Operation Triton: Irish Naval Service personnel from the LÉ Eithne rescuing migrants, 15 June 2015
By Irish Defence Forces
 
 
 

Que font les chrétiens mayennais pour l’accueil des migrants et des réfugiés ? Sont-ils motivés ? Petit tour d’horizon et témoignages, à l’occasion de la 105e journée mondiale du migrant et du réfugié, dimanche 29 septembre.

L’accueil des migrants et des réfugiés est une préoccupation forte de notre société. Les chrétiens y sont sensibles, mais se trouvent souvent impuissants devant l’épaisseur de la tâche. En Mayenne, des initiatives nombreuses sont prises ; discrètes mais bien concrètes. Des paroissiens se regroupent pour loger des familles, d’autres organisent des repas. Tour d’horizon, à l’occasion de la  Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié déclarée par le Pape François, dimanche 29 septembre.

Dans son message sur cette journée, le pape développe le lien étroit entre la présence des migrants et des réfugiés et celle des personnes vulnérables en général. L’expression « il ne s’agit pas seulement de migrants » qui est le thème de cette journée mondiale 2019, signifie qu’en nous intéressant à eux, nous nous  intéressons aussi à nous et à tous ; en prenant soin d’eux, nous grandissons tous ; en les écoutant, nous laissons aussi parler cette part de nous que nous gardons peut-être cachée parce qu’aujourd’hui elle n’est pas bien vue.

Des immigrants syriens et irakiens descendant d’un bateau
en provenance de Turquie sur l’île grecque de Lesbos
crédit photo : Ggia

Des paroissiens accueillent des migrants à leur table

Ce dimanche 29 septembre 2019, le Secours catholique de Château-Gontier sur Mayenne, en lien avec la paroisse Saint-Jean-Baptiste, organise une rencontre étroite entre des migrants et des familles sous la forme d’une invitation à déjeuner chez soi, de deux ou plusieurs personnes étrangères.

 

Cette action initiative doit permettre à chacun de dépasser ses appréhensions et préjugés et de se découvrir en tant que résidents d’une même ville au travers d’une journée vie de fraternité. Nos amis migrants feront découvrir un plat de leur pays d’origine .

 

Le témoignage d’une paroissienne et d’une personne migrante

Une bénévole de Chateau-Gontier, très engagée dans l’initiative du 29septembre, à rencontré une paroissienne, et une personne migrante. Voici leur témoignage.

Marie-Henriette du FAŸ, vous avez spontanément accepté de recevoir une famille de cinq migrants à votre table le 29 septembre, quelle a été votre motivation ? 

Marie-Henriette du Faÿ : Il était de mon devoir de chrétienne de répondre à l’appel du Pape, ce que je fais très volontiers.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? 

M.-H. du F : M’ouvrir aux autres, surtout à ceux dont on entend parler à tort et à travers sans les connaître. C’est une occasion unique d’exercer mon propre jugement sur ces frères inconnus ; enfin pas totalement étrangers car j’ai eu l’opportunité de rencontrer il y a quelques années à Sainte -Anne-d’Auray des familles syriennes ayant assisté à la torture et au massacre de leurs proches. Le témoignage poignant de l’horreur de leur vécu m’avait énormément touchée.

Comment envisagez-vous cet accueil ?

Le plus naturel et fraternel possible afin de leur signifier notre plaisir de les recevoir et de les découvrir. Une famille afghane, arrivée en France il y a deux ans, est accueillie à Château-Gontier. Voici le témoignage de Amanullah.

Quelles sont les raisons qui t’ont amené à quitter ton pays ?

J’habitais la campagne et un commando afghan soutenu par les Américains m’a demandé de lui indiquer où se trouvait une bande de Talibans avec lesquels ils étaient en guerre ; ce que j’ai fait. 24 heures après le commando est venu chez moi pour déjeuner. Les Talibans les ont repérés et les ont attaqués. Bilan : 8 Talibans et 10 membres du commando tués. Après la guerre, le commando est revenu ; il était persuadé que je l’avais dénoncé auprès des Talibans. Je me suis enfui et quand je suis rentré deux jours plus tard le commando avait tué mon père à coups de bâton. Les Talibans me cherchaient également et s’en sont pris à mes voisins en leur demandant qui avait montré le chemin au commando. Ils leur ont répondu que c’était moi. Ma mère m’a supplié de fuir dans la montagne et de me réfugier chez un ami de mon père. Ce dernier m’a donné de l’argent et aidé à quitter le pays. J’ai voyagé à pied, en voiture et en train, en passant par Kandahâr, l’Iran, la Turquie, la Grèce, la Macédoine, le Kosovo, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Finlande où j’ai vécu un an. Puis j’ai rejoint la France par le train. 

Pourquoi as-tu choisi notre pays ? 

Parce que j’aime votre langue et qu’en Finlande j’avais vu des vidéos sur internet où l’on disait que la France était un pays accueillant et pas raciste. 

Qu’attends-tu de la France ?

Je suis déjà très heureux d’être ici et espère pouvoir y rester toujours et devenir Français. 

Quel a été ton parcours depuis ton arrivée ?

Un Afghan m’a indiqué à mon arrivée un lieu où vivaient les étrangers, Porte de la Chapelle où j’ai dormi huit  nuits dehors. On m’a orienté vers l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration) qui m’a immédiatement Dubliné (procédure de demande d’asile réservée aux personnes entrées en France par un pays européen). J’ai donc obtenu un logement et dû attendre 18 mois pour recevoir mes papiers afghans par l’intermédiaire de l’ami de mon père. L’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a pu alors engager une procédure de demande de droit d’asile et j’ai obtenu une protection subsidiaire pour 4 ans. J’ai été envoyé à Château-Gontier où l’OFII m’a donné un logement, un peu d’argent pour subvenir à mes besoins et l’obligation de suivre leurs cours d’apprentissage du Français.

Quel accueil t’a t’il été réservé par les Français ?

Ils m’ont accueilli comme l’un des leurs et beaucoup aidé. Je suis heureux : j’ai un travail et serai indépendant sous peu !

Marie-Henriette de FAŸ est très engagée dans cette initiative du 29 septembre 2019.