Je vois le Notre Père comme un chemin de liberté, une ascension vers la maison de Dieu. Chaque phrase est comme une marche à gravir. Il faut, pour commencer, se libérer des asservissements : « Délivre­-nous du mal. » Alors, nous aurons un début de liberté, un peu de force pour résister à la tentation et « ne pas entrer» dans ce piège. Puis, et c’est l’étape décisive, nous pourrons, peut-être, trouver le chemin du pardon envers ceux qui nous ont déçus, blessés ; « Pardonne-­nous comme nous pardonnons à ceux qui ... » Se présente la marche suivante : et si je quittais le monde des souf­frances et des offenses pour découvrir le chemin de la rencontre, et m’engager résolument à partager le pain avec tous ceux qui en manquent ? « Donne-nous aujourd’hui notre pain … » Alors vient la décision fon­damentale : suis-je prêt oui ou non à faire Sa volonté ? « Sur la terre comme au ciel»? Évidemment, tout seul, je n’arriverai à rien. Pour que Son « règne vienne», il faut que je m’associe à d’autres, mes frères et sœurs décidés comme moi à bâtir son royaume. Ensuite, avec les anges et tous les saints, nous arriverons à la porte de cette Demeure où nous sommes tous attendus. Et enfin, nous frappons à la porte: « Notre Père, qui es aux cieux», pouvons-nous entrer, nous qui sommes Tes enfants ?

Cardinal Philippe BARBARIN, En mon Âme et Conscience,
Paris, Plon, 2020, 307 pages, p.285.