Dans trois semaines, les Français vont élire leur nouveau Président de la République. Au-dessus des clivages de partis, l’Église catholique ne donne pas de consigne de vote, mais invite les croyants à faire leur choix à partir de quelques repères éthiques et politiques.

Mars 2017 – En pleine crise de confiance envers le monde politique, et pris en otage dans un jeu médiatique qui brouille malheureusement les cartes, les électeurs ont besoin de vrais repères. Car « le désamour des Français pour la manière avec laquelle s’exerce la politique ne signifie pas pour autant un désintérêt pour les enjeux de la vie en société » 1. Parce que l’Eglise catholique se place hors des clivages de partis et ne donne pas de consignes de vote, elle a toute liberté pour rappeler certains repères. Car « la religion, la foi, doivent inspirer toute la vie du chrétien : sa façon de concevoir la famille, le travail, la politique, la vie, la mort, en fait, toute son existence… »

Véronique Larat : L’Eglise est-elle à droite ou à gauche ?

Pascal Jacob : Nous aimons coller des étiquettes, pour avoir une vision simple du monde. En même temps, il serait un peu facile de botter en touche : ni à droite, ni à gauche ! Prenons donc les choses de plus haut : qu’est-ce qu’être à droite ou être à gauche ? On dit parfois que la droite est conservatrice, et la gauche progressiste, ou que la droite est libérale parce qu’elle se soucie plutôt de la liberté, et la gauche sociale car elle se soucie surtout d’égalité. Je préfèrerais dire que l’Eglise est totalement à droite et totalement à gauche, elle est comme la gardienne des valeurs de la droite et de la gauche, et il me semble qu’elle les raccroche à leur source qui est la conscience que nous avons que, créé à l’image de Dieu, l’homme est sujet d’une dignité spécifique. C’est là la lumière dont nous avons besoin pour conserver ou dépasser ce qui doit l’être, et pour articuler liberté et égalité.

V. L. : Pourquoi l’Eglise ne donne-t-elle pas de consigne de vote ?

P. J. : Justement parce qu’aucun parti, par définition, n’est « catholique » c’est-à-dire « universel ». Plus qu’une exigence évangélique de laïcité (rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César), c’est aussi la conscience que le vote relève de l’opinion et non de la foi, ce qui ne l’empêche pas d’alerter les fidèles sur ce qui, dans tel ou tel programme, est clairement incompatible avec la foi catholique.

V. L. : Comment voter en conscience si l’on n’est pas convaincu par l’un ou par l’autre ?

P. J. : Même si l’Eglise ne donne pas de consignes, le chrétien doit lui-même juger de ce que défend un parti, quelle est sa position sur un certain nombre de points fondamentaux. Il faut donc commencer par se former à propos de ce que l’on appelle la Doctrine sociale de l’Eglise. Car la conscience ne suffit pas, il faut encore la former notamment sur : la question de la dignité de la personne, depuis le commencement de sa vie jusqu’à sa mort naturelle ; la question des droits de la personne humaine ; la conception du bien commun. Il faut s’interroger aussi sur la question des richesses et de la propriété, gouvernée pour l’Eglise par le principe de la destination universelle des biens. On ne peut oublier aussi les principes de subsidiarité, de solidarité et de participation ; les valeurs de vérité, de liberté et de justice telles que l’Eglise les transmet ; enfin , la dignité du travail, le sens de l’autorité comme service… Une fois formée, la conscience peut nous éclairer, en sachant que donner sa voix n’empêche pas de chercher à se faire entendre par d’autres moyens.

 

A chacun de retrouver le sens du politique

Fin octobre 2016, le Conseil permanent des Évêques de France a publié le document de réflexion « Retrouver le sens du politique », ils offrent des pistes de réflexion pour permettre à chacun, croyant ou non, de s’interroger sur l’avenir commun de notre pays.

Car au-delà des idées et des actes politiques qui fondent notre histoire institutionnelle, il est fondamental de porter un regard à la fois lucide et humaniste sur notre société avant de s’engager idéologiquement. C’est à cette tâche que les Évêques se sont attelés en dissociant la politique, au sens action, du politique, qui la précède, en tant que notion existentielle du « vivre ensemble ». Autrement dit, avant de réformer concrètement un pays en souffrance, il faut restructurer notre mode de penser en tenant compte de l’autre et de ses attentes sans pour autant renier nos propres aspirations. Des promesses non-tenues par des partis souvent jugés poussiéreux et sourds aux désirs des électeurs, aux multiples affaires juridiques relayées par les médias qui ternissent l’image du pouvoir, le désamour des Français pour la politique dénonce une réelle rupture du contrat de confiance. Pour le gagner, les Évêques invitent le peuple à retrouver le sens du politique à travers un regard bienveillant, en soulevant des éléments de réponses au mal-être ambiant d’un monde qui les préoccupe. Dans ce texte qui appelle chacun à mobiliser ses capacités intellectuelles pour agir avec bon sens, sobriété et humilité, face à un état de tristesse générale, la problématique humaine supplante les perspectives politiques. Privilégier l’écoute, l’échange et la tolérance mutuelle au lieu de favoriser, voire encourager inconsciemment les attitudes individualistes parfois dangereuses, redonnera ses valeurs de partage, de respect, de solidarité et de pardon à une société plus juste. « Cela s’appelle l’espérance ».

1- Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique Ed Bayard, Mame, Cerf, automne 2016

 

Une urgence : l’engagement des chrétiens en politique

A plusieurs reprises les évêques de France ont appelé les chrétiens à s’engager en politique. Bien commun, repères, éthique, conception de la personne, dialogue, sont des mots qui reviennent souvent à travers leurs textes ou ceux de Rome.

A propos de laïcité, si celle-ci oblige à une certaine « autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique , … ce serait une erreur de confondre la juste autonomie que les catholiques doivent avoir en politique, avec la revendication d’un principe qui fait fi de l’enseignement moral et social de l’Église ». Certes, l’Eglise admet volontiers une pluralité de partis pour militer, exercer ses droits et ses devoirs, mais quels que soient les choix, les chrétiens sont appelés à se laisser « guider par leur conscience chrétienne » dans leur engagement social et politique.

Ainsi, selon l’enseignement de saint Jean-Paul II, « ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont une obligation précise de s’opposer à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine ». Cependant, « un parlementaire dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. »

 

Une neuvaine de prière pour la France

Depuis le 18 février, la plateforme de prière Hozana invite à prier pour la France pendant neuf semaines, jusqu’au 22 avril. Neuf semaines, neuf thèmes, neuf occasions pour les chrétiens de s’engager, d’ici les élections présidentielle et législatives. Il suffit de s’inscrire. Le projet est soutenu et animé par la paroisse/sanctuaire de l’Île Bouchard et la communauté de l’Emmanuel. Se placer sous la protection de Marie est une demande pressante et permanente. Autant s’y mettre tout de suite.

https://www.prierpourlafrance.fr/

 

Article réalisé à partir des travaux de
Père Luc Meyer, Père Roland Courné,
Amélie Le Bars, Pascal Jacob, Véronique Larat.

Retrouvez l’intégralité de ce dossier
dans le magazine Eglise en Mayenne, le mag’
du mois de mars 2017.

Pascal Jacob, professeur agrégé de philosophie
répond aux questions de Véronique Larat
à propos des choix politiques de l’Eglise

 

 

Dans un monde qui change,
retrouver le sens du politique
Ed Bayard, Mame, Cerf, automne 2016