Eglise en Mayenne : Trois années de synode, des milliers d’heures de travail, des milliers de pages lues. Ces trois années de vie synodale ont été plutôt rythmées. Comment avez-vous travaillé ?

Père Luc MEYER : Nous avons travaillé en équipe !… C’était bon pour le moral. C’était bon pour penser, organiser et aussi accueillir les contributions des équipes synodales. Notre secrétariat était composé de six personnes : trois hommes et trois femmes. Il rendait compte régulièrement de son travail au conseil d’orientation, composé de 18 personnes et présidé par notre évêque. C’était un gage de pondération et de solidité dans nos projets et nos orientations. Pour l’assemblée synodale, composée de 155 personnes, c’était une sécurité : le synode a été une aventure de prière dans l’Esprit Saint. Le travail en équipe évite les prises de pouvoir ou les déviances, à tout niveau. Personnellement, je suis émerveillé du résultat et nullement fatigué : c’est bon de prier et de travailler ensemble pour faire connaître et aimer Jésus, notre Seigneur : Ora et labora, dit saint Benoît !

  1. en M. : Autant de réflexions, autant de personnes – plus de 3 000 – qui ont participé d’une manière ou d’une autre à ce synode, cela ne vous donne-t-il pas la possibilité de tracer les contours du visage réel de la société locale ? Lequel ?
  2. M: En lisant les contributions des équipes synodales, nous avons vu se dessiner le visage multiforme de nos communautés chrétiennes. Je pense aussi aux personnes dont l’Eglise s’est rapprochée et qui ont joué le jeu des équipes. Leur contribution a été précieuse !… Ce serait excessif de dire que nous avons une « photographie » de la société locale. Mais on peut dégager quelques points : un monde pluriel et moins unifié qu’il y a 20 ou 30 ans, en rural comme en urbain. Un plébiscite de la vie familiale, avec ses joies, ses souffrances, ses retrouvailles et ses solitudes, soulignées notamment depuis le début de la pandémie. Un désir de sobriété aussi, qui a du mal à s’incarner, car la société de consommation génère une industrie du divertissement qui touche les anciens comme les plus jeunes…
  3. en M. : Il y a certainement des moments inédits, des choses émouvantes, bouleversantes, cocasses même.  Non ?
  4. M. : Je retiens trois choses. Il faut choisir !… Tout d’abord, la lecture des comptes rendus des équipes. Avec les membres du secrétariat, nous nous sommes souvent sentis invités à la réunion d’équipe ; nous entendions presque les voix des participants, nous étions rejoints par les soucis partagés. A 10h du soir, quand on se met à lire après une bonne journée, ou pendant les « vacances » de Noël, cette qualité des contributions, c’était un bel encouragement dans un travail intense et austère…

D’autre part, l’expérience inoubliable des sessions de l’assemblée synodale. La dernière était fantastique ! En trois jours, nous avons réussi à tout faire et fini pile à l’heure. A 16h30, le dimanche après-midi, le recteur de Pontmain a proposé un dernier amendement au texte que nous avions écrit tous ensemble. Il exprimait l’âme de notre diocèse, sous le regard de Notre-Dame de Pontmain. Il a été voté à 100%. C’était émouvant, magnifique !…

Enfin, la vie d’équipe du secrétariat. Nous avons été un peu comme des hamsters dans leur petite roue pour entraîner la grande roue du synode. Hamsters et hamsters dames !… Nous avons vécu des moments de joie, des coups de bourre, des temps de doute, mais toujours dans l’amitié, la prière et la joie, avec le soutien de notre évêque et de la communauté du Foyer de Charité de Tressaint.

  1. en M : Nous entrons dans l’après-synode. Nous avons dix ans pour changer. C’est peu au regard de l’histoire du peuple de Dieu, mais c’est long au regard de l’urgence de l’évangélisation. Qu’en pensez-vous ?

Notre évêque nous dit : les décisions synodales, c’est une feuille de route pour l’avenir. La route, nous allons la découvrir. Il y a du travail pour dix ans !… Comme dit le Pape François, « le temps est supérieur à l’espace » ; il ne s’agit pas « d’occuper des espaces », mais d’ « initier des processus ». En d’autres termes : impulser de nouvelles façons d’accueillir ceux qui frappent à la porte ; apprendre ensemble de nouvelles façons d’aller à la rencontre de ceux qui ne frappent pas à la porte. Pour mettre en place une école de la mission et en voir les fruits, il faut plusieurs années. De la persévérance, de la confiance et de la fidélité.

  1. en M. : Qu’est-ce que vous attendez de la part des chrétiens ? Croyez-vous qu’ils vont bouger ?
  2. M.: Comme chrétien et comme prêtre, je suis appelé à bouger, moi aussi. Je vais accueillir les décisions du synode… Dans ma paroisse, on va s’y mettre ensemble, dans l’amitié et le respect des uns et des autres. Et j’espère bien que je vais, que nous allons bouger. Dans le diocèse, on n’a pas attendu le synode pour bouger, heureusement ! Simplement, on sait un peu mieux où aller avec notre « feuille de route ». Continuons de prier avec la prière Pèlerins et apôtre de la joie que nous a donnée notre évêque.
  3. en M. : D’autres diocèses ont vécu l’expérience d’un synode. En Vendée, le synode a perdu de son rythme à l’arrivée d’un nouvel évêque ; en Saône-et-Loire, une paroissienne très engagée me disait qu’elle n’en entend plus parler trois ans après…  Il ne faut pas que cela fasse flop chez nous… Cela ne vous fait-il pas peur ?

Non. Je n’ai pas peur. Jésus sera avec nous. Au fil des années, pour entendre parler du synode, il suffira à chacun d’en parler, de s’en nourrir. J’aime bien la règle de Saint Benoît, avec le « chapitre » qui rythme la vie des moines. On peut faire la même chose avec le texte Ouvrons des chemins de joie ! et avec les lois et décrets synodaux. Si nos réunions pastorales prennent l’habitude de commencer par la lecture d’un « chapitre » des décisions synodales, les chemins de joie indiqués par le synode porteront du fruit.

Propos recueillis par Véronique LARAT

Père Luc Meyer