la Parole à notre Dieu : « Tu as du prix à mes yeux… » En 2010, le Pape Benoît XVI nous y invitait : « L’annonce de la Parole crée la communion et apporte la joie. Il s’agit d’une joie profonde qui jaillit du cœur même de la vie trinitaire et qui se communique à nous dans le Fils. Il s’agit de la joie, comme don ineffable, que le monde ne peut donner. On peut organiser des fêtes, mais pas la joie. »[3] Alors soyons audacieux : que le synode diocésain réveille cette joie que l’Eglise ne peut garder pour elle !…

[1] cf. Ac 4, 32

[2] Conférence à l’occasion  du Jubilé des Catéchistes, La Documentation Catholique, 21 janvier 2001 n°2240, p.91-95

[3] Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, §123.