Il n’est pas trop tard, en ce milieu de Carême, pour trouver, un nouveau souffle dans notre préparation aux fêtes pascales qui approchent. Don Monfort de LASSUS nous y invite, avec une parole simple et claire, dans le denier numéro de Sub Signo Martini. Merci à lui !

«  Tout ce qui est dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie – vient non pas du Père mais du monde. Or le monde passe avec ses convoitises ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jn 2) Saint Jean désigne les trois blessures principales conséquentes du péché originel en notre âme. À chacune d’elle le Seigneur vient apporter un remède.

 

À l’inclination désordonnée au plaisir des sens : la pénitence

« Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous » (Le 13,5). La vie de Jésus illustre la nécessaire pénitence. Dans ses mystères douloureux, il a associé à lui ceux qu’il aimait le plus, sa mère et chacun de nous : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive ». L’esprit de pénitence est donc à prendre très au sérieux car « ceux qui sont du Christ crucifient leur chair avec tous ses désirs » (Ga 5). « En pratiquant la mortification du Christ en notre chair, nous manifestons sa présence vivante en notre cœur » (2 Co 4). Le carême revient chaque année pour nous le rappeler. Loin d’assombrir l’horizon, la pénitence ouvre à la joie, à la force et à la liberté. La pénitence ne recherche pas la souffrance mais l’amour. Il s’agit de faire mourir ce qui empêche de vivre et d’aimer. Un minimum de mortification évite de nous laisser envahir par le confort, le plaisir, les petites lâchetés et une volonté faible qui nous laissent à la merci des caprices, de l’imagination et des pulsions. La pénitence nous rend capable de dire non au désir illicite d’un plaisir défendu, en apprenant à dire non au désir légitime d’un plaisir permis.

À l’inclination désordonnée à posséder biens matériels ou gloire humaine : le partage

Le partage commence par la reconnaissance que le Christ est notre véritable richesse : « [Le Christ] n’enlève rien, il donne tout », affirmait Benoît XVI (lors de sa messe inaugurale). Fort de cette conscience, le partage contribue au décentrement de soi par l’attention à l’autre, à ses qualités, bienfaits et désirs. L’autre qui entre continuellement dans ma vie ne me prive pas mais m’invite à donner. Le partage est un remède à l’orgueil lié à la possession des biens y compris spirituels. St Paul évoque cette question en 1 Co 4, 7-8. Il nous apostrophe : Te prends-tu pour quelque chose ? Qui donc te reconnaît une supériorité ? Personne ! Oui, tu es en possession de biens spirituels ; mais est-ce ton mérite ? Qu’as-tu fait pour les acquérir ? Rien ! Si donc, tout ce que tu as est don et œuvre de la grâce, comment peux-tu en tirer orgueil ? En restant enfermés sur nous-même et oublieux de la grâce, inconscients de ce qu’il reste encore à recevoir, nous risquons de devenir des capitalistes spirituels repus ! Le partage prend en compte la pauvreté et invite à la compassion, à prendre part à la souffrance des autres. Alors nous devenons dignes d’avoir des frères et d’être appelés ainsi.

À la surestimation désordonnée de notre propre excellence : la prière

L’orgueil est la blessure la plus profonde et la plus grave pour trois raisons. Il est en nous ce qui s’oppose le plus à l’amour. Il est cette tendance à vouloir nous exalter, être le premier, le plus capable. Or l’amour conduit à nous effacer devant l’être aimé : plus j’aime quelqu’un, plus je dépends de lui et désire le faire passer avant moi. Et cela l’orgueil ne peut le supporter : plus je suis orgueilleux, moins j’aime. L’orgueil corrompt tout ce qu’il touche y compris la vertu et les actes bons comme l’illustre la scène du Pharisien et du publicain. L’orgueil est spirituel et donc plus difficile à détecter. Les péchés liés au corps sont souvent plus conscients. L’orgueil, lui, est plus subtil et se cache. Seule la lumière de Dieu le débusque en nous. Voilà pourquoi il faut un remède spirituel. L’adoration de Dieu et la prière nous remettent à notre juste place en provoquant un vrai dépouillement remède à la toute-puissance.