Le Mercredi des Cendres, c’est toute l’Eglise qui a entendu de nouveau cet appel du Christ : “Convertissez-vous, et croyez à l’Evangile”. Comment les communautés religieuses vivent-elles ce temps du Carême ? Pour le savoir, nous avons demandé aux sœurs cisterciennes de la Coudre de nous raconter comment la Règle de Saint Benoît, leur règle de vie, les guide au travers du désert, vers la fête de la Résurrection…

Un chapitre entier de la Règle de Saint Benoît consacré au Carême

C’est à toute l’Église que l’Esprit-Saint adresse l’appel à suivre Jésus ‘’au désert’’ pour se préparer à célébrer la Pâque. ‘’Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur !’’ (Ps. 94) Chaque jour, nous commençons par ce psaume le premier Office de la journée, à 4 h du matin. Les moines et les moniales sont d’abord des baptisés, ils veulent répondre de leur mieux à cet appel. C’est pourquoi la Règle de St Benoît [1], que nous suivons, consacre tout un chapitre à ce temps du Carême.[2]

‘’Qu’ils gardent pendant le Carême, une vie très pure, afin d’effacer pendant ces jours saints, toutes les négligences du reste de l’année. ’’Pour y arriver, il nous faut abandonner nos penchants mauvais, faire effort pour prier, lire, nous priver…. ‘’ C’est l’effort de conversion, jamais achevé…

 

Un temps pour prier, pour lire, pour offrir

Prions plus souvent, seuls devant Dieu, avec le cœur peiné d’avoir offensé Dieu…’’ Il s’agit d’un effort personnel de prière, laissé à la liberté de chacune, en plus de l’Office célébré sept fois par jour en communauté.

Lisons aussi davantage’’. St Benoît ajoutait une heure de lecture à l’horaire habituel. Aujourd’hui encore, nous nous retrouvons toutes ensemble le matin, de 6h à 6h 45, pour lire et méditer, l’Écriture Sainte avant tout – spécialement les textes si riches des messes quotidiennes de ce temps – et aussi des livres de théologie, de spiritualité, des écrits des saints. La tradition du ‘’livre de Carême’’, prévue par St Benoît nous tient à cœur : ’’Pendant ce temps du carême, chaque frère (sœur) reçoit un livre de la bibliothèque qu’il lira à la suite et en entier. On distribue ces livres au commencement du carême’’ Nous le faisons de façon assez solennelle, au chapitre du matin, le 1° dimanche de carême, pour souligner la place centrale de la Parole de Dieu dans notre montée vers Pâques.

Enfin, ‘privons-nous de quelque chose. ’Chaque moine offre librement à Dieu, avec la joie de l’Esprit-Saint, quelque chose en plus de ce qu’on lui demande : il mange moins, boit moins, dort moins, parle moins, il évite les plaisanteries. Il attend la sainte fête de Pâques avec la joie du désir inspiré par l’Esprit.’’ En communauté, nous pratiquons ensemble des restrictions : le mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint, le repas consiste en pain et bouillon. Chaque mercredi et vendredi, le petit déjeuner ne comporte que du pain sec et la boisson habituelle. On supprime aussi des desserts, chacune restant libre de faire un peu plus si elle s’y sent appelée. Le produit de ces privations de nourriture est donné au Resto du cœur, dans une volonté de partage avec ceux qui sont dans le besoin.

Nous aimons le temps du Carême ! La joie pascale est au bout du chemin et nous suivons Jésus sur sa route, soutenues et stimulées par l’effort commun, unies à tous nos frères et sœurs chrétiens de par le monde.

[1] La Règle de St Benoît – ‘’La Tradition source de vie, 2 –  Éditions de Bellefontaine
[2] Ch. 49, et ch. 48, v. 15-16