Le dimanche qui suit Noël, l’Eglise donne à fêter la famille formée par Jésus de Nazareth et ses parents Marie et Joseph. Cette Sainte Famille que nous fêterons cette année le 26 décembre est citée en exemple pour toutes les familles catholiques : « les bergers vinrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans une crèche ». Retour sur cette fête liturgique avec le Père Raymond Julliot, curé de la paroisse La-Sainte-Famille-sur-Oudon à Cossé-le-Vivien.

Un patronyme paroissial qui est tout un Mystère de foi

Lorsque vous devenez curé d’une paroisse, le premier héritage qui vous est offert, c’est celui d’accueillir et de faire vôtre le nom qui a été donné à ce lieu d’Eglise où vous êtes appelé à exercer votre ministère presbytéral. Ainsi, la Sainte Famille sur Oudon est devenue pour moi en septembre 2017 un nouveau lieu de vie et d’exercice de la foi. Cette paroisse n’a reçu ce patronyme qu’au moment de la mise en place des nouvelles paroisses, soit en 1997. Dans le diocèse, elle est la seule à être placée sous la protection de la Sainte Famille.

Chaque année, après la fête de Noël, dans l’octave de la Nativité, nous avons la joie de fêter cette Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. C’est le moment liturgique où chacun prend conscience de la grâce unique d’avoir grandi dans une famille humaine, avec ses particularismes et ses charismes. La Sainte Famille de Jésus est proposée comme modèle à toutes les familles car elle est le lieu d’un amour authentique, une école d’Evangile, où l’esprit de service révèle le bonheur des liens familiaux. Cette famille est sainte en raison des personnes qui la constituent et de la charité qui s’y exerce. Nos familles humaines comprennent qu’il est bon d’y recevoir sa lumière et sa chaleur, pour un vivre commun selon l’adage « un seul cœur et une seule âme ».

La collecte ou prière d’ouverture de la liturgie eucharistique de ce jour-là dit bien la teneur évangélique de cette fête chrétienne : « Tu as voulu, Seigneur Dieu, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous, dans ta bonté, de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être unis par les liens de ton amour, afin de goûter la récompense éternelle dans la joie de ta maison. » La valeur d’exemplarité de la Sainte Famille ne doit pas nous décourager au regard de nos familles marquées par bien des fragilités. En effet, bien des paroissiens soulignent les épreuves qu’ils traversent au sein de leur famille, des époux séparés ou divorcés, des enfants non baptisés, des solitudes à supporter, des souffrances liées à des maladies diverses…

Entendre le dimanche de la Sainte Famille, selon le cursus liturgique, les récits évangéliques de Matthieu 2,13-15.19-23 (année A) rapportant la fuite en Egypte pour échapper à la vindicte du roi Hérode le Grand, de Luc 2, 22-40 (année B) où est relatée la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem, de Luc 2, 41-52 (année C, l’année dans laquelle nous sommes) qui retrace l’épisode où Jésus échappe à ses parents pour rejoindre les docteurs de la Loi réunis au Temple et parler ainsi de son Père des cieux, tous ces évangiles choisis pour donner sens à la fête de la Sainte Famille résonnent forcément dans les cœurs des paroissiens avec intensité et foi. La famille de Jésus, Marie et Joseph n’a pas été à l’abri des difficultés de l’existence humaine. Elle a su traverser les aléas de son histoire avec espérance et courage, ajustée à la Providence divine.

 

Icône byzantine de la Sainte-Famille

Le choix fait par mes prédécesseurs avec consultation des paroissiens pour la nomination nouvelle de la paroisse est désormais à assumer avec reconnaissance. Quelquefois dans la conversation, des paroissiens me disent que l’appellation de « Sainte Famille sur Oudon » est un encouragement à faire réellement famille entre nous, alors même que la paroisse s’étend géographiquement sur douze villages. Les paroissiens voient dans le patronyme paroissial comme une invitation expresse à ce que nous cultivions un esprit de famille, une réelle fraternité comme nous pourrions la trouver au sein d’une famille unie. C’est un défi du quotidien sans cesse à relever, et bien entendu jamais totalement atteint, en raison de nos pauvretés humaines.

Porter le nom de « Sainte Famille », c’est finalement recevoir cette dénomination comme un appel à évangéliser les nombreuses familles qui habitent sur le territoire paroissial. C’est avoir comme horizon de porter les joies et les peines des parents d’aujourd’hui, les projets et les espérances des enfants, les préoccupations et les souvenirs des grands-parents. C’est prendre conscience davantage que la famille est le lieu privilégié par vocation où chacun peut recevoir des repères pour la vie, l’éducation du cœur et de l’esprit.

Enfin, ce patronyme paroissial, vient aussi redire à chacun des paroissiens que l’Eglise est elle aussi dans sa nature profonde une famille, celle des baptisés vivants du Christ, mort et ressuscité. Cette fête de la Sainte Famille nous plonge dans le Mystère de l’Incarnation, où il s’agit de vivre les relations de la vie ordinaire dans la perfection de l’amour, comme un don de Dieu et cela dans la mesure des charismes de chacun. Se connaître et se reconnaître, s’aider et se comprendre, se respecter et s’écouter, autant d’attitudes que la vie de famille réclame et que la vie paroissiale attend pour que se développe la « civilisation de l’amour ». Être sous le patronage de la Sainte Famille, c’est porter avec soi durant toute l’année la grâce de Noël et de cette vie cachée de Nazareth où l’amour se fait chaque jour présence et service. Un beau programme pour qui le reçoit et le vit !

                                                                                           P. Raymond JULLIOT

Père Raymond JULLIOT,
curé de la paroisse La Saint-Famille-sur-Oudon