Tous les couples le savent, ils doivent  apprendre à faire des compromis. Pour s’aimer, on n’est pas obligé d’être d’accord sur tout mais on ne peut durer très longtemps sans pardonner. Il est cependant un principe de base : si c’est important pour l’autre, j’essaie. Et une condition : la réciprocité.

Dans la relation de couple, il est vital de garder une conscience vive que l’autre est autre et que par définition il ne fonctionne pas, ne ressent pas, ne réfléchit pas comme soi. Dans la vie nous nous trompons souvent, nous faisons tant d ‘erreurs : des petites ou des grandes, des volontaires ou des gaffes. La bible nous indique d’ailleurs que même le plus juste d’entre nous pêche au moins sept fois par jour. Impossible de le nier… nous ne sommes jamais irréprochables. 

Une blessure originelle mais si peu originale

En général, en période de conflit, chacun de nous est prompt à accuser l’autre. Et cette attitude est présente dès la Genèse. Lorsque Dieu demande à Adam : « Adam, tu as mangé de ce fruit ? », Il obtient pour réponse : « Moi ? Non ! c’est celui que tu m’as donné ! ». Accuser l’autre, ne pas reconnaître son tort, ne pas accepter de demander pardon, est une vieille histoire. C’est un réflexe orgueilleux, source de tant de désastres.

Oser demander pardon, ce n’est pas s’abaisser

Le pardon est parfois nécessaire. On le dit avec simplicité ou en serrant les dents car il n’est pas toujours facile à accepter. Et oui, apprenons humblement à reconnaître nos erreurs et à demander pardon : pardon si j’ai haussé le ton, pardon si cette semaine j’ai été silencieux, pardon si j’ai trop parlé et si peu écouté, pardon si j’ai oublié de te prévenir, pardon j’étais en colère et je m’en suis pris à toi… . « Le Pardon quel repos ! » écrivait Victor Hugo dans l’Art d’être grand-père. Tous ces pardons sont à dire et redire si on veut grandir et faire grandir son couple ou sa famille. Voyons cette humilité non pas comme une humiliation mais comme un examen de son cœur chaque jour pour reconnaitre ses erreurs. « En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour ». (Ephésiens 4, 2). Aucun mari n’est parfait, aucune femme non plus !

Apprendre à se choisir et surtout à se rechoisir

“ Dans notre paroisse, lors de la messe de la Sainte Famille célébrée le dimanche après Noël, on propose aux couples de se redire les paroles prononcées le jour de leur mariage : je te prends pour époux(se) etc…. “ Un moment fort ”, témoigne Jacques, marié depuis 26 ans. Lors d’une rencontre avec Madame Millet, paroissienne du nord Mayenne et qui fêtait ses 71 ans de mariage, elle nous a livré son secret de longévité :  « se demander pardon tous les soirs et ne jamais s’endormir fâchés. Si nous apprenons à nous demander pardon et à nous pardonner mutuellement, le mariage durera, il avancera  » nous confiait-elle. « Terminer sa journée dans la paix, est toujours source d’une grande joie ».

 

V F

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Les 10 Commandements de la Réconciliation

1- Nous accepter nous-mêmes tels que nous sommes et avec joie.

2- Prendre en compte ce que nous avons reçu plutôt que ce qui nous manque.

3- Remercier plutôt que de se plaindre.

4- Dire du bien des autres et le dire à haute voix.

5- Ne jamais se comparer aux autres : une telle comparaison ne conduit qu’à l’orgueil, et à la désespérance, sans rendre heureux.

6- Vivre dans la vérité sans craindre d’appeler bien ce qui est bien et mal ce qui est mal.

7- Résoudre les conflits par le dialogue et non par la force : garder en soi les rancœurs ne peut qu’’enfermer dans la tristesse.

8- Dans ce dialogue, commencer avec ce qui rassemble, et n’aborder qu’après ce qui divise.

9- Faire le premier pas de la réconciliation avant le soir.

10- Être persuadé que pardonner est plus important que le fait d’avoir raison.

Cardinal Danneels

Le père Roland Courné nous parle du pardon

Nous disons dans le Notre Père : Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés .Dieu accorde toujours son pardon, car il n’est que miséricorde, mais pour nous c’est plus difficile, et certains jours, il est plus juste de penser que cela veut dire : « Père, aide-moi, car je n’arrive pas à pardonner ».

La vie en couple est une source de joies, mais aussi occasion d’incompréhensions, voire même de disputes sur certains sujets. De plus, l’autre est autre , on bute sur l’altérité. Il faut composer, gérer les conflits. Le pardon est donc indispensable dans la vie de couple. Voici quelques éléments pour avancer sur le chemin du pardon.

La connaissance de soi : il est difficile de pardonner, surtout à ceux  qui sont les plus proches. Cette difficulté est augmentée chez les personnes  très sensibles : pourquoi suis-je si mal quand on me fait tel reproche ? N’ai-je pas  tendance à majorer la gravité de l’offense ? Suis-je capable de maîtriser mes émotions immédiates ? »

L’acceptation de la faiblesse humaine. Nous ne devons jamais oublier que nous sommes des êtres imparfaits. Un conjoint parfait, cela n’existe pas dans la réalité. Cette faiblesse, pour la reconnaître chez  l’autre…il faut la reconnaître en soi, ce qui est souvent difficile. Le couple qui veut avancer sur le chemin du pardon, doit accepter ses limites.

L’absence de jugement. « Notre tendance tout naturelle à juger est le plus grand obstacle à la communication »  écrivait jadis un grand psychologue. Se préparer à pardonner, c’est dans le couple, s’engager à ne pas juger la personne de l’autre. Les couples pourraient faire ce contrat : « Ma chérie, (mon chéri) s’il m’arrive de dire une parole qui te fera mal, de poser un geste qui te fera souffrir, sache que c’est de la maladresse, pas de la méchanceté ou de la vengeance ».

La merveille du pardon. Si la rancune fait souffrir, le pardon lui est libérateur. Il délivre l’offenseur de l’enfermement dans son passé, il fait grandir l’amour. En fonction de la gravité de la faute, le pardon est plus ou moins facile à donner et peut prendre des années. IL ne faut pas hésiter à se faire aider.  Mais dans tous les cas, comme le disait une épouse, il signifie que l’avenir est possible  s’il y a un changement. Et s’il y a un dommage, il faut qu’il cesse. En  libérant l’autre du mal que je lui ai fait, je me libère moi aussi ».  Comment ne  pas faire nôtres ces paroles du pape François  dans Amoris Laetitia n° 106 :  « Quand on est offensé ou déçu, le pardon est possible et souhaitable, mais personne ne dit qu’il est facile. La vérité est que seul  un grand esprit de sacrifice permet de sauvegarder et de perfectionner  la communion familiale. Elle exige  en effet une ouverture  générale et prompte  de tous et de chacun , à la compréhension , à la tolérance, au pardon, à la réconciliation ».