Quelques prêtres, envoyés en mission à l’étranger ou fidei donum pour notre diocèse, nous racontent comment leurs communautés paroissiales vivent Noël et nous font voyager…

Que cet article soit aussi l’occasion de nous unir à la prière des communautés qui ne peuvent se réunir pour célébrer à cause de la crise sanitaire : en Birmanie, où vit le Père Cyrille Delort, il n’y a plus de célébrations publiques depuis le mois d’avril ; au Cambodge, la communauté de la paroisse du Père David Journault n’a pas pu se réunir, puisque les rassemblements de plus de vingt personnes sont interdits. Que notre prière se joigne à celle de nos frères chrétiens en ces jours après Noël.

Noël au Cambodge @David Journault
Noël au Cambodge
©Père David Journault
Cambodge@DavidJournault_Noël
©Père David Journault
©Père David Journault
Noël au Cambodge - Père David Journault
Quand on est Français, ou tout du moins quand on vient d’un pays de culture chrétienne, fêter Noël au Cambodge est toujours assez déroutant. En effet, dans ce pays à 90 % bouddhiste, l’anniversaire de la naissance de Jésus Christ est un « non événement » ! Le 25 décembre n’est pas un jour férié, et pour les chrétiens (qui sont une toute petite minorité), il faut quand même aller travailler ce jour-là. Dans les paroisses, l’insistance est mise sur les décorations, beaucoup plus que dans les familles par exemple. Le fait est que beaucoup de familles chrétiennes sont des familles modestes, ou même pauvres, et qu’on ne dépense pas trop pour les décorations de Noël. Par contre dans les paroisses, on prépare de grandes crèches (à l’intérieur et à l’extérieur de l’église), et pendant tout le temps de l’Avent et le temps de Noël, les gens viennent se recueillir devant la crèche, qui est agrémentée de nombreuses guirlandes électriques !

Dans quelques centres commerciaux, et devant le grand casino de Phnom Penh, il y a des décorations de Noël, avec des bonhommes de neige, des sapins, des pères Noël,… mais absolument rien concernant le véritable sens de Noël, c’est-à-dire la naissance de Jésus. Ce n’est qu’une animation commerciale parmi d’autres, comme nous avons des décorations pour Halloween ou la St Valentin : l’objectif est surtout de faire vendre !

Habituellement, la célébration de Noël est très communautaire chez les Catholiques : après la messe du 24 au soir, la soirée se prolonge avec des chants, des danses, parfois une pièce de théâtre sur la Nativité, ou encore une tombola ! C’est un peu les « Arbres de Noël » de nos écoles primaires françaises ! Dans les petits villages où il y a des chrétiens, c’est aussi l’occasion d’inviter les voisins non chrétiens à venir partager notre joie de la naissance de Jésus Christ, et de faire un peu d’évangélisation en leur faisant découvrir l’histoire de Jésus ! La fête est plutôt là, tous ensembles, que dans chaque famille, chacun chez soi. Mais cette année, ce ne sera probablement pas le cas, car pour le moment, à cause du Covid 19, nous n’avons pas l’autorisation de faire des rassemblements de plus de 20 personnes ! L’an dernier avec les deux paroisses dont j’ai la responsabilité, j’avais environ 400 personnes rassemblées au cours de deux messes. Comme nous ne savons pas comment sélectionner ces 20 personnes, et que je peux pas célébrer 20 messes, il est probable qu’il n’y ait pas de messe publique pour Noël, mais seulement une messe par internet.

Joyeux Noël à tous et à toutes, en espérant que 2021 soit une année plus facile à vivre !

Noël à Cuba - Don Pierre Doat
En 1998, 40 ans après la Révolution Castriste, la visite du Pape Saint Jean Paul II à Cuba a laissé une trace dans le calendrier cubain, puisque le pape a obtenu du Gouvernement que la fête de Noël redevienne un jour férié. Privés de jour férié pendant presque 40, les chrétiens fêtaient Noël, discrètement, sans beaucoup de faste ni de publicité. Depuis 1998, Noël est redevenu un grande fête pour les chrétiens, mais aussi pour tous les cubains. Cependant, traditionnellement, la fête familiale de la fin de l’année est plutôt le 31 janvier, jour où tous se retrouvent avec la famille élargie pour partager un puerco asado (porc grillé). En conséquence, Noël prend plutôt le visage d’une fête de la communauté chrétienne. Pendant tout le temps de l’Avent, les chrétiens, au sein de leur communauté, préparent la fête de Noël, s’achètent mutuellement de petits cadeaux pour se les offrir à la fin de la messe… 

Pour un prêtre venu de France, célébrer Noël alors qu’il fait 25° est un vrai dépaysement! Mais heureusement, certains éléments permettent de se remettre dans l’ambiance: les cubains, qui n’en n’ont jamais vu, aime couvrir le sapin qu’ils mettent dans leur église de fausse neige (en polystyrène, en bouts de papier, en farine…), et les chants traditionnels de Noël parlent comme chez nous de la neige, et du froid de la nuit de Noël! Les groupes de jeunes et d’enfants du catéchisme préparent tout au long de l’avent la Cantata (concert) et la Obra (pièce de théâtre), pour fêter dignement la naissance du Sauveur. 

A la fin de la messe de la Nuit et de la messe du jour, les cubains respectent une très belle tradition héritée de l’Espagne: la veneración del Niño (la vénération de l’Enfant): un à un, en procession, tous viennent embrasser la statuette de l’Enfant Jésus que le prêtre porte, comme on le fait le vendredi saint pour la Vénération de La Croix. Au cours de cette procession, on se sent comme entraînés spirituellement à Béthléem, dans la crèche. Les pauvres bergers adorant l’Enfant sont remplacés par les pauvres cubains, qui tous, au milieu des épreuves très dures qu’ils vivent depuis des décennies, se tournent vers celui qui est leur Espérance.

Témoignage de Don Pierre Doat, prêtre référent de la paroisse Saint-Barnabé-en-Charnie, qui revient d’une mission à Cuba, dans la paroisse de Placetas.

Découvrez la mission de Placetas et soutenez-là en visitant ce site.

Mission Placetas @CommunautéSaintMartin
A Cuba, la paroisse s’investit beaucoup auprès des jeunes et des plus fragiles.
©missionplacetas.com
Mission Placetas @CommunautéSaintMartin
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Père Félix Kinaya - Côte d'Ivoire

Chaque année à Noël nous revivons le mystère de l’incarnation du Christ. Par sa nativité, Dieu se fait Homme, il s’incarne et partage notre condition humaine pour cheminer avec nous et nous attirer à lui. Cette réalité est invariable et universelle. Mais elle se vit différemment selon que nous soyons croyants pratiquants ou pas, selon aussi que nous soyons français ou ivoiriens. Si en France, Noël rime aussi avec repas de famille, aujourd’hui Noël en Côte d’Ivoire peut rimer avec ‘‘arbre de Noël’’. De quoi s’agit-il ? Il s’agit essentiellement de donner un sourire aux enfants qui pour beaucoup, en raison de la situation de pauvreté de leurs parents, pourraient ne pas avoir de cadeau à Noël. Les collectivités, les entreprises, les artistes, tout le monde s’organise comme il peut pour offrir à ces enfants un moment de bonheur intense, accompagné généralement de remises de cadeaux.

Les paroisses ne sont pas en reste. Elles s’organisent aussi pour donner de la joie aux enfants, sans distinction. C’est d’ailleurs une belle occasion de pastorale des enfants. Le contenu de cette activité varie d’une paroisse à l’autre, d’une année à l’autre, d’un prêtre à l’autre, avec le même objectif : partager la magie de Noël. Tous les ans donc, ce sont des centaines, des milliers d’enfants, que chaque paroisse rassemble et met en joie. Parfois le défi pour ces paroisses est de réunir les moyens suffisants pour faire face aux dépenses qui vont avec.

Outre l’ ‘‘arbre de Noël’’. La fête de la Nativité en Côte d’Ivoire se vit à travers la représentation scénique de la naissance de Jésus, en gros depuis l’Annonciation jusqu’à la Nativité. C’est une sorte de crèche vivante qui permet aux enfants de s’exprimer, d’apprendre aussi. Ce jeu scénique se vit généralement dans l’église même, le 24 Décembre, trente à quarante minute avant la messe de ‘‘minuit’’. Evidement ce jour là, l’Eglise est décorée, avec en bonne place la crèche. La liturgie est particulièrement soignée, les chants bien choisis pour vivre cette solennité dans la foi la ferveur et la fête. On le sait, en Côte d’Ivoire comme partout en Afrique, la fête ne se fait pas sans chants et danses. Noël est magique partout.

Noël à Katiola, Côte d’Ivoire, avec Monseigneur Ignace Bessi
©Père Félix Kinaya