A la suite d’une très intense journée de formation intitulée « La traversée de l’épreuve », le 18 janvier dernier, nous avons recueilli deux témoignages. Celui du père Paul, prêtre accompagnateur, et celui de Marie, aumônier hospitalier. Tous deux nous disent comment ils ont vécu cette formation, ainsi que la place de leurs rencontres dans leur vie de chrétiens.

Cette journée, était animée par Sœur Anne Lécu, dominicaine, philosophe et médecin pénitentiaire depuis plus de 20 ans à la prison de Fleury-Mérogis . Son expérience professionnelle l’a amenée à de nombreuses réflexions sur l’épreuve. « Quand la vie nous impose ses choix, par la maladie, le deuil, les circonstances… on se retrouve comme exilé de nos existences, comme chassé de chez nous ! ».

Sr Anne Lecu, médecin en prison, religieuse et essayiste

Témoignage du Père Paul : « Entendre la plainte de ceux vers lesquels nous sommes envoyés ».

Anne nous a mis en face de réalités humaines pour lesquelles notre foi n’a pas de réponses toutes faites : maladies, crises, abus, prison, deuil… Accompagner des personnes qui vivent ces situations, c’est nous mettre à leur écoute jusqu’à, parfois, nous sentir bousculés, déplacés dans nos convictions. Jésus est plus grand que ce que nous en savons et quand nos silences sont le fruit d’une présence qui se laisse toucher c’est peut-être le moment où Jésus se dit, parle à la personne visitée. 

Anne a pris soin d’enraciner dans la Bible cette révélation d’un Dieu à l’écoute de ceux qui subissent l’épreuve, par exemple quand elle a cité le chapitre 11 du livre d’Ezéchiel : Dieu n’hésite pas à quitter sa ville sainte (son chez lui) pour demeurer, entendre et parler aux déportés à Babylone. Quels déplacements la Parole de Dieu opère-t-elle en ceux que nous visitons et en nous-mêmes ? » 

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Témoignage de Marie : « L’épreuve, on ne voudrait pas la traverser »

Je suis aumônier à l’hôpital et le titre de cette formation m’a tout de suite attirée : « La Traversée de l’Épreuve »… En effet, par notre mission, nous sommes aux côtés de ceux qui souffrent. Mais, au-delà, d’un point de vue plus personnel, je suis aussi passée par l’épreuve de la maladie. Une maladie grave, la leucémie, qui aurait pu me faire mourir. Les propos de sœur Anne m’ont donc particulièrement touchée car ils résonnaient en moi à l’aune de l’expérience personnelle que j’ai eue de l’épreuve. Une épreuve physique, psychique et existentielle…

« Ce qui rend l’épreuve difficile, c’est qu’elle est imprévisible, incompréhensible ».

Quand on m’a annoncé que je souffrais d’une leucémie, cela a été d’autant plus brutal que tout allait bien ; je n’étais pas malade en apparence. C’est ainsi que l’épreuve s’est invitée brutalement dans ma vie. Limitée, je ne pouvais plus me projeter dans le futur. 

Sœur Anne a mis des mots sur ce que j’ai vécu de plus fort pendant ma maladie. En effet, elle a dit que « l’épreuve est un exil , elle rend notre vie inhabitable » et c’est exactement ce que j’ai ressenti à l’époque. Où aller quand on vous annonce que vous avez une maladie aussi grave qu’une leucémie ? Cette souffrance intérieure et brutale m’a fait jeter un cri d’interrogation au Professeur du CHU de Rennes, qui, entouré par ses étudiants, venait de m’annoncer cette nouvelle : « Mais alors, je vais mourir ? ». Thierry Lamy de La Chapelle me dit, beaucoup plus tard, que ce cri l’avait troublé, ému. Il m’avait répondu : « Non, en tout cas nous ferons tout pour que vous viviez ! Mais, dans un premier temps, pour vous sauver, nous allons vous rendre malade ». Et la suite, ce fut effectivement, des années de souffrances physiques, psychiques et existentielles. Au point qu’on donnerait tout pour s’échapper de cette situation intolérable.

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L’épreuve, on ne voudrait pas la traverser ! Et comme le dit sœur Anne, « On aimerait partir loin de soi, quitter ce corps qui fait souffrir ». On serait prêt à tout donner pour quitter cette vie qui nous empoisonne l’existence. J’ai couru dans toute la maison, crié, hurlé… Mais rien n’y fait, je suis prisonnière de mon corps et cette épreuve il va bien falloir que je la traverse. Seule la mort pourrait m’en délivrer !

À ce moment de son exposé où elle explique comment traverser l’épreuve, sœur Anne a posé une parole forte en prenant l’exemple de Job : «  Alors qu’il avait tout et qu’il a tout perdu, Il n’a de cesse de crier vers Dieu. Il lui demande des explications. Qu’est-ce que c’est que cette vie que j’ai choisie ? Pourquoi je suis là à user mes pas dans la nuit alors que d’autres s’aiment, la parole se vide, le doute s’insinue… Seigneur où es-tu ? » Oui, ma foi a vacillé… j’ai crié vers Dieu ma détresse et n’ayant plus la force de me tourner vers Dieu, j’ai été portée par la prière de mes proches et de mes amis et je rends grâce !

Pour conclure, j’aimerais simplement vous offrir cette citation du père Renaud Saliba, recteur de Pontmain qui m’entraîne sur ce chemin de l’exil vers l’exode «  Le bonheur, c’est accueillir Jésus au cœur de nos vies ».

Marie Le bras

Job par le peintre Léon BONNAT
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