L’art répond toujours un peu à notre quête d’éternité


A chaque coin de rue, au détour d’un chemin, partout où l’homme habite, une œuvre d’art chrétien l’appelle à tourner son regard vers le Ciel. En ces Journées du Patrimoine, et pendant tout l’automne, nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir des lieux incontournables ou des trésors méconnus. Un dossier préparé par les responsables de la commission diocésaine d’Art Sacré. Nouveauté, la visite de la cathédrale de Laval sur votre smartphone.

Les incontournables

A voir : la chapelle de Pritz, à Laval, et ses fresque sur la vie de Marie, la chapelle de Varennes-Bourreau, à St-Denis-d’Anjou, et ses fresques monumentales, les murs de la petite église de Cossé-en-Champagne,  avec ses anges musiciens qui chantent leurs louanges pour accompagner la cérémonie du Couronnement de la Vierge. A voir aussi et encore, l’église Saint-Jean-Baptiste de Chateau-Gontier, début XIe siècle, qui nous offre le même silence nourri de siècles de ferveur. La crypte de l’église, Notre-Dame-de-sous-terre, nous accueille pour nous offrir ses échos de l’histoire. Là s’arrête le temps, nous sommes plongés dans le présent de la prière.

L’église St-Sixte de Neau est habitée par des fresques remarquables du XIIIe siècle. Elles représentent la vie de Saint Vigor et la Résurrection des morts, parfois avec humour.

Dans l’église de la Chapelle-Rainsouin retrouvez la fameuse et très belle Mise au tombeau en pieds, à l’expression si dramatique.

Incontournable aussi, à Laval, l’église St-Vénérand ; là aussi, prenez votre temps pour saisir la beauté de cette église si bien restaurée. La Vierge de Pierre Biardeau, ND de Bon encontre, vous y attend dans sa sobriété imposante. La mère et l’Enfant prennent vie dans la terre cuite. Les deux vitraux des chapelles latérales, par leurs couleurs, chantent l’Ancien Testament à droite et le Nouveau Testament à gauche. Un nouveau tabernacle du XVIIIe siècle, placé dans l’axe de la Vierge de l’apocalypse vient d’être installé sur l’ancien maître autel, un don qui sera honoré le 25 octobre prochain par une bénédiction, lors de la messe dominicale.

Marie-Eline Guihaire
co-responsable de la Commission diocésaine d’art sacré

Mise au tombeau , église de la Chapelle-Rainsouin.

Visitez la cathédrale sur votre smartphone

Depuis le 19 septembre, visitez la cathédrale de Laval avec votre smartphone. Un lien vous emmène vers une visite exceptionnelle, absolument pas virtuelle mais bien réelle. A l’entrée de la cathédrale, observez le plan, scannez le QR Code. La visite commence. Choisissez librement les points qui vous intéressent. Il y a en a 13. Ceux-ci sont précédés d’une jolie page introductive sur l’histoire et l’architecture des lieux. Entrez dans la visite ici.

Tympan de l’église Saint-Jean de Château-Gontier.

Des trésors à prier

La Mayenne est riche en œuvres d’art sacré disséminées, cachées. Pour les admirer, allez dans la campagne, ouvrez les petites églises où vous serez seul, dans le silence des siècles qui porte les murmures des prières d’autrefois. Regardez et oubliez les bruits du monde. 

À Changé, dans l’église, les tableaux de Jules Regnaud (1878) forment un bel ensemble de pages d’Évangile, La Samaritaine, L’appel de Pierre et André, La fuite en Égypte. Dans la sacristie, Le songe de Joseph, par Charles Landelle (1875) est bouleversant. Alors que Joseph dort, un ange lui montre le projet de Dieu : dans les nuées, Marie porte Jésus avec affection.

À Châlons-du-Maine, imprégnez-vous de la pureté du retable de L’Adoration des Mages de 1684. Face à cette Nativité, les mots de l’amour de Dieu trouvent leur respiration dans la blancheur du silence née du tableau.

À Contest, admirez le retable, haut relief, montrant l’ange musicien à la trompette de l’Apocalypse. La Vierge Marie posée sur un croissant de lune apparaît comme dans la grotte du ciel. Le devant de l’autel est un panneau en bois sculpté en demi-relief. Il représente la Résurrection de Lazare ; treize personnages assistent au miracle de Jésus entouré de Marthe et de Marie.

Dans l’église de St-Georges-sur-Erve, le retable du XVIIe siècle se construit autour du tableau de la Guérison du paralytique. La Parole se lit aux couleurs, aux visages, au décor de ce tableau et nous vivons l’instant de la guérison.

À Fontaine-Couverte, c’est un retable de la Nativité (1694) en bas-relief, avec l’adoration des villageois, qui fait notre admiration. L’âne, le bœuf, mais aussi l’oie, les colombes, la miche de pain, et tout le village viennent saluer la venue du Sauveur… 

À Martigné, c’est encore une Adoration des Mages de 1736 qui attire les visiteurs. Les rois se pressent, l’un d’eux pointe son doigt sur le Nouveau-né. Dans le ciel une étoile perce le nuage épais des ombres de la vie des hommes. Ce bas-relief, en pierre, vient d’être restauré et a été réinstallé à l’Épiphanie 2019.

Près d’Érnée, la chapelle N.D.-de-Charné abrite une belle statue de Marie du même nom, en bois datant du XIIIe siècle, et une statue de Saint Ernier figure typique de l’Évangélisateur de la Mayenne du V siècle.

En passant par Saulges, votre étape risque de se prolonger ! Tant de richesses, tant de beauté sous les voûtes de la chapelle St-Pierre. Les statues de St Bibien, St Symphorien, Ste Catherine, St Barbe, St Martin de Tour, Ste Marie-Madeleine (tout juste restaurée), forment une véritable litanie des saints par leurs sculptures. En sortant, assise, la Vierge des Oui-noués soutient la fidélité des époux. Dans l’église St-Pierre, nous remarquons une statue de La Trinité du XVe siècle : Dieu-le-Père, assis, tient entre ses mains la croix sur laquelle est crucifié Jésus, l’Esprit Saint entre les lèvres du Père et la tête du Fils les réunit ; le Concile de Trente condamnait ces représentations hiérarchiques de la Trinité. Là aussi, un tableau des Pélerins d’Emmaüs retrouvé dans un grenier, vient d’être restauré ; installé récemment, il semble avoir toujours été présent dans cette église.

La Samaritaine, Jules Regnaud (1878), église St-Pierre de Changé.
Vierge et l’Enfant, église de Contest.

Les statues de Notre-Dame, sentinelles de notre quotidien

Les Journées du Patrimoine sont l’occasion pour les chrétiens de mettre leurs pas dans ceux de leur pères évangélisateurs, de fêter 2 000 ans de bonheur, de marcher avec Dieu, de faire partie de son peuple dans sa perspective infinie. Les églises, les chapelles, les statues, surtout celles de la Vierge Marie, sont témoins de cette marche continue.

La Vierge Marie, patronne de la Mayenne, est présente dans le cœur de tous les mayennais depuis toujours. C’est pourquoi, à partir du Moyen-Âge, les artistes l’ont représentée sous forme de statues de bois, de pierre ou par des peintures. Le portrait de Marie nous attend dans chaque église, chaque chapelle, aux quatre coins de chaque ville et village mayennais. Levez les yeux lors de vos promenades, vous verrez ces sculptures au-dessus des porches, aux angles des rues, sur les places, elles sont les sentinelles de notre quotidien. Les Journées du Patrimoine nous permettent de les découvrir et redécouvrir, elles nous disent la présence de Marie dans nos vies.

Les Vierges à l’Enfant sont connues, comme N.-D. de la Halle de la cathédrale de Laval, N.-D. des Miracles de la basilique de Mayenne, N.-D. de Pontmain avec sa robe d’étoiles, N.-D. de l’Épine d’Évron ou N.-D. d’Avesnières, à Laval, avec ses parures saisonnières. Lors de ces journées, c’est le moment de découvrir les statues secrètes de Marie, humbles et patientes comme N.-D. de Doucé, avec ses deux oiseaux, qui a libéré un prisonnier dans la chapelle de Doucé près de Jublains. La statue de Marie vêtue comme une princesse dans l’église de Vaiges ! Celle de St-Martin-de-Connée, assise, interrogeant l’Enfant Jésus remuant sur ses genoux. Étonnante douceur du visage de Marie pour la statue de l’église de St-Pierre-sur-Erve. C’est aussi dans l’église paroissiale d’Azé une belle Vierge à l’enfant du XVIIe siècle en terre cuite de Pierre Biardeau, récemment restaurée : elle vous émerveillera.

Les Pietas : Si Marie a donné naissance à l’Enfant Jésus, elle a suivi le Christ jusqu’à la croix puis jusqu’au tombeau. Vous irez découvrir les Piétas, sculptures qui nous montrent Marie accueillant le crucifié descendu de la croix. La Mater Dolorosa s’unit à la douleur de son Fils pour le salut du monde, moment particulièrement tragique et intense, saisi par des artistes experts ou exprimant leur dévotion simple et populaire comme celles que l’on découvre à Ste-Suzanne, à Contest ou la Piéta aux belles proportions de l’église St-Pierre de Mée, dans le canton de Craon. C’est dans l’église de Parné-sur-Roc que vous verrez, de Pierre Biardeau, la plus belle Descente de croix de la région : Marie retient son Fils sur ses genoux, l’apôtre Jean et Marie-Madeleine assistent la Vierge Marie dans sa douleur. Par leur blancheur, ces personnages en terre cuite semblent être vêtus du linceul du Christ, drapés de sa mort pour être revêtus de lumière à l’heure de la Résurrection.

Basilique Notre-Dame de l’Epine à Evron, Pieta

L’art et le Concile Vatican II

Dès le premier texte publié par le concile Vatican II, la constitution sur la liturgie, il y a un chapitre dont le titre est « L’art sacré et le matériel du culte ». Voici le début du § 122

« Parmi les plus nobles activités de l’esprit humain, on compte à très bon droit, les beaux-arts, mais surtout l’art religieux, et ce qui en est le sommet est l’art sacré. Par nature, ils visent à exprimer de quelque façon dans les œuvres humaines la beauté infinie de Dieu, et ils se consacrent d’autant plus à accroître sa louange et sa gloire qu’ils n’ont pas d’autre propos que de contribuer le plus possible à tourner les âmes humaines vers Dieu ».

Le concile insiste ensuite pour dire que l’Eglise respecte tous les styles artistiques qui peuvent exister dans les divers pays…

« L’Eglise n’a jamais considéré aucun style artistique comme lui appartenant en propre, mais selon le caractères et les conditions des peuples, et selon les nécessités  des divers rites, elle a admis les genres de chaque époque, produisant au cours des siècles un trésor artistique qu’il faut conserver avec tout le soin possible ». (§123)

L’un des chapitres de la Constitution pastorale sur le monde de ce temps Gaudium et Spes a pour titre « L’essor de la culture ». Je retiens d’abord l’importance de la recherche du « vrai, du bien, du beau. « En outre, en s’appliquant aux diverses disciplines, philosophie, histoire, mathématiques, sciences naturelles, et en cultivant les arts, l’homme peut grandement contribuer à ouvrir la famille humaine aux plus nobles valeurs du vrai, du bien et du beau… (§ 57-3).

C’est donc souligner l’importance des diverses œuvres d’art. C’est ce sur quoi insiste le § 62-3 : « A leur manière aussi, la littérature et les arts ont une grande importance pour la vie de l’Eglise. Ils s’efforcent en effet d’exprimer la nature propre de l’homme, ses problèmes, ses tentatives pour se connaître et se perfectionner lui-même ainsi que le monde… Ainsi sont-ils capables d’élever la vie humaine qu’ils expriment sous des formes multiples, selon les temps et les lieux ».

 Père Roland Courné

Eglise de Jublains, Notre-Dame-de-Doucé

Comment la beauté parle de Dieu aux enfants et aux jeunes

Je commencerai par une citation de la Lettre aux artistes du Pape Jean-Paul II de 1999. Elle s’adresse  à tous ceux qui, avec un dévouement passionné, cherchent de nouvelles «épiphanies» de la beauté pour en faire don au monde dans la création artistique.

La citation que je souhaitais vous partager est au numéro 16 : La beauté est la clé du mystère et elle renvoie à la transcendance. Elle est une invitation à savourer la vie et à rêver de l’avenir. C’est pourquoi la beauté des choses créées ne peut satisfaire, et elle suscite cette secrète nostalgie de Dieu qu’un amoureux du beau comme saint Augustin a su interpréter par des mots sans pareil : «Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t’ai aimée ! »

Et  je ne peux que vous citer également le Pape François, au N° 167 de « La Joie de l’Evangile »

« Il est bien que chaque catéchèse prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis). Annoncer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau, capable de combler la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même dans les épreuves. Dans cette perspective, toutes les expressions d’authentique beauté peuvent être reconnues comme un sentier qui aide à rencontrer le Seigneur Jésus. Il ne s’agit pas d’encourager un relativisme esthétique  qui puisse obscurcir le lien inséparable entre vérité, bonté et beauté, mais de récupérer l’estime de la beauté pour pouvoir atteindre le cœur humain et faire resplendir en lui la vérité et la bonté du Ressuscité. »

Ces deux Papes encouragent les catéchistes à utiliser la voie du beau pour parler de Dieu aux enfants. Pas seulement pour regarder quelque chose de beau, mais bien pour rencontrer le Christ, intimement.

Un exemple pour illustrer de quoi est capable un enfant devant le beau : un enfant qui contemplait un tableau de Fra Angelico sur la trahison de Juda a exprimé cette image magnifique de la tendresse de Dieu : « Comme Juda a l’air triste et fatigué sur ce tableau…oh, pauvre Juda, il n’a pas vu que Jésus le portait encore dans son cœur…pauvre Juda… »

Elisabeth Jacob
Responsable du service diocésain de la Catéchèse

La beauté est un chemin et l’art une médiation

Dans le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France (2006) qui est la façon d’adapter la catéchèse en France en suivant le concile Vatican II, il est écrit ce qui suit aux pages 58 et 59 : « Pour une pédagogie d’initiation, la beauté est un chemin, et l’art une médiation particulièrement riche et prometteuse – Le langage artistique permet à l’Eglise de rendre perceptible, et même autant que possible, fascinant, le monde de l’esprit, de l’invisible, de Dieu » (Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes, § 12) – Par la diversité culturelle de ses formes, ce langage dit la chair que chaque époque a donné à l’Evangile. Par la variété des expressions de foi qu’il transmet, il donne consistance au chemin par lequel l’Evangile est venu jusqu’à nous. En pédagogie d’initiation, l’art n’est pas seulement un patrimoine du passé. Il est aussi un carrefour culturel de la tradition vivante qui nous relie aujourd’hui à l’Evangile ».

Père Roland Courné
Accompagnateur du service diocésain de la Catéchèse

Basilique Notre-Dame-des-Miracles, Mayenne

Les Journées du Patrimoine
en Mayenne