Quand j’étais étudiant, j’avais une très bonne amie qui s’appelait Françoise. C’est toujours une amie d’ailleurs… Issue d’une famille chrétienne, elle était croyante et pratiquante. Sans plus. Dieu avait une place dans sa vie. Une place bien déterminée. Dieu était bien rangé dans son coin,  le dimanche matin ou le samedi soir. Mais pas plus.  Il aurait pu devenir embarrassant. Dieu était suffisamment présent dans la vie de Françoise pour qu’elle n’ait pas mauvaise conscience. Dieu était suffisamment absent dans la vie de Françoise pour qu’elle ne se pose pas de questions gênantes.

Pas d’abord des questions théologiques ou philosophiques. mais des questions sur le sens de sa vie. Des questions simples et profondes. Et cela aurait pu durer longtemps. Dans le train-train du Dieu confortable, du Dieu assurance-vie, du Dieu alibi, qui nous donne facilement espoir qu’après notre mort, on aura bien une petite place au Paradis.

Et voilà qu’à l’âge de 19 ans, Françoise a vécu une conversion. Elle aspirait à rencontrer Dieu, mais elle ne savait pas comment. Elle a commencé à écouter d’une oreille attentive toutes les belles phrases de la messe du dimanche… Et au regard de sa vie de tous les jours, elle a senti comme un malaise… Et Françoise s’est mise à chercher Dieu dans une certaine ascèse de vie, j’en suis témoin. Elle a arrêté de fumer. Elle m’a même demandé un jour si c’était mal  de manger une glace, quand elle en avait envie est-ce que ce n’était pas faire outrage à Dieu de penser trop à elle… Elle a accepté de risquer des amitiés avec des personnes pas toujours très sympathiques, j’en suis témoin aussi. Elle a accepté d’être blessée par le regard des autres… et de les aimer quand même.

Et Françoise a fini ses études. Et à 22 ans, elle est partie un an et demi dans les bidonvilles de Bangkok. Elle aurait pu gagner sa vie, commencer son travail. Et non, elle est partie dans les bidonvilles de Bangkok. Et là, au quotidien, elle a fréquenté des enfants abandonnés, des enfants pauvres, des enfants violés, des enfants battus, des enfants mal élevés, des enfants mal aimés. Et en quelques mois, Françoise a fait le passage qu’elle n’arrivait pas à faire depuis plusieurs années : elle a rencontré Dieu, …en Vérité.

Et puis elle est revenue en France et après une année, elle s’est engagée  dans la Communauté de l’Arche, au service des personnes avec un handicap mental. Et Françoise est heureuse. Très heureuse. Il n’y a plus d’opposition en elle entre sa vie de tous les jours et sa foi, la religion, Dieu, Jésus. Elle a épousé Rémi, un autre assistant de l’Arche. Ils ont des enfants.

Oh Bien sûr ! nous ne pouvons pas tous partir dans les bidonvilles de Bangkok. Mais l’histoire de Françoise qui est une jeune femme généreuse comme beaucoup d’autres dans nos communautés  nous rappelle une chose, qui est si bien dite aujourd’hui dans l’Evangile : « Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? » Réponse : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

En cette fête du Christ Roi de l’univers, un message merveilleux nous est adressé : Ne cherche pas à sentir que Dieu existe pour commencer à l’aimer. N’attends de le re-connaître pour continuer à l’aimer. N’attends pas d’avoir plus la foi pour aimer les autres.

Dieu se révèle à toi dans le don que tu fais de toi-même. Ouvre ton coeur, sincèrement aux pauvretés qui t’entourent, qu’elles soient matérielles, morales ou spirituelles ! Ne détourne ton visage. Ne détourne pas ton sourire. Ne ferme pas ta main. Ne bétonne pas tes certitudes, au risque de rester sourd à la Parole de Dieu…

Et un jour le Seigneur Jésus te dira : « Toi, la brebis perdue, je t’ai cherchée. Toi qui étais faible, je t’ai rendu des forces. » J’avais besoin de toi pour établir mon Royaume sur l’univers.  Merci de t’être laissé faire, merci d’avoir laissé ma Vie faire son œuvre en toi et par toi ! 

P. Luc MEYER