Henri Michel LEDAUPHIN, Parrain, aimait rappeler qu’il était né en 1922 dans une famille profondément croyante et ancrée dans la terre qui la nourrissait. ll a construit toute sa vie sur ces bases, associant étroitement l’action et la prière avec engagement et ferveur.
Les photos d’enfance le montre enjoué, le regard vif. Les souvenirs qu’il évoquait faisaient la part belle à la malice et aux plaisanteries, ce qui ne l’a pas empêché d’exprimer son engagement religieux quand il était encore un petit bonhomme de six ans.
Alors il s’est préparé pour être le prêtre qu’il est devenu lors de son ordination à Laval, le 21 décembre 1946. Et il s’est engagé aux côtés de ses paroissiens, partageant leur quotidien, les joies comme les peines, fédérant les bonnes volontés, qu’il s’agisse de scoutisme à St Denis de Gâtines, de mettre sur pied une équipe de foot à Oisseau, de faire venir des religieuses à Montigné, de construire une école à Nuillé, d’en maintenir une autre à Origné, d’organiser des kermesses, des pèlerinages; ici à Pontmain, il s’était même taillé la réputation d’un collecteur de fonds pour le sanctuaire, redoutablement efficace.
Parce qu’il voulait que sa foi s’exprime concrètement, « aides-toi et le ciel t’aidera >>, chaque action, chaque travail, le plus simple soit-il, était toujours un acte de foi et une action de grâce. Henri a exercé son ministère près de ses racines familiales, en Mayenne, et pourtant il a été un missionnaire. Les Oblats qui l’ont accueilli au sein de leur communauté ne s’y sont pas trompés.
Porté par sa dévotion à la Vierge Marie, il a emmené de nombreux fidèles à Lourdes, la Salette. A Lourdes particulièrement, il a été un hospitalier au service des malades pendant des décennies. Dans la continuité de cet engagement, sa nomination au sanctuaire et à la paroisse de Pontmain a représenté un accomplissement. Cela lui a aussi donné l’occasion, au-delà des frontières, de tisser des liens avec le sanctuaire de Makow Podhalanski en Pologne, dès le début des années 80, avant la chute du rideau de fer. Parce qu’il ne faut pas oublier que les liens spirituels s’exprímaient aussi par une solidarité matérielle avec les familles polonaises qui manquaient de l’essentiel : alors il a emmené des paroissiens mayennais à la rencontre de ceux de Makow et il a envoyé des camions de médicaments et de biens de première nécessité. Les liens d’amitié qu’il a tissés en Pologne lui ont permis de rencontrer Jean-Paul Il, un des grands bonheurs de son existence. Henri, lui-aussi, aurait pu nous dire « n’ayez pas peur >> car il s’est efforcé d’appliquer ce précepte tout au long de sa vie, ne cessant de chercher à comprendre les autres, même lorsqu’ils avaient pris des chemins différents de celui qu’il avait lui-même choisi.
Pontmain, lui a également offert une magnifique rencontre, au-delà du temps, celle d’un frère de cœur et de sacerdoce : le Père Michel Guérin. Alors il a pris le relais pour raconter et faire vivre l’apparition, en mettant dans ses récits la foi robuste qu’il s’était patiemment forgée et en même temps toute son âme d’enfant qu’il avait su préserver. Tout comme il a entretenu jusqu’au bout sa curiosité, sa soif d’apprendre et qu’il est resté concerné par la marche du monde.
Pour nous ses proches, il a été un Tonton/cousin/parrain aimant et attentionné. Pour les plus grands, il était non seulement une oreille
bienveillante dans les moments difficiles, mais un soutien actif. Nous avons eu et nous allons garder ce privilège et cette force de nous sentir, par ses prières, tout proche du Bon Dieu. Pour les plus jeunes que nous avons tous été, il était un complice de jeux, souvent taquin et avec tellement de tours dans son sac qu’il va continuer à nous faire sourire chaque fois que nous évoquerons son
souvenir.
Henri, Parrain, tu es parti au matin du 21 décembre, 70 ans jour pour jour après ton ordination à Laval. Cela te ressemble bien cette façon de finir le boulot : sans précipitation, mais avec méthode et détermination.
Nous comprenons que tu aies eu envie de fêter Noël avec tous ceux que tu as aimés et qui t’attendaient là-haut. Nous aussi avons connu le plaisir de t’attendre impatiemment, car lorsque tu arrivais, c’était comme si l’air s’était chargé d’oxygène et que la vie avait soudain été un peu plus dense.
Nous sommes fiers et heureux de t’avoir rencontré. Ce que tu nous as transmis, nous devons maintenant l’incarner. Nous savons que nous pourrons longtemps encore nous appuyer sur la force que tu nous as insufflée. Aujourd’hui même tu nous réunis autour de toi pour cette célébration que tu veux porteuse d’espérance.

Monique GENDRON
sa filleule

Messe d’obsèques du Père Henri Ledauphin
Pontmain 23 décembre 2016

Chers Frères et Sœurs,

On ne peut pas être triste lorsqu’un prêtre nous quitte pour rejoindre la maison du Père. On ne peut pas être triste lorsque survient pour lui ce moment tant attendu de la rencontre avec Dieu au terme de longues années d’un ministère pastoral  accompli en Église.

C’est l’espérance qui traverse notre liturgie ce soir tandis que nous nous sommes rassemblés en cette basilique pour dire un dernier adieu à notre frère Henri Ledauphin.

Lorsque je l’ai rencontré il y une dizaine de jours, il me disait : « Je suis prêt pour le grand face à face, je vais voir mon Créateur et Sauveur».

Dans l’évangile, Jésus nous dit justement : « Ne soyez pas bouleversés. Je m’en vais, et je pars vous préparer une place… Et là où je suis, vous serez aussi ».

Il me semble que notre vie de baptisés et de prêtres ne peut être véritablement féconde que si elle garde vivante et permanente cette perspective de la bienheureuse Rencontre comme accomplissement ultime de notre vocation dans le Christ.

« Maranatha ! Viens, Seigneur Jésus ! »

Le grand danger certainement pour nos existences chrétiennes est ce sécularisme ambiant qui nous fait vivre le nez dans notre assiette, qui nous fait perdre de vue parfois la destinée proprement surnaturelle à laquelle le Seigneur nous appelle. Vainqueur de la mort, Jésus nous attend sur les rivages du monde nouveau. C’est une certitude qui habitait le psalmiste dans les paroles que nous méditions tout à l’heure : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d’herbe fraiche, il me fait reposer ».

Pour un chrétien, et a fortiori pour un prêtre, le Ciel ne peut être que profondément désiré et ardemment attendu parce que le Ciel, ce n’est pas un lieu, c’est quelqu’un, c’est le Christ Jésus en personne qui, dans l’élan de l’Esprit, nous conduit vers le Père.

C’est le mystère que nous allons déjà célébrer à Noël et qui sera porté à son point culminant dans les célébrations pascales : le Fils de Dieu, en devenant

Un homme identique à nous, a donné à tout être humain une place dans l’être

de Dieu.

Quelle grâce insigne, quel prodige merveilleux ! Il s’ensuit que nous sommes en quelque sorte déjà au Ciel quand nous sommes dans le Christ. Et plus nous sommes dans le Christ, plus nous vivons de sa vie, et plus normalement

se fait sentir la nécessité d’une purification intérieure pour que les dernières attaches se rompent et que notre existence s’élance, libre, vers le Ciel.

À chaque fois en tout cas qu’il célèbre l’Eucharistie, le prêtre entre dans les profondeurs cachées de ce Ciel qui lui est déjà présent dans le Christ incarné et glorifié qui le fait vivre et à qui il veut donner tout en réponse d’amour à son amour.

Frères et sœurs, que c’est beau un prêtre qui a consumé chaque minute de sa vie pour l’amour du Seigneur et de ses frères ! Que c’est beau un prêtre qui a cru jusqu’au bout en la grâce de son sacerdoce, qui l’a laissé se déployer à plein dans son humanité d’homme pour la dispenser généreusement aux autres. Ainsi était notre frère Henri, et c’est ce qui fait qu’il restera pour nous un exemple et un modèle de pasteur reconnu et estimé par tous . Je l’ai perçu très fort en particulier lorsque j’ai vécu il y a trois ans ma visite pastorale sur le secteur de Montigné, Origné et Nuillé sur Vicoin. L’empreinte laissée par son passage sur ces trois paroisses où Henri fut curé était encore tangible : Henri avait fait venir une communauté religieuse dans la commune de Montigné ; il avait eu le souci de l’éducation chrétienne des enfants en contribuant à la création de deux écoles, l’une à Nuillé, l’autre à Origné, finançant pour partie celle de Nuillé sur ses propres deniers. Il a été l’homme de tous, attentif à chaque situation personnelle, prenant soin en priorité des plus petits.

De notre frère Henri, nous retiendrons son attachement filial et inconditionnel à la personne de Marie qui était l’étoile de son sacerdoce. Quel que soit le moment où nous allions le visiter chez lui, il avait toujours en main le Rosaire qu’il priait avec une application vraiment admirable.

Depuis le temps où il fut nommé ici sur la paroisse, il y a plus de trente ans, Henri est devenu un amoureux, et on peut dire aussi un spécialiste incontesté du message de Pontmain qu’il a commenté des centaines de foi devant des assemblées diverses, petites ou grandes, avec un sens étonnant du détail et une pédagogie remarquable.

Lourdes aussi a été sa destination privilégiée. Il y allait, parfois plusieurs fois dans l’année, pour se mettre au service des malades.

Il me racontait, en particulier, et j’en étais personnellement bouleversé, avec quel soin il accueillait les pèlerins aux piscines, leur donnant de vivre ce moment de grâce unique comme une vraie rencontre transformante avec le Christ Sauveur.

Comment ne pas évoquer aussi le petit sanctuaire marial de Makow – Podhalanski en Pologne où Henri est allé un grand nombre de fois avec des chrétiens du diocèse pour poser les bases d’un jumelage avec Pontmain qui dure encore.

J’ai pu le vérifier moi – même cet été durant les jours où j’ai accompagné les jeunes mayennais pour les JMJ. Makow nous a offert une halte merveilleuse sur le chemin de Cracovie.

Prêtre diocésain, mais aussi Oblat d’honneur de Marie Immaculée, notre frère

Henri nous dit la place que Marie peut avoir dans notre vie de chrétiens et de prêtres. Parce qu’elle est notre Mère, Marie veille sur chacun de nous, elle est sans cesse à notre écoute, elle continue à nous faire grandir. Le oui qu’elle a prononcé dans la foi est la porte par laquelle Dieu est entré dans le monde. Nous avons besoin d’être sans cesse aiguillonné par ce oui pour avancer, confiants, sur les chemins de l’espérance. Pour apprendre Jésus, en définitive, pour devenir son disciple, il nous faut jour après jour nous laisser guider par Marie.

Cher Henri, vous avez répondu très tôt à l’appel du Seigneur à le suivre dans la vocation de prêtre et toute votre vie a été une course à pas de géant vers le Ciel. Vous avez failli nous quitter il y une dizaine de jours, tant votre état général s’était tout à coup dégradé ; mais nous avons eu rapidement l’intuition que vous attendriez mercredi pour partir, puisque c’était le jour même de votre jubilé de platine. Et c’est ce qui arrivé !

Cette délicatesse et cette prévenance du Seigneur à votre égard nous bouleversent. Durant ces 70 ans qui ont rempli votre ministère, vous avez été un apôtre infatigable brûlé par le désir et la joie d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous.

Dans l’eucharistie que nous célébrons, nous rendons grâce avec vous pour tout ce que vous avez donné si généreusement à notre Église. Vous voilà désormais parvenu à votre point de destination ultime. Tout est désormais accompli en Celui que vous avez aimé et servi avec passion, le Christ Jésus, le Fils bien aimé du Père.

Vous qui contemplez maintenant dans la lumière ce Seigneur de miséricorde qui nous aime et qui nous sauve, intercédez pour notre diocèse. Demandez au Seigneur que se lèvent, nombreux dans notre Église de Mayenne, des jeunes qui, dans le secret de leur cœur, répondront sans peur à cette invitation insistante du Seigneur Jésus à le suivre.

Amen.

 

Thierry Scherrer

Évêque de Laval