Que veulent dire ces chrétiens de la première génération quand ils parlent du « Christ ressuscité » ? Que comprennent-ils par « résurrection de Jésus » ? À quoi pensent-ils ?

La résurrection est ce qu’a connu Jésus. Quelque chose s’est produit dans le crucifié, et non pas dans l’imagination de ses disciples. C’est la conviction de tous. La résurrection de Jésus est un fait réel et non le produit de leur fantaisie, ni le résultat de leur réflexion. Ce n’est pas non plus une manière de signifier que la foi en Jésus s’est mise à renaître. Il est certain que, dans le cœur des disciples, une nouvelle foi en Jésus est apparue, mais sa résurrection est un fait antérieur, qui précède tout ce que ses adeptes ont pu vivre par la suite. C’est, précisément, l’événement qui les a arrachés à leur désarroi et à leur frustration, en transformant radicalement leur adhésion à Jésus.

L’action créatrice de Dieu qui accueille Jésus dans son mystère insondable est un événement qui va au-delà de ce qui constitue notre vie ordinaire. Elle échappe à toute expérience que nous pourrions avoir dans ce monde. Nous n’en avons aucune représentation. C’est pourquoi aucun évangéliste ne s’est risqué à raconter la résurrection de Jésus. Nul n’a été témoin de l’action transcendante de Dieu. La résurrection n’appartient pas au monde que nous pouvons observer. C’est pourquoi nous pouvons dire que ce n’est pas, à proprement parler, un « fait historique » comme tant d’autres qui se produisent dans le monde, que nous pouvons constater et vérifier, mais qu’il s’agit d’un « fait réel », qui s’est réellement produit. Plus encore : pour ceux qui croient en Jésus ressuscité, c’est le fait le plus réel et le plus décisif qui se soit produit dans l’histoire humaine, car il constitue son fondement et sa véritable espérance.  

Comment les disciples comprennent-ils ce qui leur arrive ?  L’expression la plus ancienne est une formulation très vite adoptée : Jésus se « laisse voir ». Ils l’avaient perdu dans le mystère de la mort, mais il se présente à eux, maintenant, plein de vie. Le terme est emprunté à la Bible grecque, dans laquelle il est utilisé pour parler des « apparitions » de Dieu à Abraham, Jacob et d’autres. En réalité, Dieu n’apparaît pas de façon visible dans ce cas, mais il sort de son mystère insondable pour établir une communication réelle avec les hommes : Abraham ou Jacob ressentent sa présence. Ainsi donc, ce langage en lui-même ne nous dit rien de la manière dont les disciples perçoivent la présence du Ressuscité. Ce qui est suggéré c’est que, plus que montrer sa figure visible, le Ressuscité agit sur ses disciples en créant des conditions dans lesquelles ils peuvent percevoir sa présence ».

Pour de nombreux chercheurs, il n’est pas […] évident que les femmes ont trouvé vide le tombeau de Jésus. La question se pose en ces termes : s’agit-il d’une narration qui recueille le souvenir de ce qui s’est produit, ou d’une composition littéraire qui vise à présenter visuellement ce que tous croient : si Jésus est ressuscité, il ne faut pas le chercher dans le monde des morts ? Certes, l’épisode peut retracer la réalité, et il ne manque pas de motifs pour l’affirmer. Il est difficile d’imaginer que l’on ait créé cette histoire pour renforcer par des traits réalistes la résurrection de Jésus, en choisissant précisément un groupe de femmes, dont le témoignage avait peu de poids dans la société juive. Cela n’induisait-il pas à penser qu’un fait aussi fondamental que la résurrection de Jésus était « une affaire de femmes » ? Par ailleurs, était-il possible de proclamer dans tout Jérusalem cette résurrection, si quelqu’un pouvait démontrer que le cadavre de Jésus était toujours là, dans le sépulcre ?

Une lecture attentive du récit permet de le considérer dans une perspective qui va au-delà de l’aspect purement historique. Ce qui, en réalité, est décisif dans la narration, ce n’est pas le sépulcre vide, mais la révélation que Dieu confie aux femmes. Elle ne semble pas écrite pour présenter le tombeau vide comme une preuve de la résurrection. La découverte ne provoque pas chez les femmes un élan de foi, mais de la peur, des tremblements et de la panique. Ce qu’il faut entendre, c’est le message de l’ange et, naturellement, cette révélation exige la foi. Seul celui qui croit en l’explication de l’envoyé de Dieu peut découvrir le véritable sens du sépulcre vide. Il est donc difficile d’aboutir à une conclusion historique irréfutable. On peut seulement dire que le récit ne fait qu’exposer de façon narrative ce que la première et la seconde génération chrétienne confessent partout : « Jésus de Nazareth, le crucifié, a été ressuscité par Dieu. » Concrètement, les paroles que l’on met dans la bouche de l’ange sont identiques, presque mot pour mot, à la prédication des premiers disciples. C’est une autre manière de proclamer la victoire de Dieu sur la mort, en suggérant de façon imagée que Dieu a ouvert les portes du Shéol pour que Jésus, le crucifié, puisse échapper au pouvoir de la mort. Plus qu’une information historique, ce que nous trouvons dans ces récits, c’est la prédication des premiers chrétiens sur la résurrection de Jésus.

Tout laisse à penser que ce n’est pas un tombeau vide qui a généré la foi dans le Christ ressuscité, mais la « rencontre » vécue par les disciples qui l’ont ressenti comme bien vivant après sa mort.

 

José Antonio PAGOLA, Jésus – Approche historique,
Paris, Cerf, Collection « Lire la Bible » n°174, 2012, p; 424-444, passim.