Ecologie : convergences de vues entre chrétiens et scientifiques

 

Les évêques de France réunis à Lourdes du 4 au 9 novembre pour leur assemblée plénière d’automne, ont invité des laïcs pour la première fois à travailler avec eux sur l’urgent dossier de la transition écologique. L‘écologie en tête et l’évangile au coeur, ce fut l’occasion d’une belle prise de conscience, et de forts témoignages. Affaire à suivre dans les diocèses.

Deux jours durant, lundi et mardi derniers, les évêques et les quelque 200 laïcs invités – deux par diocèse – ont rencontré de hautes pointures, scientifiques, philosophes, théologiens, économistes. Croyants ou non, la convergence de leurs propos a edifié l’assemblée comme en témoignent les nombreux reportages relayés sur le site de l’Eglise catholique : l’homme fait Un avec la Création tout entière, et il en est le gardien. Les chrétiens ne peuvent pas ne pas se mettre en route, conscients que dès les premiers versets de la Bible, c’est Dieu lui-même qui envoie l’homme comme responsable de la Création.

En route pour des modes de vie plus sobres, plus évangéliques

De Raphaël Cornu-Thénard, converti au catholicisme il y a vingt ans, fondateur du mouvement Anuncio et du Congrès mission, à Gauthier Chapelle, ingénieur agronome, docteur en biologie et chercheur, c’est la nécessité de passer par de nouveaux modes de vie plus sobres, plus coopératifs, plus solidaires, qui a fait l’unanimité. Convergence de vue aussi pour dire que ces nouveaux modes sont paradoxalement possibles aujourd’hui au coeur d’une société de surconsommation, et de recherche du bien-être personnel. Car, lorsque survient une détresse, a expliqué Gauthier Chapelle, l’homme, comme les animaux et les espèces végétales, est capable d’une grande solidarité et entraide avec ses congénères.

En parfaite cohésion avec l’Evangile

La situation est catastrophique comme l’annoncent les scientifiques, mais il y a de l’espérance. Non seulement les nouveaux comportements évoqués sont en parfaite cohésion avec l’Evangile, mais il est certain que la menace écologique peut être transformée en promesse. C’est ce que qu’a soutenu Elena Lasida, économiste, chargée de la question de l’écologie pour l’Eglise de France : car réinventer de nouvelles manières de vivre, de produire, de se déplacer, c’est source d’un meilleur vivre-ensemble, vraiment source de joie.

La Création est aussi, notre « prochain »

Même si nous n’avions pas cette perspective de crise écologique grave, il serait urgent que l’homme revienne aux sources de la foi. N’avons-nous pas déformé l’ Ecriture ? a interrogé Fabien Revol, philosophe et théologien. En effet, dans la Genèse, il ne s’agit pas de soumettre la Création pour en profiter, mais pour la servir. Et de rappeler cette parole du pape François dans Laudato Si’ : la Création est aussi notre prochain.

« Tout est lié !« 

Tout est lié, clame le Pape François. Tellement lié, que laisser la Création se dégrader, c’est aussi  laisser à l’abandon tous les pauvres. Les évêques se sont montrés sensibles à ce rappel. C’est toute l’écologie humaine qui fait ainsi l’objet d’une conversion, pas seulement le retraitementt de nos déchets domestiques…

Que faut-il entendre par conversion ?

Il y a bien sûr tous les gestes, petits et grands que chacun est capable de poser. Mais la conversion écologique repose aussi sur trois piliers proposés par le Pape dans Laudato Si’  qu’ Elena Lasida a rappelés. Il ne sont pas propres aux catholiques, mais à tout homme de bonne volonté.
La conversion repose sur la gratuité, car la Création n’est pas une possession. En deuxième, sur la communion, relation qui laisse une place à chacun y compris les autres êtres vivants créatures de Dieu, et qui amène à reconnaître les valeurs de l’autre, d’une manière réciproque. Enfin, la créativité, l’inventivité et l’enthousiasme dans l’expérience de changement de vie.

Il y a tant de choses à faire, il est temps de s’y mettre

L’encyclique Laudato Si’ avait permis de le comprendre, mais les diocèses et, de façon générale, le peuple chrétien, peinent à entrer pleinement dans les perspectives ouvertes par le Saint-Père. Le label « Église verte » aide beaucoup de réalités ecclésiales à contribuer aux efforts de tous. Il reste tout de même à faire entendre la parole du Salut en face des bouleversements qu’exige l’état de notre planète et du cosmos.

Une génération en rupture qu’il est important d’écouter

De nombreux jeunes sont en rupture aujourd’hui avec les modes de vie actuels autour de la consommation. La plupart n’ont pas besoin de l’Église pour changer : ils le font à partir d’une réaction toute humaine, parfois nourrie de la foi chrétienne, plus souvent en puisant dans d’autres traditions culturelles ou spirituelles ou même en se gardant avec virulence de tout lien avec le christianisme. Ils changent de vie, ils prennent des décisions radicales (ne plus prendre l’avion pour des séjours de moins de 3 semaines…), ils travaillent à transformer les modes de production, imaginent des modes de vie sociale qui les rendent indépendants des structures traditionnelles…Les laïcs invités étaient représentatifs de ces changements de vie, choisis absolument.

L’Église a beaucoup de choses à transmettre dans ce domaine

S’ils n’ont pas eu besoin de l’Église pour changer de mode de vie, il est certain que l’Eglise a quelque chose à leur dire. C’est chose faite depuis l’assemblée des évêques et ce n’est qu’un début. Le dialogue a bel et bien commencé.

Des perspectives à définir pour notre diocèse

Chaque diocèse est en route d’une façon plus ou moins avancée. En Mayenne, différentes initiatives vont se mettre en place dans l’année.

Véronique LARAT

 

Jean-Luc Meulan et Xavier Pujos sont les deux invités de l’évêque de Laval à participer aux premiers jours de l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes.

Pour aller plus loin

Ecouter l’entretien avec Mgr Thierry Scherrer sur Radio Fidélité Mayenne.

Toute l’actualité de l’assemblée plénière. Reportages, photos, interviews, vidéos…

 

Hémicycle de l’Assemblée plénière à Lourdes où des laïcs sont invités pour la première fois à participer au débat.
Nous pouvons reconnaître notre évêque en bas à gauche (pull gris !)