1 : Les miracles dans l’Ecriture

1 . 1 : Le contexte * 

De tous temps, les guérisseurs, les magiciens ont existé. Les progrès de la science ont rendu nos contemporains plus critiques, encore que…..Du temps de Jésus, dans le bassin méditerranéen, on pouvait consulter des médecins professionnels, issus de la tradition d’Hippocrate (450-350 avt JC) : en se fondant sur une théorie du corps humain, le médecin détectait la maladie, diagnostiquait les causes et cherchait les remèdes appropriés. Cette médecine avait probablement atteint Tibériade ou la Décapole. Certains sages recommandaient le recours aux médecins : « Honore à sa juste valeur le médecin pour ses services : le Seigneur l’a créé, lui aussi. C’est du Très-Haut, en effet, qu’il tient son art de guérir…La science du médecin lui fait porter la tête haute, auprès des grands, il est admiré.

Le Seigneur a créé les plantes médicinales, l’homme avisé ne les méprise pas….Le Seigneur lui-même a donné la science à des hommes, pour qu’ils le glorifient dans ses merveilles » Si 38, 1-6. Mais pour beaucoup de malades, on se rendait dans les fameux temples dédiés au dieu Esculape, le dieu de la médecine ou dans les sanctuaires d’Isis et de Sérapis ou dans des piscines de fontaines sacrées considérées comme thérapeutiques. Cependant, en Galilée, « les guérisseurs étaient plus proches du peuple, les magiciens, les exorcistes, voir les hommes saints (hasidim) tels que Honi ou Hanina Ben Dosa qui guérissaient davantage par leur relation à Dieu que par leurs techniques thérapeutiques »*

 

Chaque culture vit la maladie de manière différente. Aujourd’hui, la science médicale est la référence pour beaucoup, même si la pandémie Covid 19, a relativisé cette science et fait prendre conscience de notre fragilité/vulnérabilité. Au temps de Jésus, « ceux qui l’approchent souffrent de maladies propres à un pays pauvre et sous-développé : des aveugles, des paralytiques, des sourds-muets, des malades de la peau, des déséquilibrés »*. Ces malades à des niveaux différents souffraient d’exclusion. Leurs maladies se posaient en termes religieux, moins : Quel est l’origine de ma maladie ? Mais davantage : Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Dans la mentalité sémitique, la vie, la guérison sont une bénédiction, la maladie, une malédiction. Dans ce contexte, l’israélite qui tombait malade se tournait vers Dieu, examinait sa vie, confessait ses péchés et demandait sa guérison. Il se tournait souvent aussi vers un guérisseur. « Mon fils, quand tu es malade, ne te décourage pas, mais prie le Seigneur, et lui te guérira. Renonce à ta conduite mauvaise, agis avec droiture, et, de tout péché, purifie ton cœur. Offre un encens d’agréable odeur et un mémorial de fleur de farine, présente une offrande généreuse, comme si c’était la dernière. Puis fais venir le médecin : le Seigneur l’a créé, lui aussi ; qu’il ne s’écarte pas de toi, car tu as besoin de lui. Il est des cas où le rétablissement passe par leurs mains : eux aussi prieront le Seigneur pour qu’il leur donne le moyen de te soulager et la guérison qui te sauvera la vie. Celui qui pèche à la face de son Créateur, qu’il tombe aux mains du médecin ! » Si 38, 9-15

 

Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi Jésus fait la distinction entre le péché et la maladie : « En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Jn 9, 1-5

 

Dans ce contexte, on comprend mieux aussi pourquoi, « Jésus se consacre aux exclus plus qu’à tout autre….Il touche les lépreux…Leur guérison est la meilleure parabole pour que tous comprennent que Dieu est, avant tout, du côté de ceux qui souffrent de l’abandon et de l’exclusion.

 

1 . 2 : Un « guérisseur » bien singulier ou le « Médecin charnel et spirituel » * :

« Il n’y a qu’un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et inengendré, venu dans la  chair…, né de Marie et né de Dieu, d’abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ notre Seigneur. » (Saint Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens VII,2)

« Le fait est historiquement indéniable : Jésus a été considéré par ses contemporains comme un guérisseur et un exorciste prestigieux Cf l’historien Flavius JOSEPH». Ce consensus des chercheurs porte sur l’ensemble des faits et non sur l’historicité de chaque miracle, rapporté de façons stéréotypées, comme pour souligner le travail de la mémoire qui garde, qui trie, qui associe. Certains miracles ont pu être associés à d’autres. Chaque évangéliste a sa manière de raconter, en fonction des témoins, en fonction des destinataires, en fonction de ses qualités littéraires, en fonction du sens à mettre en valeur.  

Jésus ne va pas au-devant des miracles. Cf la série américaine The Choice. Il ne les provoque pas. Il n’est pas venu pour faire des miracles. Le miracle de Cana, le 1er chez St Jean, est indicatif : « Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jn 2, 3. C’est Marie qui initie. Jésus dira à Marie : « Mon heure n’est pas encore venue » Jn 2, 4 Il est venu pour sceller l’Alliance, les noces de Dieu avec l’humanité, il est venu pour donner sa vie, en rançon pour la multitude.  

 

Jésus se laisse saisir par les événements : « saisi de compassion » : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger » Mt 9, 36. Non seulement avec les foules mais avec chaque personne en détresse, au sein de cette foule : « Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! ». Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le » Mc 10, 46-49

 

Jésus ne joue pas au médecin. Il est Sauveur. Le salut, c’est la santé du corps et de l’âme. Pas d’examen médical, pas de diagnostic, pas de remèdes. Il s’intéresse au mal physique et moral, à l’exclusion ou plutôt à l’inclusion. Il s’intéresse à la guérison de l’homme tout entier, à la guérison de l’humanité toute entière. Soyons attentifs à la guérison en 2 temps du paralytique : d’abord la guérison du cœur avant la guérison du corps, comme signe du pardon : «  Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien dire : “Lève-toi et marche” ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir, sur la terre, de pardonner les péchés… – Jésus s’adressa alors au paralysé – lève-toi, prends ta civière, et rentre dans ta maison. » Mt 9, 5-6

 

Jésus ne joue pas au guérisseur. Il guérit. Mais certains procédés peuvent faire penser aux guérisseurs quand il guérit un sourd-muet en mettant les doigts dans ses oreilles et en lui touchant la langue avec de la salive » cf Mc 7, 33. Il guérit aussi un aveugle avec de la salive sur les yeux Mc 8, 23. Matthieu n’a pas rapporté ce récit par crainte d’interprétation magique. Cependant, Jésus se distingue des guérisseurs : « Il n’agit pas en s’appuyant sur des techniques, mais sur l’amour de Dieu et par compassion pour les hommes. Il n’intervient jamais pour faire du mal….Il ne prononce jamais des paroles magiques ou des formules secrètes. Il n’emploie ni amulettes, ni sortilèges. Il n’intervient pas par intérêt économique ». « Ce qui différencie le plus Jésus des autres auteurs de guérisons, c’est que pour Lui ce n’étaient pas des faits isolés, mais qu’elles faisaient partie de son annonce du royaume de Dieu »* « Jésus parcourait toute la Galilée, proclamant la Bonne Nouvelle du royaume et guérissant toute maladie » Mt 4, 23. Remarquons que le 1er regard de Jésus ne se pose pas sur des pécheurs appelés à se convertir, mais sur tous ceux qui souffrent.

 

Jésus a son style. Il guérit par la force de sa parole et les gestes de ses mains. Il écoute, il dialogue, il touche (imposition de mains ou il saisit la main, il tend la main…), il suscite ou fait grandir la foi : « Tout est possible pour celui qui croit. » Aussitôt le père de l’enfant s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » Mc 9, 24-25 ». Jésus réconcilie, réintègre dans la communauté.

Les miracles des exorcismes :  

Difficile pour nous de comprendre tous ces cas d’exorcismes dans les Evangiles : « La tendance générale des exégètes est de considérer ces possessions diaboliques comme une maladie : « épilepsie, hystérie, schizophrénie… »*, ou un transfert d’oppressions extérieures ou de conflits internes sur un personnage diabolique (mécanisme d’auto-défense). Cependant, le Mal est bien présent dans tout l’Evangile : Jésus inaugure son ministère public par l’épreuve des tentations au désert. Jésus, par 3 fois, repousse le diable avec la Parole de Dieu.  « Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé » Lc 4, 13. Le moment venu, c’est la passion de Jésus avec le diable qui s’empare de Judas. Au cœur de son ministère, Jésus nous confie la prière du Notre Père qui se conclue par « Délivre-nous du Mal ». Comment ne serait-il pas présent dans notre monde de violences et de guerres ! Jésus libère en son propre Nom les possédés, réintègre à la communauté. On lui reprochera le bien fait en l’accusant d’expulser les démons au Nom du Prince des démons Mc 3, 22.  

Le sens. Chaque miracle manifeste la puissance (Cf multiplication des pains, des poissons. La tempête apaisée…) et l’amour du Dieu Créateur et Sauveur. Chaque miracle est un SIGNE du Royaume déjà là et qui vient. C’est le signe d’un monde nouveau. C’est un signe confiée à l’Eglise : « Jésus les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir les malades. » Lc 9, 2 Les miracles ne sont pas des moyens faciles pour supprimer la souffrance, mais un clin Dieu pour accueillir le Royaume, un signe que Dieu est toujours à l’œuvre, lui qui nous confie la création pour la cultiver et la faire prospérer.

Le miracle des miracles**, dans l’Ecriture, c’est la résurrection de Jésus, c’est le SIGNE : Pas d’autre signe que celui de Jonas Mt 16, 4 !  C’est le plus grand des miracles, non pas parce qu’il s’imposerait à tous, mais parce qu’elle est la mort de la mort et que la vie du Ressuscité est ouverte à notre participation à la vie de Dieu qui nous fait entrer dans le monde nouveau : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » Ap 21, 5 C’est par l’amour infini de Dieu sur une croix que Jésus rachète l’humanité dans sa résurrection.

St Paul parle du don des miracles, dans les 1ères communautés chrétiennes.

L’Eglise requiert un miracle avant béatification et un autre avant canonisation comme signes.   

2 . Les miracles dans nos vies

2 . 1 Les miracles dans la vie des saints 

Le miracle de Mayline, en lien avec la béatification de Pauline JARICOT (1799-1862.  Fondatrice de l’œuvre catholique de la Propagation de la foi et du Rosaire Vivant.), le 22 mai 2022, à Lyon. En 2012, alors qu’elle a 3 ans, Mayline s’étouffe avec une saucisse apéritive et tombe dans le coma. Emmenée en service réanimation à Lyon, on suggère à ses parents de la débrancher, au vu des dommages irréversibles sur son cerveau. Mais en parallèle, une maman de l’école de Mayline et de sa grande sœur Lou-Anh, propose de lancer une neuvaine à Pauline Jaricot. Quelques semaines plus tard, c’est l’incrédulité chez les médecins, Mayline entre en phase de récupération, et vit aujourd’hui tout à fait normalement, à Annecy, avec ses parents et sa sœur de 16 ans. Le 26 mai 2020, le pape François reconnaissait comme authentique la guérison de Mayline, attribuée à l’intercession de Pauline Jaricot. Le père de Mayline, Emmanuel Tran, a racontée dans un ouvrage, Sauvée par un miracle, l’histoire de Mayline  qu’il a rédigé pour elle. . « Je voulais dire à Mayline que Dieu a toujours été sur son chemin. » Je voulais relire ces événements dramatiques puis miraculeux, et de prendre conscience de la présence de Dieu dans nos vies. J’ai aussi réalisé que beaucoup de gens avaient prié pour Mayline sans jamais savoir que leurs prières avaient bel et bien été exaucées ! Je voulais dire et témoigner : « Oui, les prières sont exaucées, oui, les miracles existent aujourd’hui ». Parmi les nombreux signes reçus tout au long de notre parcours, je raconte notamment celui-ci dans le livre. Après les mois de drame, quand Mayline a pu entrer à l’école à Nice, elle a été accompagnée par une Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS), Sheena. Un jour, celle-ci me demande de lui raconter ce qui est arrivée à Mayline, je m’exécute et Sheena me dit : « Tiens c’est drôle, ça me rappelle l’histoire d’une petite fille de Lyon pour qui nous avions récité une neuvaine à Pauline Jaricot avec les sœurs dominicaines de Cannes », et nous comprenons alors l’incroyable, avec une grande émotion, Sheena pensait que la petite fille était morte, et en fait il s’agissait de Mayline dont elle se retrouvait l’AVS ! 

Le miracle de Charle (sans s), en vue de la canonisation de Charles de FOUCAULT (1858-1916. Officier de cavalerie. Religieux), à Rome le 15 mai 2022.  Charle est ce jeune charpentier qui, à Saumur, en 2016, chuta accidentellement de 16 mètres de haut pour se relever, quasi sauf. Charles – avec un «s» – désigne Charles de Foucauld, né en 1858 à Strasbourg, devenu officier de cavalerie, formé à Saumur, qui se convertit et devint religieux. 30 novembre 2016. Au lycée Saint-Louis de Saumur, deux ouvriers de l’entreprise Asselin, spécialisée dans la restauration du patrimoine, s’affairent dans la charpente de la chapelle. Délaissant la passerelle de chantier, Charle, jeune apprenti de 21 ans, choisit de couper au plus court en marchant sur la voûte. La voûte cède brutalement. Sa chute ne dure qu’1,8 seconde, mais Charle a le sentiment qu’elle dure un siècle. Ses pensées se bousculent : « Ne surtout pas tomber sur mes jambes. Protéger ma tête avec mes mains. » Il ouvre les yeux. « Je n’étais pas encore en bas. J’ai tenté de me mettre en position allongée. Et j’ai refermé les yeux ». Charle, atterrit à 60 km/h sur un banc qui explose sous le choc. Une simple égratignure au front, il se relève. Rien d’autre ? Si : l’un des montants du banc, long d’environ 50 cm, lui a perforé le thorax juste sous le cœur. Littéralement transpercé, il remonte pourtant la nef, renonce à sortir dans la cour « pour ne pas impressionner les élèves » et oblique vers une porte latérale. « Je l’ai vu arriver. Il m’a dit : ”il faut appeler les secours”», se souvient, encore estomaqué, Éric Bernard, responsable de l’informatique. C’est Charle qui, en bon charpentier, indiquera par téléphone aux pompiers le diamètre du morceau de bois. Un hélicoptère atterrit en urgence sur le terrain de foot du lycée. C’est en ambulance, et sous sédatif, qu’il rejoindra enfin le CHU d’Angers. Pendant ce temps, son patron, François Asselin, apprend le drame. Celui qui est aussi le médiatique président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CPME) est en rendez-vous à Paris. Catholique engagé, le Saumurois lance aussitôt avec son épouse une intense chaîne de prières. Le chirurgien qui extrait l’imposant corps étranger doit procéder à l’ablation de la rate, mais il constate avec soulagement qu’aucun organe vital n’a été touché. Et à l’exception d’une côte cassée, le squelette est intact. « Inexplicable scientifiquement », concluront ultérieurement les experts médicaux. En réalité, cela fait des mois que le miracle se préparait. Décembre 2015. « On va prier pour que le patron de notre paroisse devienne saint. Et on va le faire tous les jours pendant un an » annonce à ses ouailles le père Vincent Artarit, curé de la paroisse Bienheureux Charles de Foucauld, à Saumur. Un premier miracle, en 1989, a permis au « petit frère du désert » d’être béatifié : une Italienne a été guérie d’un cancer des os jugé irrémédiable. Mais sans second miracle, pas de canonisation. « L’interprétation croyante des événements ne vient qu’après les conclusions des scientifiques. Ce point est primordial », renchérit le père Vincent. Certes, mais peut-on éliminer totalement le facteur « chance » pour autant ? « On pourrait très bien dire que Charle a juste eu un énorme coup de bol. Le miracle ouvre un espace de liberté : Dieu nous donne un signe, auquel on peut adhérer. Ou pas. Exactement comme saint Thomas », admet en souriant le père Emmanuel d’Andigné, qui a succédé en septembre 2021 au père Vincent Artarit.

29 avril 2022. « Un miracle au bénéfice d’un non baptisé ? Dieu donne gratuitement, sans rien demander en retour. » Devant la presse réunie à Saumur pour la première prise de parole du jeune charpentier : « Oui, je ne suis pas croyant. Mais forcément, cet événement a radicalement changé ma vie. Je n’aborde plus les choses de la même façon » confirme le charpentier avec simplicité, qui confie garder sur sa table de chevet une statuette de Charles de Foucauld. « Qu’est-ce que le Seigneur cherche à me dire à travers cela ? » s’interroge de son côté le P. Vincent Artarit. 

2 . 2 : les miracles, signes d’espérance.

Le miracle de Sœur Bernadette MORIAU, franciscaine, oblate du sacré cœur de Jésus *** : 

Bernadette est atteinte d’une pathologie rachidienne évolutive qui nécessite un traitement morphinique conséquent, depuis 1968. Son médecin est en même temps médecin du pèlerinage : « Venez avec moi à Lourdes ». Réponse : « Il y a belle lurette que je ne crois plus au miracle pour moi ». « J’ai finalement décidé de venir car c’était l’année du 150ème anniversaire des apparitions (2008) , et je voulais venir rencontrer le Seigneur avec Marie et Bernadette. La grâce que j’ai demandé à Lourdes, c’est la conversion du cœur. Je n’ai jamais, jamais demandé la guérison physique, jamais ! J’ai toujours prié pour les autres ». « Guérison en 2 étapes : la guérison du cœur, la guérison du corps. La guérison du cœur : A la basilique St Pie X, à la bénédiction des malades, j’ai senti cette présence de Jésus où j’ai reçu cette parole : ‘’Je vois ta souffrance, celle de tes frères et sœurs malades, et toi, donne-moi tout’’. Et j’ai tout donné au Seigneur puisque j’avais déjà donné ma vie au Seigneur depuis bien longtemps, mais j’ai renouvelé mon engagement. J’ai surtout prié pour les malades qui étaient à côté de moi, en demandant leurs guérisons, et là j’ai été habité par une grande paix et une grande joie. La guérison du corps : Au retour, à l’adoration, à la chapelle, j’ai ressenti dans mon corps une chaleur qui m’a envahie et puis une détente. En rentrant dans ma chambre, une voix intérieure m’a dit : ‘’Enlève tes appareils’’. Je n’ai pas réfléchi, je n’ai pas raisonné, j’ai pensé à l’Evangile où Jésus dit au paralytique : ‘’Lève-toi, prends ton brancard et marche’’. Et du coup, j’ai obéi. J’ai enlevé l’appareillage du pied ; mon pied était redressé, je pouvais le bouger. J’ai enlevé le corset. J’ai arrêté ma morphine. J’ai été aux toilettes. Je n’avais plus de sondes. J’ai arrêté le neuro-stimulateur. Et le lendemain, j’ai marché 5 km ». En 2016, le bureau des constatations médicales statuait : « Guérison soudaine, instantanée, complète, durable de Sr Bernadette ». En 2018, après nouvelle enquête diocésaine, l’évêque de Beauvais Mgr BENOIT-GONNIN reconnait le miracle comme signe de la puissance et de la miséricorde de Dieu. Sr Bernadette a écrit un livre : « Ma vie est un miracle ». « C’est un signe d’espérance pour ceux qui m’écrivent…C’est un signe que Dieu vient toujours à notre rencontre à travers sa Parole, qu’il intervient d’une manière ou d’une autre. Cette grâce n’est pas pour moi, elle est pour l’Eglise, pour témoigner, pour l’évangélisation ».

Les miracles du quotidien :

Nous avons en permanence 3 livres que nous pouvons lire : le livre de la création, le livre des Ecritures, le livre des événements de nos vies et de la vie du monde ou un livre, celui des merveilles de Dieu.  

Avec notre intelligence, nous essayons de découvrir le sens (in legere : lire dedans) des événements. Avec notre mémoire, nous vivons le présent, riche du passé, tourné vers l’avenir. Avec notre cœur : « le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas », nous découvrons des horizons de sens. Avec notre volonté, nos désirs, nous pouvons nous engager sur les chemins discernés. Avec notre foi, les événements gagnent en profondeur, en hauteur, en extension.

Autant, c’est important de ne pas courir après les miracles : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », autant c’est important de décoder les signes : « Et le matin, vous dites : “Aujourd’hui, il fera mauvais, car le ciel est d’un rouge menaçant.” Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables » Mt 16, 3. L’espérance (au singulier) se nourrit d’espérances, au pluriel et au quotidien. Terres d’Espérance (22-24 avril) nous invite à regarder nos terres abandonnées, mais surtout nos terres assoiffées, et encore davantage nos terres à aimer. Baudelaire : « La nature est un temple où de vivants piliers laissent passer de confuses paroles. L’homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers ».

Avec la liturgie, nous entrons dans un monde sacramentel de signes à accueillir : les sacrements sont des signes du Royaume qui nous introduisent dans le Royaume.   

Les miracles nous étonnent (protection, délivrance, guérison) pour nous conduire à décrypter le monde des signes qui nous ouvre le monde de Dieu : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Et si les miracles nous étaient offerts en cadeaux, en plus, pour nous inviter à découvrir l’extraordinaire de l’ordinaire : un lever de soleil, la naissance d’un enfant, la réconciliation d’un couple, un sacrement, une Parole de Dieu…..Est-ce que des rencontres qui changent une vie ne sont pas de vraies miracles ! Madeleine Delbrêl a magnifié la vie ordinaire : « La vie ordinaire. Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ou sont des célibataires ordinaires. Des gens qui ont des maladies ordinaires, des deuils ordinaires. Des gens qui ont une maison ordinaire, des vêtements ordinaires. Ce sont les gens de la vie ordinaire. Les gens que l’on rencontre dans n’importe quelle rue. Ils aiment leur porte qui s’ouvre sur la rue (…) Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté. Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné. » (Œuvres Complètes, tome 7, p. 23-24)

Conclusion

Comme curé, je suis témoin de grâces obtenues par ND des miracles, je me réjouis de ces petits signes d’espérance du quotidien….

ND des miracles existe à Mayenne et ailleurs. J’ai découvert une ND des miracles et des vertus à la basilique St Sauveur de Rennes, avec cet épigramme (epigramma : inscription. Petite pièce de vers, mot spirituel et mordant) du 17 e s :

Cher lecteur, me demandes-tu, pourquoi deux Noms à cette Image,
Qu’on appelle encore de notre âge, Dame de Miracle et Vertu ?
L’un des deux pourrait bien suffire ; mais c’est peut-être pour te dire
que quand le temps ne serait plus d’espérer d’Elle des Miracles,
Au moins, il n’est aucuns obstacles qui puissent t’empêcher d’imiter ses Vertus ».

La paroisse de Mayenne et le doyenné du Pays de Mayenne souhaite développer le rayonnement du sanctuaire ND des miracles (Nouvelle statue ND des miracles, visite avec QR codes, procession fluviale le 14 octobre, 19H45, puis messe pour l’anniversaire de l’érection de l’église ND en basilique, vente de statuettes…..). C’est une manière de faire signe dans notre cité, en se basant sur toutes les générations, en évitant tout prosélytisme et superstition, en posant des gestes simples qui appartiennent à la piété populaire qui nous prémunit contre toute intellectualisation de la foi : « La religiosité populaire » (bouquet de fleurs, bénédiction, procession….), on peut le dire, a certainement ses limites. Elle est fréquemment ouverte à la pénétration de maintes déformations de la religion voire de superstitions. Elle reste souvent au niveau de manifestations culturelles sans engager une véritable adhésion de foi. Elle peut même mener à la formation de sectes et mettre en danger la vraie communauté ecclésiale. Mais si elle est bien orientée, surtout par une pédagogie d’évangélisation, elle est riche de valeurs. Elle traduit une soif de Dieu que seuls les simples et les pauvres peuvent connaître. Elle rend capable de générosité et de sacrifice jusqu’à l’héroïsme, lorsqu’il s’agit de manifester la foi. Elle comporte un sens aigu d’attributs profonds de Dieu : la paternité, la providence, la présence amoureuse et constante. Elle engendre des attitudes intérieures rarement observées ailleurs au même degré : patience, sens de la croix dans la vie quotidienne, détachement, ouverture aux autres, dévotion. En raison de ces aspects, nous l’appelons volontiers “ piété populaire ”, c’est-à-dire religion du peuple, plutôt que religiosité ».

« Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement » G. K. CHESTERTON

St Jean Chrysostome : Catéchèse baptismale sur le nouveau Moïse, Office des lectures, Lundi 2, carême. « Le peuple juif a vu des miracles. Toi aussi, tu en verras de plus grands et de beaucoup plus éclatants que lorsque les juifs sont sortis d’Egypte. Tu n’as pas vu pharaon noyé avec ses troupes, mais tu as vu le diable englouti avec ses armes. Le peuple juif a traversé la mer et toi tu as traversé la mort….Les juifs n’ont pas pu regarder le visage de Moïse resplendissant de gloire, mais toi tu as vu le Christ dans sa gloire. St Paul dit bien : ‘’Nous à visage découvert, nous reflétons comme dans un miroir la gloire du Seigneur’’…. Moïse a levé les mains vers le ciel et en a fait descendre le pain des anges, la manne ; notre Moïse lève les mains vers le ciel et nous apporte la nourriture éternelle. Celui-là frappa la pierre et fit couler des fleuves d’eau, celui-ci touche la table et fait jaillir les sources de l’Esprit ».

Et si nos vies étaient des miracles !

P. Pierre-Marie Perdrix, mai 2022

Bibliographie :
La Bible, traduction officielle liturgique
*José Antonio PAGOLA, Jésus, approche historique, Paris, Le Cerf, 2008
**Jacques PERRIER, Jésus, Paris, Mame-Plon, 2002
***Hors-série, lettre des équipes Notre-Dame, Février-Mars 2022
Sœur Bernadette MORIAU, Ma vie est un miracle

Définition d’un miracle : Phénomène qui déroge aux lois ordinaires de la nature et auquel la science ne peut assigner aucune cause.
En théologie. Signe de l’action de Dieu qui est propre à susciter ou à confirmer la foi.

Dans l’histoire de la statue de Notre Dame des Miracles à Mayenne, on constate qu’un miracle n’est pas forcément un prodige mais plutôt, un signe de l’action de Dieu dans notre quotidien.

« Avoir la foi, c’est vouloir que le Seigneur agisse dans notre vie.
C’est alors que nous pourrons voir les signes de Dieu » P. Thomas L.

Nous avons en permanence 3 livres que nous pouvons lire : le livre de la création, le livre des Ecritures, le livre des événements de nos vies et de la vie du monde
ou un livre : celui des merveilles de Dieu. P. Pierre-Marie P.