Dans sa lettre Samaritus Bonus, datée du mois de juin 2020, le Pape François offre une profonde et lumineuse méditation sur l’accompagnement et le soin des personnes  en phases critiques et terminales de la vie. Bénédicte Gautier, qui vient de terminer sa mission comme aumônier d’hôpital, nous en livre quelques clés de lecture.

Un document à méditer

Le développement extraordinaire des technologies a augmenté les capacités de la médecine. L’Eglise regarde avec espérance la recherche. Cependant, ces progrès bien que précieux ne sont pas en eux-mêmes décisifs pour qualifier le sens propre et la valeur de la vie humaine. Tout progrès dans la compétence des personnels de santé nécessite une capacité de discernement moral à la fois croissante et empreinte de sagesse.

Quelques questions soulevées par Samaritus Bonus

  • Quelle est la valeur de la vie humaine dans la maladie ?
  • Quel est le sens de la souffrance?
  • Quelle est la signification du temps qui précède la mort ?
  • Quel regard de soignant, d’accompagnant ai-je sur la personne malade ?

Face aux sujets brûlants de notre époque autour de l’homme malade, rien de ringard ! « Ce n’est qu’en référence à la personne humaine dans sa « totalité unifiée » c’est à dire «  une âme qui s’exprime dans un corps et un corps animé par un esprit immortel », que l’on peut déchiffrer le sens spécifiquement humain du corps » Cette lettre, très dense est à lire et méditer. Plutôt que d’avoir des idées vagues sur ce que dit l’Eglise, ce document nous fait découvrir son enseignement sur des points très sensibles afin de nous aider à discerner nos actions en tant que soignant, accompagnant, famille.

« Se tenir debout autour du malade »

La lecture de cette magnifique lettre m’amène à l’esprit des expériences vécues en soin ou en accompagnement des personnes.

Dans le chapitre Expérience vivante du Christ souffrant et annonce de l’espérance est exprimé le fait « de se tenir debout autour du malade » qui permet à la personne malade de se sentir aimée. C’est dans cette expérience de se sentir aimé que la vie trouve sa justification.

J’ai le souvenir en aumônerie de visiter un monsieur qui ne désirait rien de spécial mais était heureux que je m’assoie un moment en gardant le silence. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois comme cela en silence. En soi, pas de sensation d’efficacité… Un jour, je croise une dame qui me dit combien son mari décédé avait été content et combien ces visites l’avaient accompagnées pendant ses étapes vers la mort.

Accompagner la fin de vie  

En soin, comme nous ne savons jamais quand la mort adviendra, notre regard sur la personne malade doit vraiment être un regard vers un vivant qui a besoin jusqu’au dernier instant de tout ce qui lui serait agréable. Diminuer la douleur, apaiser les craintes, ne pas forcément rester allongé dans son lit toute la journée, être visité par ceux qu’il aime, par un membre de l’Eglise (proposition trop souvent oubliée..)

Demandant dans un service si quelqu’un avait besoin de rencontrer une personne de l’aumônerie, un soignant signale une personne en fin de vie : je passe rencontrer ce monsieur assez jeune, il attendait que le Seigneur vienne le chercher, il était entouré de sa famille. Merci à ce soignant de me l’avoir signalé. Ce monsieur a reçu la communion plusieurs fois et quand cela n’a plus été possible, je venais pour une communion de désir. Cela aussi est du soin et apporte plus de bonheur dans le cœur que la demande de mort.

Une dame avait demandé une sédation forte pour en finir vite … Nous avons eu plusieurs rencontres en présence de sa fille. Beaucoup de questions sur la foi de la part de la dame et elle me dit : “c’est trop tard, j’ai décidé”. Au final, elle n’a jamais été en paix et sa fille et elle ont vécu des moments terriblement éprouvants, la mort forcée ne voulant pour autant pas venir…

Une présence essentielle

En soin en accompagnement des personnes âgées, si un bon travail d’équipe est mené afin d’organiser une présence régulière auprès de la personne en fin de vie ( cela peut durer des semaines..), il n’est le plus souvent pas nécessaire de recourir aux traitements sédatifs. Il a même été observé qu’à partir du moment où une machine prend la place du soignant, le soignant ne prend plus forcément sa place. Il vient vérifier le bon fonctionnement de la machine et non se mettre en relation avec la personne…

Je ne peux que vous inviter chacun et pas spécifiquement les soignants, à lire et méditer cette lettre Bonus Samaritus.

Bénédicte Gautier

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