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La messe expliquée

1 - Le chant d’entrée

Avant le concile Vatican II, on disait facilement que pour avoir participé à la messe, il fallait arriver au moins avant l’offertoire. Depuis Vatican II, la messe commence avec le chant d’entrée !

Comment bien choisir un chant d’entrée : qu’il soit chantable, que les paroles soient parlantes, ressourcées dans l’Écriture, bien en lien avec la liturgie du jour, qu’il favorise l’union des fidèles qui étaient dispersés, qu’il nous fasse entrer dans le mystère du temps liturgique ou de la fête, qu’il accompagne la procession du prêtre et des servants d’autel.

Le prêtre représente le Christ Pasteur. Nous l’accueillons dans la foi.

Les servants représentent tous ceux qui exercent un service pour l’assemblée : sacristains, musiciens, chanteurs, lecteurs, ceux qui font la quête ou ceux qui donnent la communion. Ils représentent toute l’assemblée, un peuple de serviteurs de Dieu et des hommes.

Nous accueillons la procession avec joie. Quand quelques-uns processionnent physiquement, tous sont invités à processionner spirituellement c’est-à-dire à s’approcher progressivement de l’autel et de l’ambon, lieux des saints mystères.

Chantons de tout notre cœur avec foi. St Augustin aimait à dire : « Chanter, c’est prier deux fois ». N’hésitons pas à chanter 2 fois plutôt qu’une pour s’entrainer mutuellement sur les chemins de l’Évangile.

3 - Se signer du signe de la croix

Nous nous signons souvent au cours de la messe, moins souvent que nos frères orientaux, mais à des moments très significatifs :

Avant de commencer la liturgie, en entrant dans l’église, je peux plonger ma main dans le bénitier et me signer en me rappelant mon baptême ;

Après le chant d’entrée, ce sont les premiers mots du prêtre et des fidèles : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen ». C’est Dieu qui nous rassemble ;

Avant la proclamation de l’Evangile, sur le front, sur la bouche, sur la poitrine, pour disposer notre être tout entier à laisser la Parole accomplir son chemin en nous ;

Pendant la prière eucharistique, le prêtre bénit le pain et le vin : l’Esprit-Saint consacre le pain et le vin afin qu’ils deviennent le corps et le sang du Christ et fassent de nous, membres du Corps du Christ, une offrande vivante à la gloire de Dieu le Père ;

Au cours de la bénédiction finale, afin que nous soyons des bénédictions pour nos frères en marchant dans la lumière et en pratiquant la charité quotidienne.

Ces signations ont des effets différents : soit elles sanctifient, soit elles disposent les cœurs, toujours elles signifient l’amour de Dieu qui passe par la croix de son Fils, toujours elles nous replongent dans la grâce baptismale, toujours elles nous appellent à emprunter le chemin de la croix glorieuse, toujours elles nous redisent avec pédagogie l’essentiel, toujours elles proclament notre foi.

C’est pourquoi, faisons toujours les signes de croix, avec foi et amour, lentement, amplement, simplement. Tout le trésor de notre foi est dans le signe de la croix. Que nos signes de croix deviennent un témoignage de foi.

2 - L’autel

Pourquoi les fidèles passant devant un autel peuvent s’incliner, et pourquoi, au début et à la fin de la messe, les prêtres vénèrent l’autel par un baiser ?

L’autel est la table réservée à la célébration de l’Eucharistie, un sacrifice, c’est-à-dire un amour total et définitif, un mémorial comme réponse au commandement de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi », un repas où l’on se nourrit de la vie de Dieu. Pas n’importe quelle vie !

Une préface du temps pascal précise : « Quand Jésus s’offre pour notre salut, il est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime ». C’est pourquoi depuis les temps anciens, on répète l’adage suivant : « L’autel, c’est le Christ »

Depuis la réforme liturgique de Vatican II, l’Eglise prévoit pour les nouvelles églises un seul autel, fixe, consacré à Dieu seul, car le sacrifice eucharistique est offert à Dieu seul, et en l’honneur des saints. Les reliques des saints dans le pied de l’autel ne sont plus obligatoires, dans l’esprit de veiller à l’authenticité des reliques.  Le rite de consécration de l’autel déploie la symbolique des noces du Christ et de l’Eglise : onction de saint chrême comme pour un baptême, ici sur toute la surface de la table avec ses 5 croix gravées, rite de l’encens, de la lumière et de la nappe…, le rite principal consistant dans la célébration de la première Eucharistie.

De l’autel de nos églises jaillit la source du salut. Ce qui faisait dire à St Grégoire le Grand, pape au VIIe siècle : « Qu’est-ce que l’autel de Dieu, sinon l’âme de ceux qui vivent selon le bien ? C’est donc à juste titre qu’on appelle l’âme des justes, un autel de Dieu », le lieu du sacrifice spirituel, du don, de l’offrande, de l’amour partagé.

« L’autel, c’est le Christ », l’autel, c’est votre âme….

4 - le temps ordinaire

Avec ce dimanche, nous débutons le temps ordinaire. Il est dit ordinaire, mais il n’a d’ordinaire que le nom. Il est dit ordinaire par rapport aux temps forts ou extraordinaires (l’Avent, Noël, le carême, le temps pascal). Le missel romain précise : « Avec le temps ordinaire, on commémore le mystère même du Christ dans sa plénitude », on développe toutes les facettes de notre vie chrétienne.

Pour bien comprendre, il faut se rappeler comment est né le calendrier liturgique : après la passion-résurrection du Seigneur, les disciples ont pris l’habitude de se rassembler chaque semaine pour célébrer une Pâque hebdomadaire ; dès le IIe S., les chrétiens ont mis en valeur une Pâques annuelle ; progressivement les chrétiens ont fait mémoire des martyrs. Tout un calendrier liturgique annuel s’est mis en place. Il a fallu, par exemple, attendre le IVe S. pour célébrer Noël, le IIIe S. pour le temps pascal, le Moyen-âge pour la Fête-Dieu, 1925 pour le Christ-Roi de l’univers. En définitive, nous ne célébrons qu’un mystère qui nous ouvre les portes de la vie et tous les mystères, à savoir le mystère pascal à partir duquel tous les sacrements, tout le culte des saints se déploie. Les temps forts mettent en valeur un aspect, le temps ordinaire tous les aspects pour en vivre au quotidien. Aimons l’extraordinaire de l’ordinaire : Le Seigneur nous confie la création. Nous sommes « co-créateurs », par exemple quand les parents mettent au monde un enfant ; le Seigneur est avec nous par la force de son Esprit ; le Seigneur déjà victorieux du péché et de la mort lutte avec nous, en nous, pour nous ; les saints et les anges nous accompagnent ; l’éternité est déjà commencée sur la terre quand la charité se répand. Quel ordinaire extraordinaire !

5 - La salutation liturgique

Après le chant d’entrée et la signation, le prêtre nous salue liturgiquement ; au lieu de nous dire : « Bonjour. Comment ça va ! ». Il nous dit : « Le Seigneur soit avec vous ». Bon jour, en 2 mots, c’est déjà magnifique, magnifique de bienveillance et de bonté.

Pour les croyants, pour que le jour soit bon, il est important de reconnaitre la présence du Seigneur au milieu de nous. En liturgie, c’est tellement important  que, sans la présence du Seigneur, tous les gestes et toutes les paroles de la messe deviennent sans grand intérêt. C’est tellement important, cette mise en présence de Dieu et entre frères qui se reconnaissent fils et filles de Dieu, que le prêtre renouvellera trois autres fois cette invitation. « Le Seigneur soit avec vous », juste avant l’Évangile. Le Seigneur est présent dans sa Parole. « Le Seigneur soit avec vous », juste au début de la prière eucharistique. Le Seigneur est présent dans son Eucharistie.  « Le Seigneur soit avec vous », juste avant la bénédiction finale. Le Seigneur sera présent en tous ceux que nous rencontrerons après la messe, spécialement en ceux qui souffrent. « Le Seigneur soit avec vous », nos frères anglophones disent « The Lord is with you », c’est-à-dire « Le Seigneur est avec vous ». Pas seulement un souhait : « qu’il soit avec vous », mais un cri de croyant qui reconnait que « Le royaume de Dieu est au milieu de nous ». « Le Seigneur soit avec vous » et l’assemblée répond : « Et avec votre esprit », c’est-à-dire « et avec vous aussi» ou selon un Père de l’Église : « Et avec toi et l’esprit sacerdotal que tu possèdes » (Narsaï de Nisibe, Ve s.). Le missel romain prévoit deux autres manières de se saluer liturgiquement, la 1e qui insiste non seulement sur le Seigneur mais aussi sur le Père et son amour, sur l’Esprit-Saint et la communion, la 2e qui insiste sur la paix comme la plénitude de tous les biens.

Bonjour, c’est bien. « Le Seigneur soit avec vous », c’est une grâce, c’est un merveilleux cadeau.

6. Le rite pénitentiel

« Le chrétien n’est pas un héros, mais un pauvre » (1), devant Dieu et devant ses frères. C’est pourquoi, « toute célébration liturgique comporte, en ses premiers instants, un rite pénitentiel (2). Le missel romain nous propose 4 formes différentes et complémentaires.

La 1ere forme insiste sur la contrition du cœur et sur l’aveu, avec le « Je confesse à Dieu » qui met en relief 4 formes de péché, mais aussi la force de la conversion (on se frappe la poitrine), mais encore le secours de la communion des saints. Puis, on chante le Kyrie, sans verset.

La 2e forme insiste également sur la contrition et l’aveu avec une formule biblique dialoguée, en « nous », et inspirée du psaume par excellence de la pénitence et de la miséricorde, le psaume 50ème : « Seigneur, accorde-nous ton pardon/ Nous avons péché contre toi. Montre-nous ta miséricorde/ Et nous serons sauvés ». Puis, on chante le Kyrie, sans verset.

La 3e forme développe le chant du Kyrie en intégrant des versets de supplication. Cette forme insiste moins sur la contrition du cœur et sur l’aveu que sur la confession de la Seigneurie du Christ Sauveur. Le mot grec Kyrie signifie Seigneur. En rite latin, le Kyrie s’adresse à Jésus Seigneur.

La 4e forme met en valeur le geste de l’aspersion de l’assemblée avec l’eau, en souvenir de notre baptême, pendant que des chants appropriés accompagnent le geste.

Les 4 formes se terminent par une formule d’absolution non sacramentelle. Nous sommes alors disposés à chanter le Gloria, en dehors du temps de l’avent et du carême, et à écouter la Parole de Dieu.

Une recommandation pour les équipes liturgiques : sachons varier le choix entre les différentes formes de la prière pénitentielle.

Une recommandation pour tous, en vue de bien entrer dans la dynamique du rite pénitentiel : toute l’assemblée, et même le président et l’animateur de chant si possible, peuvent se tourner vers la croix pour contempler l’Amour sauveur qui jaillit du cœur transpercé de Jésus. L’âme du rite pénitentiel est dans la confession de l’Amour de Dieu pour nous.

(1) Pierre DUMOULIN, la messe expliquée pour tous, EdB, 2017
(2) Michel STEINMETZ, Entrer en liturgie 1. Découvrir la messe

7 - Le « Gloire à Dieu »

Imaginons une personne non chrétienne qui arriverait à la messe, juste au moment du Gloria. Elle comprendrait peut-être que nous sommes faits pour glorifier Dieu par toute notre vie ! Tout faire « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». La gloire de Dieu, c’est le rayonnement de son amour.

 

Pourquoi le « Gloire à Dieu » est-il si important ?

Il fait passer l’assemblée d’un peuple de pécheurs (rite pénitentiel juste avant) à un peuple de sauvés qui chante la gloire de Dieu.

La joie de se retrouver en famille, rassemblée en corps du Christ (chant d’entrée), se déploie en adoration, louange, action de grâce. La note est donnée pour toute la messe.

Il nous fait chanter la foi trinitaire de l’Eglise, sous forme d’hymne : après le chant des anges de Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux… », c’est, dans l’Esprit-Saint, la louange au Père Créateur et la louange suppliante au Fils en proclamant ses titres de gloire qui résonneront dans le sanctus et l’agnus.

Le texte est fixé dès avant 325.

 

Deux recommandations :

1 –  Respectez ce texte. « Lex orandi, lex credendi » : « la loi de la prière, c’est la loi de la foi ».

2 – Chantez ce texte. C’est une hymne c’est à dire « une composition ecclésiastique, de facture poétique et versifiée, destinée à être chanté », sans refrain.

Cette hymne est chantée depuis le VIe s. à Noël, et depuis le VIIIe s. les dimanches et fêtes. L’assemblée chante, ou la chorale. Chantre et assemblée peuvent alterner. Il est récité quand on ne peut pas faire autrement.

Ce chant est fait pour éclater.

Quelques mélodies soigneusement choisies contribueront à la mémorisation pour le plus grand nombre et au chant par toute l’assemblée.

Le Gloria n’est pas un chant comme les autres ; il constitue à lui seul le rite. Il n’accompagne pas une procession. Il constitue à lui seul l’action  liturgique qui façonne l’assemblée en peuple de louange.

Chantons tous le Gloria ! pour devenir louange à la gloire de Dieu.

8. La dynamique des rites d’entrée

Entrer dans la dynamique ou mouvement de la messe est plus important encore que de mieux comprendre le sens de chaque rite.

La dynamique de la messe est celle de la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs (Lc 24). Les rites initiaux ou rites d’entrée correspondent à Jésus qui rejoint ses disciples sur la route.

Laissons-nous rejoindre par Jésus dans la fraternité d’une communauté chrétienne.

La liturgie de la Parole correspond à Jésus qui explique aux disciples ce qui le concerne dans les Ecritures. Accueillons Dieu qui nous parle et dialoguons avec Lui : nourrissons-nous à la table de la Parole.

La liturgie de l’Eucharistie correspond aux disciples qui reconnaissent Jésus à la fraction du pain. Accueillons le Christ eucharistique qui a traversé la Pâques de sa mort et de sa résurrection. Nourrissons-nous à la table de l’Eucharistie de la vie même de Dieu.

La liturgie de l’envoi correspond aux disciples qui repartent à Jérusalem pour annoncer Jésus.

Les disciples de Jésus dispersés se rassemblent, se nourrissent à la table de la Parole et à la table de l’Eucharistie et ils sont envoyés témoigner. De la dispersion au rassemblement où Dieu nous invite à sa table, du rassemblement à la dispersion, c’est le cœur de l’Eglise qui palpite (Cf. diastole/systole de la pulsation cardiaque)

La Présentation Générale du Missel Romain nous explique que « la messe comporte comme 2 parties : la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique…En outre, certains rites ouvrent la célébration et la concluent ».

Les rites d’entrée, au nombre de cinq, nous font entrer dans cette dynamique globale de toute la messe : le chant d’entrée, la salutation, l’acte pénitentiel et le Kyrie, le Gloria et la prière d’ouverture.

La dynamique propre des rites initiaux est celle d’une ouverture, d’une introduction, d’une préparation, d’un rassemblement. On ne se met pas à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie, sans se saluer, sans se demander pardon, sans se réjouir, sans faire corps, sans entrer dans la prière.

La prière d’ouverture ou collecte met le sceau aux rites d’ouverture. Le prêtre, au nom du Christ Pasteur et au nom de l’assemblée, invite à la prière : « Prions le Seigneur », laisse un temps de silence pour que monte du cœur de chacun, une prière silencieuse. Ensuite, le prêtre collecte toutes ces intentions, invoque Dieu en soulignant un attribut de Dieu et une action de Dieu, adresse une demande et conclue en nous replongeant dans le Dieu trinitaire de notre baptême. L’assemblée répond AMEN, c’est-à-dire nous sommes prêts, dans la foi et la charité, à nous mettre à table et à vivre aujourd’hui notre chemin d’Emmaüs.

10. Bien lire

Dieu parle, le peuple lui répond. Les lecteurs sont au service de ce dialogue d’Alliance. Par leurs voix, c’est Dieu qui parle aujourd’hui. Que tout soit au service de ce dialogue d’Alliance.

Avant la célébration :

Afin que l’Ecriture que tu lis devienne Parole de Dieu pour tous, il faut qu’elle soit d’abord Parole de Dieu pour toi : chez toi, lis à voix basse, relis à voix haute. Médite le texte. Cherche à comprendre. Discerne le genre littéraire. On ne lit pas de la même manière un récit, un enseignement, une hymne… Repère la ponctuation et les mots difficiles à prononcer. Prie avec le texte. Alors tu trouveras le ton et le rythme pour proclamer la Parole de Dieu….

Vers l’ambon (pupitre de la Parole) :

Tu te déplaces sans précipitation vers l’ambon. Tu pries pour que le Seigneur t’assiste dans ta mission. Tu t’inclines respectueusement devant l’autel. L’autel représente le Christ. C’est comme serviteur de la Parole, du Verbe qui s’est fait chair, que tu assures ce service.

A l’ambon :

Sois ferme sur tes pieds, le corps droit mais sans raideur, les mains sur le pupitre. Ajuste le micro. Respire avant de parler. Proclame la Parole de Dieu pour être entendu. Ne t’adresse pas aux personnes du premier rang : pense d’abord à celles qui sont au fond de l’église

Regarde l’Ecriture que tu proclames à tes frères, et regarde, si besoin, de temps en temps l’assemblée pour garder le contact.  Ne fais pas la « poule picoreuse » !

Si tu te trompes, reste calme et détendu, et reprends la lecture ; cela peut arriver à tout le monde.

A la fin de la proclamation :

Proclame « Parole du Seigneur », tu rappelles ainsi l’Auteur du texte et ta mission de serviteur, tu invites l’assemblée à la foi et à la reconnaissance : « Nous rendons grâce à Dieu ».

Après la célébration :

Accueille les félicitations ou/et les suggestions qui te sont faites. Si possible, rejoins un atelier de proclamation de la Parole. Tu continueras à approfondir l’immense richesse de la Parole de Dieu : « Mes Paroles sont Esprit et elles sont Vie ». Tu apprendras une multitude de « trucs » de lecture. « Relis », en paroisse, ton expérience de lecteur.

Bien lire est un grand service (un « ministère liturgique ») à rendre à ta paroisse. C’est un immense cadeau que te fait l’Eglise.

9. La dynamique de la liturgie de la Parole

La dynamique de la liturgie de la Parole,

n’est pas une logique accumulative, de paroles sur paroles, telle que la structure de la liturgie pourrait le laisser penser : une 1ère lecture, plus un psaume, plus une 2ème lecture, plus un Alléluia, plus un Evangile, plus une homélie, plus un credo, plus une prière universelle ;

c’est une dynamique dialogale qui conduit de la table de la Parole à la table Eucharistique. C’est l’histoire de l’Alliance de Dieu avec son Peuple qui se poursuit. Dieu parle, et son peuple lui répond. Dieu parle par la médiation d’un Livre et d’un lecteur, au sein d’une assemblée, portée par une Tradition.

Après chaque lecture, le lecteur proclame : « Parole du Seigneur » afin que l’assemblée, dans l’action de grâce (« Nous rendons grâce à Dieu ») entre en dialogue de foi, d’espérance et de charité, avec son Seigneur.

La réponse de l’assemblée, avec les mots même inspirés par Dieu, est le psaume. Et le dialogue se poursuit. Dieu reprend la Parole, à travers les médiations humaines de l’acte de lecture et de l’Eglise, avec la 2ème lecture.

Et la réponse jaillit en Alléluia. Nous passons de l’ancien testament au nouveau testament, des épîtres aux Evangiles qui possèdent entre toutes les Ecritures « une supériorité méritée » Vatican II, DV n°18. La dynamique est progressive et ascendante. Elle atteint son sommet avec l’Evangile. Nous demeurons sur les sommets en poursuivant le dialogue des cimes,

avec l’homélie qui « n’atteint pas toujours des sommets ! » de théologie, d’éloquence : il suffit pourtant que le prédicateur et l’assemblée se laissent travailler en profondeur par Celui-là même qui a inspiré l’Ecriture et qui ne cesse d’inspirer, et le prédicateur et les fidèles, afin que la Parole de Dieu retentisse véritablement dans nos vies : « C’est aujourd’hui que cette Parole s’accomplit » ;

avec le Credo qui nous fait confesser, dans la foi de toute l’Eglise, la Parole de vie reçue en ce jour. Le Amen final du credo répond à la Parole de Dieu ;

avec la Prière Universelle qui nous fait supplier, sur la base de tous nos besoins, dans l’action de grâce de ces paroles échangées. Le Amen final de la Prière Universelle répond à la Parole de Dieu. Il fait écho aux Amen déjà proclamés. La réponse s’amplifie. Elle éclatera dans l’Amen de la doxologie de la fin de la prière eucharistique. Le dialogue liturgique fait de paroles et de silence, de paroles et de gestes est porteur du dialogue en profondeur de Dieu avec son peuple qui s’accomplit dans l’Eucharistie : « Acclamons la Parole de Dieu. Louange à Toi, Seigneur Jésus ! »

12. Pourquoi 3 lectures ?
  1. Pourquoi 3 lectures ?

Si « la Bible est née de la liturgie », celle-ci se déploie dans la Bible. Elle est la langue profonde de toutes les liturgies. Pendant près de 3 siècles, la Bible fut le premier livre liturgique et le seul. Les lectures y étaient prises à l’endroit où l’on était parvenu à l’assemblée précédente et se poursuivaient jusqu’à ce que le président donne l’ordre de s’arrêter. C’était la lecture continue. Pour des raisons pratiques, liées au développement d’un calendrier liturgique avec des fêtes spéciales et pour des raisons liées aux cultures des peuples, se sont mis en place différents modèles de liturgie de la Parole, avec, avant l’Evangile, une lecture (liturgie romaine avant la réforme issue de Vatican II) ou deux (liturgie d’Antioche et de Constantinople) ou quatre (Cf Constitutions apostoliques) tirées de la Loi, des prophètes, des épîtres et des Actes des apôtres.  Pour le lectionnaire dominical de la liturgie rénovée selon Vatican II, le choix a été fait de deux lectures avant l’Evangile : la 1e de l’Ancien Testament, sauf les Actes des apôtres pour le temps pascal, la 2e (Epîtres ou Apocalypse). Le psaume n’est pas compté dans les lectures, puisqu’il doit être chanté, si possible.  Vatican II a réhabilité le psaume en le déployant.

Que dans tous les livres liturgiques de lecture (lectionnaire du dimanche, lectionnaire de semaine, lectionnaire rituel….) « la partie la plus importante des Saintes Ecritures » (SC n°51) soit désormais offerte au peuple de Dieu, selon une visée catéchétique, pédagogique et pastorale : choisir les événements et les paroles majeurs de l’histoire du salut, recentrer sur l’essentiel à savoir le mystère pascal du Christ, mettre en valeur les liens entre tous les livres de l’Ecriture, opter pour des textes d’une longueur moyenne pour des récits, et brefs pour des enseignements de grande densité théologique, éviter les textes trop difficiles. La 1e lecture prépare l’Evangile, le psaume répond à la 1e lecture ou fait écho aux lectures, la 2e lecture appuie la thématique d’ensemble ou apporte une touche nouvelle.

« La lecture de l’Ancien Testament est la nouveauté la plus frappante de ce lectionnaire ». Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir la Loi et les prophètes. Ce système d’ordonnancement à trois lectures, en comptant l’Evangile, manifeste l’unité de l’histoire du salut dont le centre est le Christ, célébré dans le mystère pascal. Normalement, les mêmes textes ne sont lus qu’une année sur trois, pour une plus grande variété et une plus grande abondance.

Une seule visée : que le Peuple de Dieu se nourrisse de la Parole de Dieu, dans toute sa richesse. « Mes paroles sont esprit et elles sont vie » Jn 6, 63

 

11. L'Ambon

Le mot ambon vient du grec anabaïnein qui signifie monter, élever. L’ambon est un pupitre élevé dans le sanctuaire de l’église afin que le lecteur ou le psalmiste soit vu et surtout entendu.

Pourquoi ne pas dire tout simplement pupitre de lecture ?

Pour attirer notre attention :

Ce n’est pas un pupitre comme un autre. C’est un espace réservé pour proclamer la Parole de Dieu et les réponses du peuple : le chant du psaume et de l’Alléluia, la prière universelle.  C’est le lieu liturgique du dialogue d’Alliance de Dieu avec son peuple.

Pour nous plonger dans notre histoire sainte :

« Au retour de l’exil à Babylone, au jour de la naissance du judaïsme et de la liturgie synagogale, il est fait mention d’une sorte d’ambon ». ‘’ Le scribe Esdras se tenait sur une tribune de bois, construite tout exprès….Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : « Amen ! Amen ! » Puis ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant le Seigneur, le visage contre terre » Ne 8, 4-6.

Jésus, lui-même, prenait soin quand il parlait aux foules de s’asseoir sur un point élevé (Cf mont des béatitudes et les discours sur la montagne) ou de s’assoir dans une barque pour être bien vu et bien entendu.

 

Pour caractériser cette pièce majeure du mobilier liturgique. L’Eglise a donc façonné, au fil de son histoire, des ambons. Elle a donc recommandé aux architectes que les ambons soient beaux, dignes, bénis, accordés avec l’autel. Pourquoi ? « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles ».Vatican II DV n°21

C’est ainsi que par exemple, l’ambon restauré de la basilique Notre Dame de Mayenne (2015), est un pupitre en forme de table, la table de la Parole qui nous conduit à la Table Eucharistique qui nous conduit à nos tables quotidiennes du partage.

13 . Le Psaume responsorial

« La première lecture est suivie du psaume responsorial, qui fait partie intégrante de la liturgie de la Parole de Dieu, et a une grande importance liturgique et pastorale, car il favorise la méditation de la Parole de Dieu. »  Cette première phrase du n°61 de le Présentation Générale du Missel Romain situe  parfaitement la place du psaume dans nos liturgies : Le psaume est Parole de Dieu, et il donne au peuple de Dieu les mots pour méditer cette Parole, exprimer sa louange et ses supplications.

Le psaume est Parole de Dieu 

Le Livre des psaumes est au cœur de l’Ancien Testament un recueil de 150 textes poétiques inspirés par Dieu. Attribués au roi David, les psaumes ont en fait été composés « à sa manière » tout au long du premier millénaire jusqu’au IIème siècle avant JC. Saint Basile disait du livre des Psaumes qu’il était un « condensé des autres livres de la Bible ».

En tant qu’Ecriture Sainte, Le psaume mérite le même soin que toutes les autres lectures de la Liturgie de la Parole : préparation avant la célébration, inclinaison devant l’autel et proclamation à l’ambon. Il ne peut être remplacé par aucun autre cantique.

Le mot « psaume » vient du Grec « Psalmos » qui signifie : « faire vibrer la corde d’un instrument » et désigne à la fois le chant et l’accompagnement de ce chant. Il est donc préférable de chanter les psaumes, de les cantiller. Le phrasé de la cantillation met en avant le texte dans une grande sobriété musicale, souvent à l’unisson.  

Le psaume favorise la méditation de la Parole de Dieu

Dans la liturgie de la Parole, le psaume fait écho à la première lecture. Les versets choisis en reprennent les thèmes sous forme plus poétique. L’assemblée peut ainsi passer du temps sur cette Parole et la méditer dans son cœur.

Le psaume responsorial est une réponse de l’assemblée, car toute liturgie est dialogale. Ce dialogue préfigure l’alliance où l’épouse, l’Eglise, répond à l’Epoux, le Christ. C’est à la fois Dieu qui parle à son peuple, et le peuple qui adresse à Dieu sa prière par Ses propres mots.

Pour manifester ce dialogue, il est bon d’alterner entre plusieurs formes de mise en œuvre du psaume. Par exemple, le psalmiste cantille les versets et l’assemblée reprend l’antienne du psaume entre chaque strophe, ou il alterne avec l’assemblée la cantillation des versets deux à deux. Il choisit un phrasé musical très simple, le même utilisé alternativement par les 2 acteurs de ce dialogue, et matérialise sur les feuilles d’assemblée les changements de teneur par un soulignement des syllabes. Pour privilégier un effet de balancement entre le psalmiste et l’assemblée, on ne chante plus l’antienne entre les versets, mais seulement au début et à la fin du psaume, tel que dans la liturgie des heures. Chanter les psaumes nous met alors en communion de prière avec toute l’Eglise.

14. l’Alléluia

Alléluia est un mot hébraïque signifiant « Louez Yahvé » ou « Louez Dieu » (hallelou-Yah, du verbe hâlal : louer, et de Yah, diminutif de Yahvé). L’Eglise ne souhaite pas que dans sa liturgie nous traduisions l’Alléluia, car elle veut que, quelque soit notre langue, nous nous abandonnions plus facilement, avec la musique qui va avec, à la jubilation, à la louange pure et gratuite. St Augustin parle de l’Alléluia comme « la voix de l’exultation sans mots »

« Historiquement, toutes les liturgies anciennes, occidentales et orientales, font précéder la lecture de l’Evangile par une procession où le Livre est honoré comme la présence du Christ, à renfort de luminaires et d’encens.

Après la lecture, la vénération se réalise par un baiser de l’Evangéliaire (livre qui contient seulement les Evangiles), baiser s’étendant au VIIIe s. à tout le clergé, et dans certaines Eglises à tout le peuple, comme c’est encore le cas dans le rite copte et éthiopien ».

L’Alléluia avec le verset joint constitue donc le rite de l’acclamation de l’Evangile.

Après la proclamation de l’Evangile, le diacre ou le prêtre disent : « Acclamons la Parole de Dieu » et le peuple répond : « Louange à toi, Seigneur Jésus », ce qui est préférable à une reprise de l’Alléluia. Il s’agit de faire l’expérience, dans la foi, du dialogue du Christ Parole vivante avec l’assemblée. « Le Christ est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures » Vatican II SC n°7.

L’Alléluia est tellement important qu’on le chante à toutes les messes sauf en temps de carême afin qu’il éclate encore davantage en temps pascal. On le chante même pour les obsèques, hors temps de carême.

L’Alléluia, c’est le chant de l’homme nouveau : « L’homme nouveau chantera le chant nouveau et appartiendra au testament nouveau….Chantez avec la voix, chantez avec le cœur, chantez avec la bouche, chantez par toute votre vie : chantez au Seigneur un chant nouveau…Soyez ce que vous dites. Vous êtes sa louange si vous vivez selon le bien » St Augustin.

« Même ici-bas au milieu des dangers, au milieu des tentations, nous-mêmes et les autres, chantons Alléluia… Là-haut, louange à Dieu, et ici-bas, louange à Dieu. Mais, ici, au milieu des soucis, et là-bas dans la paix. Ici par des hommes destinés à mourir, là par ceux qui vivront toujours ; ici en espérance, là en réalité ; ici sur le chemin, là dans la patrie » St Augustin.

15. L’homélie

 

Du grec homilia qui signifie entretien, l’homélie est une conversation familière du ministre ordonné (diacre ou prêtre ou évêque) avec l’assemblée. Cet entretien est situé juste après les lectures, le psaume et l’Evangile, dans un double but :

  1. expliquer les textes, dans l’esprit de la rencontres de Jésus avec les disciples d’Emmaüs : « Alors commençant par Moïse et par tous les prophètes, Jésus leur interpréta, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait ». La présentation générale du missel romain (PGMR n°65) précise que l’homélie peut porter aussi sur les textes de l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Alléluia, Sanctus, Anamnèse, Agnus, Notre Père….) ou du propre de la messe (oraisons, préface….)
  2. actualiser les textes, pour en vivre quotidiennement, dans l’esprit de la prédication de Jésus à Nazareth : « Ce passage de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’il s’accomplit ». Et « introduire les fidèles à la célébration proprement eucharistique». La PGMR n°65 souhaite que le commentaire prenne toujours en compte et le mystère célébré et les besoins particuliers des auditeurs.

Au fil des siècles, la prédication a pris des formes et des insistances variées comme en atteste une terminologie variée : instruction, prône, admonition, exhortation, discours, sermon, panégyrique…. Le concile Vatican II a remis en valeur l’homélie, liée à la Parole de Dieu et à la vie des fidèles, comme partie intégrante de la liturgie : « aux messes célébrées avec le concours du peuple les dimanches et jours de fêtes de précepte, on ne l’omettra que pour un motif grave » SC n°52. Elle est vivement recommandée aux autres messes.

L’homélie et son écoute sont une œuvre de l’Esprit. Ce qui est important, ce n’est pas que le prédicateur brille, mais que la Parole de Dieu « poursuive sa course » dans nos cœurs et dans nos vies. Le pape François, dans son exhortation apostolique la joie de l’Evangile (2013), fait plusieurs recommandations aux prédicateurs : 

« Une bonne prédication doit contenir ‘’une idée, un sentiment, une image’’ » n°157

« Un prédicateur est un contemplatif de la Parole et un contemplatif du peuple ». n°154.

« Une autre caractéristique est le langage positif » n°159.

 

16. La profession de foi

Au risque de vous surprendre, la profession de foi, sous la forme du credo, a été intégrée très progressivement dans la messe : au VIe s. à Constantinople, au VIe s également, mais ici ou là, en occident (3ème concile de Tolède en 589), au XIe s à Rome.

Pourquoi ?

Parce que toute la liturgie est déjà une profession de foi

Parce que les formes de la liturgie sont évolutives et liées à l’histoire et à l’approfondissement de la foi. En effet, au fil des siècles, la foi de l’Eglise a été mis à mal avec des affirmations qui remettaient en cause des éléments essentiels (Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint, la bonté native de la création, Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, l’Eglise une, sainte, catholique, apostolique…). Des conciles ont alors écrit des credo c’est-à-dire des « Je crois », des formules doctrinales rassemblant toute la foi de l’Eglise. Dire « je crois » au milieu d’une assemblée, c’est s’engager personnellement comme membre d’un corps ecclésial unique. Le credo est appelé également symbole de la foi. Il est proclamé sous 2 formes habituelles : le symbole des apôtres (1ers siècles. Non pas écrits par les apôtres mais énonçant la foi prêchée par les apôtres) et le symbole de Nicée-Constantinople (381). Le symbole vient d’un mot grec qui signifie « mettre ensemble » : à l’origine, « le symbole est un objet coupé en deux dont les parties réunies à la suite d’une guerre, d’un échange commercial…. permettent aux détenteurs de se reconnaître ». Ici, le symbole, ce sont des paroles qui réunissent les chrétiens dans une même profession de foi, en allant au cœur de la foi de notre baptême : le mystère pascal. L’exigence œcuménique de rassembler dans l’unité tous ceux qui croient au Christ est permanente.

Pratiquement, une 3ème forme de profession de foi existe, celle du symbole des apôtres, sous une forme dialoguée : « Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant….  Je crois. Croyez-vous en Jésus-Christ…. ? Je crois. Croyez-vous en l’Esprit-Saint….à l’Eglise…Je crois »

Liturgiquement, pour la 1ère et 2ème forme, il est important de varier la mise en œuvre, soit tous ensemble, soit alternance prêtre-assemblée, soit de le chanter ! La place du credo en fin de liturgie de la Parole, alors que les coptes le placent après le baiser de paix, est une invitation forte à plonger dans la foi de toute l’Eglise au moment d’aborder la liturgie eucharistique : Il est grand le mystère de l’Eucharistie !

17. La dynamique de la liturgie eucharistique

Ne réduisons pas la liturgie eucharistique aux paroles de consécration du pain et du vin, aussi importantes soient-elles. En effet, cette liturgie est chemin d’Emmaüs. Tout est lié. Par étapes successives, la liturgie de la messe nous conduit. Par les rites d’entrée, le Seigneur rassemble son peuple dispersé ; par la liturgie de la Parole, le Seigneur et son peuple rassemblé dialoguent ; par la liturgie de l’Eucharistie, le Père associe son Eglise à l’offrande de son Fils pour une communion dans l’Esprit-Saint toujours plus grande, en profondeur et en extension. « Que l’Esprit-Saint fasse de nous  une éternelle offrande à ta gloire ». Cf Prière eucharistique III. « Il est temps d’entrer à l’auberge d’Emmaüs ».

La dynamique de l’Eucharistie reprend toute la dynamique du dessein créateur et sauveur. Quand le prêtre offre le pain et le vin, au nom du Christ Prêtre et au nom de l’Eglise, il dit, avec des formules empruntées à la liturgie juive qui multiplie les bénédictions : « Tu es béni Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain (ce vin), fruit de la terre (de la vigne) et du travail des hommes, il deviendra le pain de la vie (le vin du royaume éternel) ». Avec cette offrande, nous sommes  au début de la Bible, au livre de la genèse, au commencement de la création. Ce pain et ce vin offerts représentent le monde entier sorti des mains de Dieu et tenus dans l’existence. Ils représentent notre participation par le travail à l’œuvre de la création, notre co-création. Avec cette offrande, nous sommes, en même temps au dernier livre de la bible, celui du « royaume éternel », avec l’Agneau de Dieu. La dynamique pascale est celle qui va de la genèse à l’apocalypse, en passant par Jésus, le grand prêtre éternel, récapitulant toute l’histoire.    

La dynamique rituelle de la liturgie eucharistique est celle du dernier repas de Jésus avec ses disciples. «  En effet, le Christ prit le pain et la coupe, rendit grâce, fit la fraction et les donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez, buvez ; ceci est mon Corps ; ceci est la coupe de mon Sang. Vous ferez cela en mémoire de moi ». Aussi l´Église a-t-elle organisé toute la célébration de la liturgie eucharistique en parties qui correspondent à ces paroles et à ces actes du Christ » PGMR n°72 : la préparation des dons à l’action de « prendre » ; la prière eucharistique à l’action de « bénir » ; la fraction du pain à « la fraction du pain » ; la communion à l’action de « donner ».

Avec l’Eucharistie, nous rejoignons la grande action de Dieu créateur et sauveur, actualisée dans le mémorial de la Pâques du Seigneur, un repas fraternel et un repas du Seigneur, un repas qui est un « sacrifice » : merveille de l’Amour sauveur total, un repas qui est un banquet qui a une saveur anticipée d’éternité. Cf PGMR n°72. « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau » (prochaine traduction du missel romain).  

 

18 . La procession des offrandes

Selon le missel romain, la procession des offrandes est prévue de façon habituelle. Force est de constater que l’apport des offrandes à l’autel est, parfois ou souvent, réduit dans nos paroisses, au passage de la crédence à l’autel.

Pourquoi ne pas déposer avant la messe le pain et le vin sur l’autel ? Pourquoi est-ce donc si important que des fidèles laïcs apportent en procession le pain et le vin, la quête, voire des objets symboliques ?

L’histoire nous aura montré que depuis l’antiquité chrétienne, les chrétiens apportent les dons à l’autel. Ils sont invités au Repas du Seigneur. Ils apportent leur part, cette part qui deviendra le corps eucharistique du Christ. « Quelle admirable échange », s’écriait St Augustin.  La liturgie donne à voir le mystère de l’Eglise. Le Christ accepte cette part de la création et de notre travail « pour nous rendre participants de sa divinité ». Les chrétiens apportent leur part, cette part qui sera partagée avec les prêtres et avec les pauvres. Les diacres étaient chargés de redistribuer les biens aux pauvres.

La liturgie qui est action ne fait pas de discours sur le repas. Elle met en acte des éléments essentiels du repas eucharistique : donner/recevoir, offrir/s’offrir, partager. Lors de la cène, Jésus prit le pain. A la messe, l’assemblée prend le pain avec la procession ; le prêtre, au nom du Christ, reçoit le pain, prend, à son tour, le pain. Le prêtre, au nom du Christ et au nom de l’assemblée, bénit le pain, le rompt et le donne. La procession, inséparable de toute la prière eucharistique, de la fraction du pain et de la communion, ouvre la rencontre de Dieu avec son peuple. La liturgie est corporelle, cosmique. La procession fait entrer dans l’action liturgique par l’action de marcher ou de danser, d’offrir avant de s’offrir avec Jésus au Père.

La messe réformée de St Paul VI a fait le choix de parler de préparation des dons plutôt que d’offertoire, par un ressourcement en Tradition, et pour faire de la procession des dons ce seuil fondamental entre la liturgie de la Parole et la liturgie de l’Eucharistie, procession qui nous achemine progressivement dans l’action de grâce au sommet de la liturgie : la communion au mystère pascal.

 

19. L’eau et le vin

Juste avant l’offrande du vin, un geste peut passer inaperçu, celui du diacre ou du prêtre qui verse le vin avec un peu d’eau dans le calice. On avait l’habitude dans l’antiquité chrétienne de couper le vin trop fort avec de l’eau. L’Eglise a christianisé cet usage.

Deux interprétations sont possibles.

1ère interprétation :

C’est l’union indissoluble en Jésus, de l’humanité (eau) et de la divinité (vin). L’image met en valeur ici le lien étroit entre l’humanité et la divinité de Jésus. Mais attention à l’image du vin qui absorbe l’eau. Jésus est vrai Dieu et vrai homme. « Bien qu’il soit Dieu et homme, il n’y a pas cependant deux Christ, mais un Christ ; un, non parce que la divinité a passé dans la chair, mais parce que l’humanité a été assumée en Dieu. Dieu parfait et homme parfait ». Symbole Quicumque du Ves.

2ème interprétation :

C’est l’union indissoluble du Christ en sa passion (le vin) et son Eglise (l’eau). St Cyprien de Carthage écrivait au IIIe s.: « Quand on mêle l’eau au vin dans le calice, c’est le peuple qui ne fait plus qu’un avec le Christ…Cette jonction, cette association de l’eau et du vin s’accomplit dans le calice du Seigneur d’une façon indissoluble ; par conséquent rien ne pourra séparer du Christ l’Eglise…persévérant avec constance et fidélité….Elle lui restera toujours attachée et l’amour fera des deux un tout indivisible »

Ces deux interprétations éclairent la parole qui accompagne le geste de la goutte d’eau dans le vin : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ». La nouvelle traduction du missel romain, à partir du 1er dimanche de l’Avent 2021, remplacera l’expression « qui a pris notre humanité » par  « qui a voulu prendre notre humanité ». Cette nouvelle traduction, plus fidèle au texte latin, insiste sur la volonté libre et aimante du Fils éternel qui se fait homme. La 1e interprétation nous aide à comprendre la 2e : Dieu choisit librement de se faire homme par amour, en vue de notre salut. Sur la croix, l’eau et le sang qui jaillissent du cœur de Jésus deviendront les symboles de l’Esprit et de la vie nouvelle communiquée par le baptême (l’eau) et l’Eucharistie (le sang). Aujourd’hui, c’est de l’autel de nos églises que jaillissent les fleuves d’eaux vives.

 

20. Comment participer activement durant la prière Eucharistique ?

Nous atteignons avec la prière eucharistique, « prière d’action de grâce et de sanctification,  ….le centre et le sommet » PGMR n°78, de toute messe, « sacrifice, repas et mémorial ».  

Participer activement consiste à

  1. Dialoguer, dans la foi, avec le prêtre, pour nous acheminer vers les sommets. 1ère marche : « Le Seigneur soit avec vous. Et avec votre esprit ». 2ème marche : « Elevons notre cœur. Nous le tournons vers le Seigneur ». 3ème marche : « Rendons grâce au Seigneur notre Dieu. Cela est juste et bon».
  2. Chanter, adorer respectueusement, de tout notre cœur, au seuil du grand mystère, le Dieu trois fois saint : « Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu de l’univers….. »
  3. Contempler silencieusement dans les 2 invocations à l’Esprit-Saint son œuvre de sanctification sur le pain et sur le vin et aussi sur le peuple rassemblé. C’est le Seigneur qui agit.
  4. S’émerveiller que « par les paroles et les actions du Christ s’accomplit le sacrifice que le Christ lui-même a institué à la dernière cène ». PGMR n°79. Le Christ est prêtre, il offre ; le Christ est la victime: il s’offre lui-même ; le Christ est l’autel: c’est en lui qu’a lieu le sacrifice, par amour de son Père et des hommes.
  5. Faire mémoire de la Pâques de Jésus, de telle sorte que notre temps présent en soit transformé. Avez-vous remarqué que la plupart des verbes de la prière eucharistique sont conjugués au présent ? « Jésus-Christ, hier et aujourd’hui est le même, il l’est pour l’éternité » Heb 13, 8.
  6. S’offrir: « L’Eglise veut que les fidèles non seulement offrent cette victime sans tache, mais encore qu’ils apprennent à s’offrir eux-mêmes et soient parfaitement réunis, de jour en jour, …dans l’unité avec Dieu et entre eux, pour qu’à la fin Dieu soit tout en tous ». C’est une action profonde en nous.
  7. Intercéder pour les vivants et pour les morts. La liturgie est liturgie du ciel et de la terre. C’est une action qui nous déborde de toute part.
  8. Sceller dans l’Amen final de la doxologie (parole de gloire) l’œuvre commune de Dieu et de l’Eglise, une œuvre de glorification et de sanctification.

La prière eucharistique appelle de notre part une participation à nul autre pareil.

 

21. Pourquoi multiplier les AMEN ?

Amen fait partie de « ces mots (intraduisibles) qui font vivre » Paul Eluard.

Avez-vous remarqué le nombre de fois où nous disons AMEN pendant une messe dominicale ? Au moins 11 fois, parfois bien davantage quand les compositeurs de chants sacrés nous font multiplier l’AMEN de la doxologie de la Prière eucharistique. C’est l’AMEN le plus solennel de tous les Amen de la messe qui scelle la prière eucharistique dans une joyeuse glorification de Dieu.

Amen est un mot araméen, la langue de Jésus, qui signifie : oui, je crois ou c’est vrai ou je m’appuie sur la solidité de Dieu, « mon Roc pour toujours ». Jésus dit souvent dans les évangiles : « Amen, amen, je vous le dis… », parfois traduit : « En vérité, en vérité, je vous le dis », comme pour nous inviter à entrer et demeurer avec Lui dans le Royaume de la vérité, de la justice et de l’amour qui s’inaugure sur la terre.  Amen, c’est le nom du Christ lui-même qui n’a été que OUI à son Père : « Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des œuvres de Dieu » Ap 3, 14. Le prophète Isaïe parle de Dieu comme « le Dieu de l’Amen » Is 65, 16.

Nous allons de Amen en Amen jusqu’à l’Amen de la bénédiction finale : nous nous signons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. AMEN ; nous accueillons la miséricorde de Dieu : AMEN ; nous glorifions Dieu : AMEN ; nous faisons nôtre les prières du prêtre : AMEN ; nous rassemblons tout le credo dans l’AMEN final ; nous confessons le corps du Christ : AMEN ; et la bénédiction « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » nous envoie vivre selon l’Evangile et bénir nos frères avec toujours le même mot sur nos lèvres : AMEN. Le Amen des commençants rejoint le Amen des progressants ou de ceux qui doutent, puis le Amen de ceux qui, purifiés par le sang de l’Agneau, rencontrent leur Seigneur. La liturgie des obsèques se termine par un AMEN qui fait suite à la bénédiction finale. Il renvoie aux 1ers AMEN du baptême. Notre vie toute entière devient un beau AMEN.

Le chrétien ne « dit pas AMEN à tout ». Il dit « AMEN à la gloire de Dieu » 2 Co 1, 20, AMEN à la volonté de Dieu sur lui : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non » Jc 5, 12, Amen à la vie éternelle déjà-là et pas encore-là. C’est pourquoi les prières des prêtres se terminent par : « Pour les siècles des siècles. AMEN »

 

22. Messe à la télé ou messe paroissiale ?

C’est bien de « suivre la messe » à la télévision, quand on est malade ou en cas de confinement. Beaucoup de chrétiens ont apprécié la qualité des célébrations en ligne, beaucoup ont découvert la famille comme Eglise domestique. Beaucoup ont également expérimenté, en creux, le manque d’assemblée visible, le manque de contacts humains, le manque de « prière avec ses 5 sens », le manque de la communion au corps du Christ, le risque de l’individualisme ou de la messe-spectacle, car notre participation est réduite : les dialogues, les chants, les processions, les gestes….  Retrouvons, dès que possible, le chemin de nos églises.

C’est préférable de « participer à l’Eucharistie », au milieu d’une assemblée. Pourquoi ?

Parce que c’est une tradition apostolique. Depuis les apôtres, chaque semaine, le jour du Seigneur (Ac 20, 7), les disciples de Jésus se rassemblent (Eglise signifie assemblée convoquée) pour faire mémoire de la Pâque du Seigneur et en vivre cf SC n°106

Parce que notre participation peut se déployer. Le concile Vatican II a multiplié les adjectifs de la participation requise par les fidèles : « active, pleine, consciente, intérieure et extérieure, adaptée aux personnes et aux cultures, effective, plénière (lors de certaines célébrations diocésaines…), fervente, parfaite (quand les fidèles reçoivent le corps du Seigneur) SC. La liturgie, qui signifie action commune, est l’action commune de Dieu et du Peuple. Cette action a des dimensions corporelles (les attitudes et les gestes du corps, les chants, la musique, les paroles, ….), cosmiques (l’autel, l’église, l’espace liturgique, le feu, la lumière, le pain, l’eau, le vin ….), communautaires (les dialogues, les offrandes….)

Parce que nous sommes davantage impliqués, dans tout notre être personnel et communautaire, dans la liturgie qui nous conduit par étapes jusqu’à la communion eucharistique. Dans la prière eucharistique, nous sommes pris dans le mouvement d’offrande : le Christ s’offre à son Père, nous offrons le sacrifice du Christ à son Père, en nous offrant nous-mêmes : « Que l’Esprit-Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire » PE n°3. Nourris du même pain, nous formons le même corps. Rien ne pourra remplacer cette expérience liturgique profondément corporelle, cosmique et communautaire.

Parce que la fraternité en Christ n’est pas virtuelle, ni « distancielle », elle est faite de rencontres, de joie partagée, de fidélité, de repas du Seigneur. « C’est l’Eucharistie qui fait l’Eglise ».

 

23. le Notre Père

C’est la prière par excellence, non pas une prière parmi d’autres, mais la prière du Seigneur apprise aux disciples, de la bouche même du Seigneur : « Quand vous priez, dites : ‘’Notre Père’’ » Mt 6, 9-13. Le missel propose 2 monitions d’introduction au choix pour le prêtre ; toutes les deux insistant sur ce statut particulier : « Comme nous l’avons appris du Sauveur et selon son commandement, nous osons dire » ou « Unis dans le même Esprit, nous pouvons dire avec confiance la prière que nous avons reçue du Sauveur ».

Tout est dans le Notre Père : après une adresse audacieuse ; « Notre Père qui es aux cieux », 3 demandes nous tournent vers Dieu dans l’adoration, la louange et la reconnaissance, 4 demandes s’occupent de toutes nos affaires humaines : le pain, le pardon, le combat contre le Mauvais et toutes les formes de mal  et de tentations.

Et pourtant, il aura fallu attendre le Ve s. pour avoir l’attestation certaine que le Notre Père était récité ou chanté pendant la messe. Il faut bien comprendre que durant les 1ers siècles de l’Eglise le Notre Père était d’abord et avant tout la prière au cours de la journée. « Priez sans cesse »1 Thes 5, 17. C’est la prière des fils et des frères.  Les prières du Notre Père avant ou après la messe sont reliées à l’Eucharistie et constituent l’âme de la vie chrétienne.

Le Notre Père, après le Ve s.  a toujours été placé entre la prière eucharistique et la communion, soit après la fraction du pain, en ce cas, l’insistance est portée sur le « pain de ce jour » comme étant particulièrement le pain eucharistique ; soit immédiatement après la prière eucharistique , en ce cas, le Notre Père a un statut qui le rapproche d’une prière consécratoire, selon le pape St Grégoire le Grand (540-604). Au 7e s., la prière est réservé aux prêtres. Depuis St Grégoire, la prière du Notre Père est suivie d’une autre prière appelée embolisme (em-ballein en grec : placer entre). Elle est placée entre la prière du Notre Père dont elle prolonge la dernière demande : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur… » et une prière développée sur la paix. La visée rituelle du missel avec le Notre Père, l’embolisme, la prière pour la paix, l’Agneau de Dieu et la fraction du pain est de nous faire entrer dans une expérience progressive de communion avec soi-même et avec les autres. Cette expérience nous conduit à la communion avec le Seigneur pour former un seul Corps. Ces prières et ces gestes entre la prière eucharistique et la communion constituent les rites de communion.

 

24. Le geste de paix

Quel beau geste qu’une parole accompagne : se donner la main ou s’embrasser et entendre, dans le silence de l’église, ce bruissement de paroles qui se répondent et s’amplifient : la paix du Christ…la paix de Christ…la paix du Christ…Tout un peuple qui pose un même geste fraternel, appelé également « baiser de paix » !

Quel geste profond ! Ce geste a revêtu deux sens, en fonction de son emplacement dans la liturgie. « Historiquement, dans la plupart des liturgies chrétiennes, sauf pour l’Eglise de Rome, les fidèles sont invités à se saluer avant la préparation des dons et généralement après la prière universelle ». Le sens était alors celui de l’urgence de la réconciliation entre frères pour que les offrandes apportées soient agréables à Dieu, selon Mt 5, 23-34 : « Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère ». La liturgie réformée du pape St Paul VI nous propose actuellement le geste de paix, après la prière pour la paix et l’unité de l’Eglise et avant la fraction du pain accompagné du chant de l’Agneau de Dieu. Le sens devient  celui de la manifestation de l’amour entre frères qui conduit à l’accueil de la paix offerte par Celui qui se fait pour nous Pain rompu afin que nous devenions toujours plus les membres de son Corps.  

Avez-vous remarqué qu’aucun chant n’est prévu pour accompagner ce geste ?

Comme pour attirer notre attention sur la beauté et la profondeur de ce geste dans le silence !

Comme pour polariser notre attention sur le chant suivant : l’Agneau de Dieu qui est le chant de la fraction. Rappelons-nous que le geste de paix n’est pas un rite en soi. Il est facultatif, ce qui signifie qu’il est laissé à l’appréciation du prêtre, pour éviter tout automatisme. Pour lier le baiser de paix avec la fraction du pain, les musiciens peuvent, occasionnellement, commencer à faire entendre la musique du chant de la fraction pendant le baiser de paix. Même si le geste de paix vient avant la fraction, c’est bien de l’autel que vient la paix par Celui qui porte le Nom de Paix et qui s’est offert en sacrifice pour la multitude. Dans certaines liturgies orientales, le geste de paix se fait depuis l’autel. Les fidèles attendent que la paix leur parvienne par les ministres ordonnés avant de la transmettre à leur tour. La paix se répand dans l’assemblée, depuis l’autel du Seigneur  

 

25. La fraction du pain

Redécouvrons l’importance du geste tellement rapide et discret de la fraction du pain qui a pourtant désigné pour les 1ers chrétiens la célébration eucharistique toute entière Ac 2, 42.

Pourquoi rompre le pain ?

. Parce que Jésus a rompu le pain au repas pascal de la cène du Jeudi saint…

. Pour des raisons pratiques : il fallait bien rompre le pain avant de le distribuer à l’assemblée. Avant les hosties telles que nous les connaissons,  ce rite pouvait demander du temps.

. Pour mettre en valeur le sens profond de l’Eucharistie : le prêtre ne rompt pas le pain avant la consécration eucharistique quand il dit : « Jésus prit le pain, il le bénit, le rompit… » ; l’Eglise ne mime pas la cène du Jeudi saint ; elle invente donc « un rite propre et autonome », une fraction accompagnée du chant de l’Agneau de Dieu (à partir du 7e s.), entre le Notre Père, le geste de paix et la communion : enfants d’un même Père, riches du don de la paix du Ressuscité, les fidèles sont alors disposés à communier.

Ce rite propre déploie 3 sens indissociables :

1.  Celui du sacrifice de l’Agneau immolé qui continue de s’offrir, par amour, en nourriture. Ap 5, 6.13

2.  Celui de la communion ecclésiale : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » 1 Co 10, 17

3.  Celui de la résurrection : avez-vous remarqué que juste après la fraction du pain, le prêtre dépose une parcelle du pain consacré dans le précieux sang (geste de la commixion) ? Alors que la séparation du corps et du sang sur la croix dit la mort, le corps et le sang réunis dans la coupe, sont symboles de résurrection et de vie éternelle.

Quelques conseils : que l’hostie soit assez grande pour être vue, que le geste de la fraction soit  suffisamment solennel pour être perçu, que le chant de l’Agneau de Dieu dure autant que la fraction et la commixion, que les fidèles communient avec les hosties qui viennent d’être consacrées ! Ces détails ne sont pas que des détails !

 

26. Le geste de communion

« Le corps du Christ. Amen »

C’est un geste de foi en la présence réelle de Jésus « présent tout entier, en son corps, en son âme et sa divinité », dans chaque hostie du « repas du Seigneur » qui nous associe au sacrifice d’amour du Sauveur, réalisé une fois pour toutes, les jeudi-saint, vendredi saint, samedi saint et dimanche de Pâques : « Faites ceci en mémoire de Moi ». Toute la messe nous prépare à cet aboutissement, mais spécialement les rites dits de communion qui s’étendent du Notre Père à la prière de communion dite par le prêtre.

Quand nous disons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri », nous sommes invités à examiner notre conscience. Evitons les communions automatiques. Pendant des siècles, les chrétiens ont communié 2/3 fois par an. Recourons au sacrement du pardon. Cependant, nourrissons-nous habituellement du « Pain de la vie », car « Dieu est plus grand que notre cœur », car nous avons besoin du Seigneur qui s’est fait notre nourriture pour avancer.

C’est un geste personnel qui doit être fait, comme tout acte liturgique, « avec noble simplicité » SC n°34. 2 manières sont possibles : dans la main ou sur la langue. La plus ancienne est celle dans la main. Selon les historiens, la réception à genoux et sur la langue remonterait, en pays franc, au Haut Moyen-âge. La réforme liturgique, issue du concile Vatican II, dans un souci de « ressourcement en tradition », a remis en valeur la communion dans la main. «Quand donc tu approches, ne t’avances pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite puisque celle-ci doit recevoir le Roi, et, dans le creux de ta main, reçois le corps du Christ disant: ‘Amen.’» St  Cyrille de Jérusalem IVe s.
La prière silencieuse d’intimité avec son Seigneur est importante après la communion.

C’est un geste communautaire. Nous venons communier en procession et nous chantons, pour devenir toujours plus le corps du Christ : « Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis d’Esprit saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ » Prière eucharistique n°3.

C’est un acte de charité. En communiant au Christ, Jésus nous transforme progressivement en lui afin que nous brûlions de charité. La prière du prêtre après la communion appelle les fruits de nos œuvres bonnes.

 

27. L’envoi

Etonnante, la brièveté des rites d’envoi, constitués par « de brèves annonces, si nécessaire ; la salutation et la bénédiction du prêtre ; l’envoi du peuple et le baiser de l’autel »  PGMR n° 90. Pour une messe de semaine d’une ½ heure, cela peut prendre moins d’une minute !

Et pourtant,  nous le savons bien, pour toute œuvre, il est important de bien commencer et de bien terminer. Les rites initiaux ont permis de constituer l’assemblée, la liturgie de la Parole a organisé le dialogue d’Alliance entre Dieu et son peuple, la liturgie eucharistique a nourri les fidèles de la vie même de leur Seigneur. Les rites d’envoi accomplissent la dynamique eucharistique : cette expérience d’épousailles de Dieu avec son peuple ne peut être gardée pour soi. Le peuple rassemblé est invité à vivre, entre chaque eucharistie,  sa condition habituelle de dispersion au milieu du monde, en « peuple de prêtres, de prophètes et de rois ».

Les rites d’entrée et de sortie se répondent, font inclusion : le prêtre salue avec ces mêmes mots : « Le Seigneur soit avec vous », de nouveau les chrétiens se signent et le prêtre baise l’autel. Mais un déplacement s’est opéré : « Les fidèles se marquent du signe de la croix comme signe d’une grâce reçue et d’une convocation au témoignage et à la vie de charité ». L’horizon est celui de la conversion personnelle, de la transformation sociale, de la vie éternelle déjà commencée quand la justice et la charité sont aux rendez-vous, de la vie éternelle à venir.

La nouvelle traduction du missel romain qui sera mise en œuvre lors de l’avent 2021 proposera plusieurs formules d’envoi : pas seulement « Allez dans la paix du Christ », mais « Allez porter l’Evangile du Seigneur », ou « Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie » ou plus simplement « Allez en paix ». Le verbe qui caractérise les rites d’envoi, c’est aller. Le temps qui caractérise ce verbe est l’impératif présent, pour ceux qui aiment la grammaire, l’impératif du témoignage de l’Amour rayonnant pour les disciples.

Cette brièveté des rites de conclusion requiert noblesse et simplicité des gestes, des annonces qui honorent, au fil des dimanches, toutes les dimensions de notre vie chrétienne : annoncer/célébrer/servir, « des bénédictions qui peuvent être enrichies et développées par la prière sur l’assemblée ou une autre formule solennelle », un chant de sortie (facultatif). 

 

28. L’encensement

L’encensement est un geste largement pratiqué dans les religions, depuis « la nuit des temps ». Pendant les 3 premiers siècles, en contexte de civilisation romaine, les 1ers chrétiens ont été souvent persécutés. On leur demandait d’offrir de l’encens aux divinités romaines. En refusant ce geste, ils sont devenus des martyrs, c’est-à-dire des témoins de la foi chrétienne. Les juifs et les chrétiens ont transformé ce geste en culte d’adoration au Dieu unique et en respect pour les objets et les personnes encensés.

Ce geste prend sa source
dans l’ancien testament : « Que ma prière devant toi s’élève comme un encens, et mes mains, comme l’offrande du soir » Ps 140, 2 et
dans le nouveau testament : « Un autre ange vint se placer près de l’autel ; il portait un encensoir d’or ; il lui fut donné quantité de parfums pour les offrir, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le Trône. » Ap 8, 3.

 

La liturgie romaine qui est la notre prévoit :
« On peut, à son gré, employer l´encens :
a) pendant la procession d´entrée ;
b) au début de la messe, pour encenser la croix et l´autel ;
c) pour la procession d´Évangile et sa proclamation ;
d) quand le pain et le calice ont été déposés sur l’autel, pour encenser les dons, la croix et l´autel ainsi que le prêtre et le peuple ;
e) à l’élévation de l´hostie et du calice après la consécration » n°276

 

Points d’attention :

1°) Encenser avec « noble simplicité »,
ni trop vite, ni trop lentement, sans manière, juste le temps qu’il faut pour que l’encensement effectue son action symbolique (symbole vient du verbe grec sumbalein qui signifie rassembler, mettre ensemble). Quand la fumée monte vers le haut, c’est la terre et le ciel qui sont unis, rassemblant la prière de tous.

2°) Certains chrétiens sont indisposés par l’encens.
Mieux comprendre le sens profond de ce geste et varier, modérer la mise en œuvre, dimanche après dimanche, en mettant en valeur, soit l’autel et la croix, soit l’Evangile, soit les dons, soit le prêtre et les fidèles qui participent de 2 manières différentes au sacerdoce du Christ. Réserver le déploiement de l’encensement pour les solennités.

 

29. Le silence

Le silence extérieur est une chose, le silence intérieur, une autre. N’opposons pas parole, musique, chant et silence, car jaillis et nourris du silence, ils peuvent conduire au silence de l’âme, en relation profonde avec Dieu, avec des frères, avec la création toute entière : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.» Ps 130.
Le silence est une atmosphère ambiante, propice à la relation, à la paix, à une plénitude de relations.

C’est pourquoi, l’Eglise recommande vivement le silence :
« Le silence sacré fait partie de la célébration : il doit aussi être observé en son temps. Sa nature dépend du moment où il trouve place dans chaque célébration » PGMR n°45.

Distinguons donc plusieurs natures de silence :

Un silence ambiant : avant la messe, à l’église et à la sacristie, on évite l’agitation, on se dispose à célébrer les saints mystères. Ce qui n’empêche pas de se saluer. La charité nous conduit à l’Eucharistie, sacrement de l’Amour….

Un silence de respiration : au début de la liturgie de la Parole ou de l’Eucharistie

Un silence de recueillement : pendant l’acte pénitentiel et après l´invitation (Prions le Seigneur) de la 1ère oraison du prêtre, ou encore juste avant de communier

Un silence de méditation : après une lecture, après l’homélie

Un silence de supplication : quand le choix est fait du silence entre chaque intention de prière universelle.

Un silence de louange et d’action de grâce : après la communion.

Quand à l’entrée de la merveilleuse église romane de St Guilhem-le-désert (34), un panonceau nous rappelle : « Le silence de ce lieu vous est confié », ce n’est pas un but en soi, mais un moyen privilégié de parvenir à un silence de plénitude qui sent bon la vie éternelle.

 

30. La prière universelle, emblématique de la réforme conciliaire

Pourquoi terminer cette messe expliquée avec une 30ème et dernière fiche portant sur la prière universelle ?

Parce que celle-ci, tout comme l’autel face au peuple, la messe dans la langue du peuple, les nouveaux lectionnaires, la participation active des fidèles, reflète symboliquement l’esprit de la réforme liturgique issue du concile Vatican II.  Ce concile (1962-1965) a souhaité un ressourcement en Tradition prenant en compte toute l’histoire.

La Prière universelle est un exemple emblématique. Dès le 2ème s. (St Justin…) jusqu’au 6ème s., nous avons des attestations de « prière commune » ou « prière des fidèles », c’est-à-dire des croyants (fidèles vient de fides en latin : ceux qui ont la foi). Les baptisés, participant au sacerdoce commun des fidèles, supplient leur Seigneur pour tous, conformément à l’appel des origines : « J’encourage, avant tout à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes » 2 Tim 1, 1. Cette prière a pris le nom de prière universelle. Pendant 14 siècles, elle a été oubliée ou transformée, par exemple à partir du 16e s., en « prière du prône » : après le sermon, le prêtre invitait à prier à diverses intentions. Vatican II met en valeur : « tous célèbrent, un préside ». Vatican II a donc rétabli la prière universelle écrite et lue par les fidèles, introduite et conclue par le prêtre.

Les qualités d’une prière universelle sont les suivantes : « Il faut que les intentions soient sobres, composées avec une sage liberté et en peu de mots, et qu’elles expriment la supplication de toute la communauté » PGMR n°71. La brièveté du refrain peut favoriser la force de la supplication comme dans les litanies des saints. Il est bon aussi, pour varier, de proposer, de temps en temps, un moment de silence, après chaque intention.

Les intentions de prière, habituellement au nombre de 4 (pour l’Eglise, pour les responsables des affaires publiques, pour les souffrants, pour la communauté locale), font le pont entre la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, en assumant 3 fonctions :
une fonction sacerdotale : tout le peuple sacerdotal prie ;

une fonction d’actualisation : la Parole entendue dans les lectures, chantée dans le psaume, assimilée dans la prédication, s’incarne dans des demandes de vies renouvelées;
une fonction universelle : la liturgie est l’Eglise en prière pour toute l’humanité.

La prière universelle n’est pas un détail de la réforme liturgique. Elle manifeste le mystère de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique.