“Pour que l’Eglise devienne pain de tendresse et de miséricorde” Pape François

Lors d’une messe célébrée le 25 septembre à Matera, dans le sud de l’Italie, le Pape François a appelé à retrouver le goût du pain pour que nous soyons apôtres de fraternité et que l’Église devienne pain de tendresse et de miséricorde. Redécouvrons la face cachée de ce pain, grâce à Christophe Pichon.

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Le plus facile, pour évoquer le pain dans la Bible, est de partir de sa forme. C’est encore celle que l’on trouve dans le Proche-Orient aujourd’hui : la pita. Le pain biblique est en forme de galette plate et ronde. C’est dépaysant pour les habitués de la baguette à la française, mais inspirant pour qui veut penser ce que signifie le pain dans une vie humaine. Comme une pièce de monnaie, le pain est un biface, il a une face visible et une face cachée. Il y a plus que ce qui se voit.

 

Le pain induit une transformation

Le pain biblique révèle d’abord la part que prennent les humains dans leur subsistance. Ils ne « se nourrissent » pas seulement de ce qu’ils cueillent, ils « mangent » ce qu’ils ont préparé et cuit, à partir de ce que les végétaux donnent. Pas de pain sans blé ou orge transformés en farine, sans olives devenues de l’huile. Manger du pain, c’est donc recevoir les dons de la nature et faire du pain de ses mains. Le risque serait de ne regarder que la fabrication des pains en oubliant que la terre donne des semences et des fruits avant même que les humains ne travaillent. Le pain oblige à regarder la nature comme un don. Pour les auteurs de la Bible, ce don vient de Dieu. La nature est une création.

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Man hou ? Le pain comme une question

Le peuple d’Israël a mis en mots son histoire dans la Bible. Il a relu son expérience du pain. Plusieurs fois, il en a manqué, cruellement. Il a alors fait l’expérience de recevoir de la nourriture, sans effort, alors qu’il était en danger de mort dans le désert. Ce pain-là était offert gratuitement, chaque matin, alors que le malheur semblait ne jamais devoir finir. Les Israélites appelleront cela en hébreu : « Man hou ? », c’est-à-dire « qu’est-ce que c’est ? ». Un pain comme une question et un étonnement pour qui le reçoit. Les Israélites comprennent que c’est ainsi que Dieu sauve, en refusant que ses enfants ne meurent de faim.

Le pain aliment du partage

Après cette expérience dans le désert, ce même peuple arrive sur la terre promise par Dieu. Elle est riche. Dieu alerte son peuple : cette terre doit se reposer comme toi, chaque 7e jour au risque d’en être expulsé. Il dit aussi : quand tu seras entré dans ce pays que je te donne, n’oublie pas les pauvres qui n’ont pas de pain. Souviens-toi que, toi aussi, tu n’avais plus de pain à manger dans le désert, que je t’ai secouru pour que tu puisses continuer à marcher. Fais de même pour les pauvres qui sont chez toi. Dieu rappelle enfin que l’homme ne vit pas seulement de pain, comme il pourrait le penser, mais aussi de sa parole à Lui. Sa parole est nourriture pour les humains itinérants.

Plus tard, Jésus de Nazareth prendra des pains de cette même terre et il en donnera, sans que l’on sache comment, à des multitudes rassemblées. Il dira : « Je suis le pain », « celui qui mangera de ce pain vivra éternellement ». Ses disciples diront : il est Jésus fils de Joseph, et le Fils de Dieu, le même visage considéré selon ses deux profils. Il est le pain de vie qui ne donne pas seulement du pain mais se donne pour que tous les humains aient la vie en plénitude.

Christophe Pichon

Ce que dit la Bible sur le pain, Christophe Pichon,
Éditions Nouvelle Cité, 121 pages, 14 €