« Tu m’a tissé dans le sein de ma mère… »

Quelques réflexions sur la bioéthique

            Nous savons désormais « fabriquer » des embryons en laboratoire, les modifier, puis les implanter dans le corps d’une femme. Parmi ces embryons, très peu survivront. Les autres mourront ou seront conservés à basse température, dans un temps suspendu, sans possibilité de se développer. Seuls pourront vivre ceux qui auront été implantés et auront pu se développer et grandir dans le corps de la femme

            L’enfant porté par la femme peut être génétiquement le sien ou celui d’une autre femme. Il peut être génétiquement celui d’un homme avec qui elle partage sa vie ou d’un autre homme, qu’elle ne connaît pas. C’est finalement la décision d’un ou des adultes — le « projet parental » —  qui permet à l’enfant de voir le jour. En dehors de ce projet, l’embryon n’est pas considéré comme humain… Pourtant, si l’on n’est pas homme dès le début de la vie, quand le devient-on ? Personne n’est en mesure de le dire. La décision, arbitraire, dépend alors des critères que l’on se donne. Notre société a confié à la loi d’en décider.

            « Tu m’a tissé dans le sein de ma mère… » : au regard des techniques nouvelles de procréation et de manipulation du vivant, ce verset 13 du psaume 138 n’est-il pas d’une naïveté insoutenable ?… Derrière l’apparente simplicité de cette phrase, se cache une profonde sagesse : si la technique sait manipuler le vivant, elle ne sait pas davantage qui nous sommes, d’où vient la vie qui nous anime ni où elle va. En amont de l’éthique, Chrétiens, Juifs et Musulmans, reconnaissent un Dieu transcendant, à la source de la vie qui nous anime.

            Pour nous, Chrétiens, reconnaître que Dieu nous a tissés dans le sein de notre mère, c’est inscrire notre vie dans un horizon plus large que celui du « biologiquement possible ». C’est admettre que notre vie reste un mystère, un don reçu, toujours plus grand que ce que nous croyons en saisir.

            Entre les possibilités techniques, le désir des adultes et les choix politiques, la place d’une éthique de la vie se réduira-t-elle à celle d’un curseur, qui gère des rapports de force ou tempère les demandes de tel ou tel lobby ? Le 23 juillet dernier, Jean-Pierre Denis, directeur du magazine La Vie, remarquait qu’ « à bien des égards, la révision actuelle de la loi marque la désillusion de la bioéthique et le basculement dans une philosophie libérale et utilitariste, qui ne voit plus trop au nom de quoi poser des limites à ce qui est techniquement possible, financièrement rentable et socialement accepté. »

            Finalement, quel monde voulons-nous ? C’est la question large et ouverte posée par Mgr Pierre d’ORNELLAS, dans un petit ouvrage qui vient de sortir, intitulé Bioéthique. Très abordable et plein de sagesse : Discerner des enjeux d’humanité…

Père Luc MEYER