Nous publions ici un beau dossier publié par le Courrier de la Mayenne sous la plume d’Emmanuel Blois. La question de l’avenir des églises est crucial. Communautés chrétiennes et municipalités cherchent ensemble des réponses.

2021, année de restauration des églises ? Si l’on en juge par les projets annoncés par les maires et les votes des budgets, les communes sont au chevet de leur clocher souvent déserté par les fidèles. 

1,6 M€ pour l’église de Saint-Georges-le-Fléchard, près de 800 000 € pour celle de Cossé-en-Champagne. Attaquées par les infiltrations, la mérule ou les fientes de volatiles, les églises souffrent dans leurs murs et la facture monte trop vite et trop haut pour les finances municipales. Des aides existent à hauteur de 80 % des travaux, mais elles sont principalement accordées aux monuments historiques. Pour les autres, c’est un véritable casse-tête pour les municipalités qui en supportent l’entretien.  » On est énormément sollicités. L’attachement au clocher va bien au-delà de la pratique religieuse. Avec l’école et les commerces, l’église est souvent le seul élément identitaire d’une commune. Sa sauvegarde est un véritable enjeu de société confirme Arnaud Bureau, conservateur des antiquités et objets d’art du département. Si l’incendie de Notre-Dame de Paris a apporté une médiatisation, cela a fait oublier l’entretien régulier qui est inégal. » Le département a mis en place une ingénierie de conseils et donné des moyens aux maires et associations. Ce sont des édifices complexes, multiséculaires pour certains, avec des problèmes d’isolation du clos et du couvert, des normes électriques défaillantes, des vitraux brisés… « On recalibre les priorités et un architecte du patrimoine dressera une feuille de route sur plusieurs décennies. Il existe également un guide des bonnes pratiques d’entretien que l’on souhaiterait réactualiser. Parfois, il suffit de déboucher les gouttières envahies de fientes de pigeons ou de feuilles d’arbres. » Parmi les plus somptueuses, on compte l’abbatiale Notre-Dame de l’Epine à Evron.  » Depuis les années 1990, il n’y avait pas eu de travaux d’ampleur. La verrière sud du transept présentait des problèmes de sécurité. En 2016, un architecte d’Architrav est venu effectuer un diagnostic complet sur la basilique. On s’est appuyé sur ce diagnostic pour effectuer un programme pluriannuel d’une douzaine de tranches de travaux par ordre d’urgence. Tous les deux ans, une enveloppe de 300 000 € est fléchée pour ces travaux. « , explique Sophie Lechat-Gatel, adjointe à la culture. Un entretien global plutôt que des travaux partiels. La création de communes nouvelles a engendré des situations inédites. A Montsûrs, ce n’est pas une mais cinq églises que la commune doit désormais entretenir. Fort heureusement, pour le moment une seule nécessite des soins, celle de Saint-Céneré : un grand bâtiment du XIXe dont le clocher culminant à 55 mètres de haut est victime d’infiltrations. « Il n’y a pas eu de travaux d’entretien réguliers comme cela a été fait à Montourtier et Deux-Evailles. La sacristie pourrit et la nef est dans un état moyen. La priorité est de colmater les trous. On a défini un budget annuel de 20 000 à 30 000 €. Mais un projet global serait préférable et permettrait de faire des demandes d’aides DETR (Dotation d’équipement des territoires ruraux) et DSIL (dotation de soutien à l’investissement local), sachant qu’on a droit à deux projets par an« , commente Benoît Quintard. Le maire s’interroge sur l’usage du bâtiment dans lequel il n’y a plus de cérémonie religieuse.  » La désacralisation n’est pas l’enjeu, mais si on investit, il ne faut omettre aucune piste d’une utilisation qui pourrait être mixte. Une étude sera lancée cette année. » A Montreuil-Poulay, la question a été tranchée. Un collectif d’une cinquantaine de personnes de 18 communes de la Haute-Mayenne cogite depuis 2019 sur la transformation de l’église de Poulay en tiers-lieu. Un projet de 600 000€. 

Emmanuel Blois

Eglise de Saint-Georges-le-Fléchard
©Google Street View
Eglise de Cossé-en-Champagne
©diocesedelaval.fr
La Baconnière attend le diagnostic

Le dossier de l’église Saint-Corneille et Saint-Cyprien de La Baconnière est un dossier emblématique du devenir des églises mayennaises. Depuis de nombreuses années, cet imposant édifice fait l’objet d’un débat autour de sa préservation. Une tranche de 200 000 € de travaux avait été suspendue au profit d’une salle de sport en 2012. Mais en juillet 2019, le passage de la tempête Miguel a laissé une trace impressionnante dans la toiture au-dessus du chœur.  » Ce dossier, j’en entends parler depuis que je suis élu, c’est-à-dire depuis 2008. Je veux que l’on trouve une solution. Quelle sera-t-elle : la rénovation totale ? partielle ? ou la déconstruction ?… Il ne faut rien s’interdire« , souligne le nouveau maire David Besneux. Celui-ci attend, avec une certaine appréhension, le montant des travaux pour la mise en sécurité. Le diagnostic sera rendu par Stanislas Coudière, architecte du patrimoine du cabinet XV41 à Saint-Malo.  » J’ai peur qu’on trouve aussi de la mérule. Si la facture s’élève à 200 000 €, se posera la question de comment faire.  » Une des possibilités est de garder la nef et le transept et de créer un tiers-lieu. Le projet pourrait s’intégrer dans le dossier de revitalisation du centre-bourg confié au cabinet Liap. A moins d’un quart d’heure de Laval, portée par une démographie croissante (plus de 30 naissances l’an passé) et la réalisation actée d’un demi-échangeur pour rejoindre la quatre-voies, la commune se développe.  » Nous avons des bailleurs sociaux qui investissent sur notre commune. Sur le nouveau lotissement, 20 des 36 parcelles ont déjà été pré-réservées et 60 dossiers d’urbanisme ont été traités l’an passé « , avance avec satisfaction le maire. La fermeture de l’église il y a sept ans complique la vie de la paroisse. « C’est un manque pour la communauté chrétienne, commente le diocèse. Dans l’état actuel des choses, une salle est aimablement mise à notre disposition. Cela permet un rassemblement, par exemple le samedi soir ou pour une rencontre, un accueil ou un petit groupe de prière. Mais cela ne permet pas de répondre aux demandes de baptêmes, de mariages et de funérailles sur la commune… » « J’aimerais sauver le bâtiment de nos aïeuls tout en essayant d’être audacieux. On pourrait faire quelque chose qui fasse boule de neige pour d’autres communes », assure le maire.

Des associations au chevet des églises

A Cossé-en-Champagne, la facture de réfection de la toiture de l’église romane est tombée : 800 000 €. Des infiltrations menacent les belles fresques du XVe siècle restaurées en 2015. Deux chantiers de restauration sont prévus pour les travaux de réparation de la toiture, charpente, et un peu de maçonnerie. La tour-clocher élevée à plus de dix mètres de l’église devra être descendue d’1,50 m pour replacer les deux cloches dans l’axe des ouvertures. Le montant de l’ardoise s’élève à 802 000 € exactement. Même si les travaux seront subventionnés à 80 % par des aides, la petite commune de 320 habitants devra débourser encore 160 000 €. La mairie a trouvé le soutien de l’association pour la valorisation du patrimoine, créée il y a deux ans, sur une initiative de Dominique Lavoué, actuel premier adjoint de la commune et trésorier. Elle est présidée par Teresa Dziurda, une jeune femme de 23 ans, assistante mécénat au théâtre des Champs-Elysées à Paris. Pour participer à ce sauvetage, l’association invite les donateurs à venir planter symboliquement un clou sur une maquette en bois de l’église solidement campée sur une souche d’arbre à l’entrée de l’église. Il est également possible d’envoyer un chèque à la mairie à l’ordre de l’association. Depuis le lancement de l’opération, 1 500 € ont été récoltés sur les 50 000 € que s’est fixé comme objectif l’association. Cette dernière a également pour vocation de poursuivre la restauration des peintures murales datant du XVe siècle. 

A Saint-Hilaire-du-Maine, l’association Patrimoine vivant a été créée en 2006 par M. Colin de Verdière afin de permettre la restauration du clocher de l’église estimée à 133 000 €. Auparavant, une autre option s’offrait à la commune : l’abattage pur et simple, estimé à 90 000 €. L’intervention de l’association qui a récolté 61 000 € grâce à la participation d’un mécène industriel originaire de la commune et une aide de la Fondation du Patrimoine ainsi que le témoignage de l’écrivain Jean-Loup Trassard ont fait pencher la balance. La commune a pu obtenir des aides départementales pour compléter le montant. Cette restauration a été complétée par celle des vitraux réalisée en trois tranches pour un montant de 180 000 €. L’association s’intéresse désormais au site de La Templerie où elle prépare un travail sur les Templiers. A Vaucé, une association vient d’être créée pour sauver le retable de l’église dont la construction remonte au XIe siècle. L’église a été fermée il y a une vingtaine d’années. Une fermeture notamment due à la fusion de la commune de Vaucé avec Couesmes. « Le dôme en sapin commence à s’effriter, quelques belles statues attendent de reprendre couleur, mais surtout, c’est une restauration rapide du retable qui nous pousse à chercher des fonds », a précisé Gilbert Foucher, l’un des membres de l’association.

Le point de vue du diocèse

Le père Luc Meyer, vicaire général du diocèse, précise le regard de l’Eglise sur le patrimoine. 

De quelle manière le diocèse est-il associé à la réflexion menée par les élus sur l’entretien et le devenir des églises ?
Au jour le jour, la question de l’entretien des églises est portée aussi bien par les mairies que par les paroisses, à travers notamment le lien entre le maire et le curé. La commission diocésaine d’art sacré a d’ailleurs constitué un groupe de travail sur ce sujet. Sont notamment membres de cette commission l’architecte des Bâtiments de France et le conservateur des antiquités et objets d’art du Service du patrimoine du Conseil départemental de la Mayenne. Des réflexions sont menées sur le devenir de certaines églises (Montflours, Saint-Isle…). 

Craignez-vous de voir à l’avenir une série de désaffectations des bâtiments ?
La désaffectation d’une église ne peut avoir lieu sans le consentement préalable et écrit de l’évêque. Dans les lieux où se posent des questions, la concertation nécessite du temps, mais cela en vaut la peine. Il en va de la responsabilité partagée de la municipalité et de l’affectataire. Je me réjouis de la qualité des dialogues déjà engagés. Parmi les plus récents, on peut citer La Templerie (Saint-Hilaire-du-Maine), Houssay et Poulay. 

Combien d’églises mayennaises sont à la charge du diocèse et quelles sont-elles ?
On peut en compter six : la basilique de Pontmain, les églises Saint-Jean, Saint-Paul et Sainte-Thérèse de Laval, une partie de l’église Saint-Pierre de Laval et aussi l’église Saint-Pierre de la Haie-Traversaine.

Eglise de La Baconnière
©Google Street View