6 mai 2018 églises de Cuillé et Cossé le Vivien
Frères et sœurs, voilà un évangile qui peut à première vue ne rien nous apprendre de nouveau : il est question d’aimer, de demeurer dans l’Amour du Père et du Fils, de nous aimer les uns les autres, d’accueillir la joie qui vient de Dieu. Tout cela, nous en sommes imprégnés par notre fréquentation régulière de la Parole de Dieu chaque dimanche et ainsi nous pouvons avoir cette impression générale que tout est déjà dit.
Or, il n’en va pas d’un texte biblique comme d’un texte ordinaire. Le récit biblique fait appel à une démarche de foi, d’intériorité, à une ouverture du cœur qui reconnaît que Dieu se dit encore et toujours en cette Parole proclamée liturgiquement. La parole évangélique est offerte à chacun pour raviver les dons de Dieu reçus au baptême, ceux justement qui nous viennent de l’Esprit-Saint : paix, joie, amour… La Parole de Dieu est toujours neuve pour le cœur qui sait écouter, et même si elle parle souvent d’amour, elle est là pour mettre le doigt sur ce qui dans nos vies à sans cesse besoin d’être évangélisé, c’est-à-dire mis en correspondance avec l’Amour de Dieu.
Dieu est Amour. Cette définition concise de l’apôtre, et qui vient assez facilement sur nos lèvres, peut réellement changer nos vies si nous prenons la mesure de ce qu’elle signifie vraiment pour nous et pour notre prochain. Elle nous dit d’abord ce qui peut nous unir authentiquement à Dieu. Rappelons-nous un passage de la seconde lecture de ce dimanche : « Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu ». C’est dans ces réels moments d’amour offert et partagé que nous pouvons percevoir au mieux qui est Dieu en lui-même. Regardez la tendresse des parents penchés sur un berceau d’enfant nouveau-né, regardez le regard complice des couples amoureux, jeunes ou vieux, regardez le visage de celui ou de celle qui se fait véritablement proche du prochain dans la détresse, partout l’amour fait surface sous le signe d’une humanité donnée.
On croit que l’Amour, ce sont les grandes déclarations, avec les plus belles définitions et les plus grands épanchements. Non, l’amour qui vient de Dieu se fait humble, simple et pur comme l’eau claire, capable de comprendre l’autre dans ses appels, ses attentes, ses désirs. Aimer, Dieu nous en manifeste les signes les plus éclairants dans le visage de son Fils mort et ressuscité pour nous, dans les sacrements de la foi offerts pour façonner nos vies à la lumière de l’Evangile, dans les demandes fraternelles inattendues du jour présent. Nous ne pouvons comprendre l’Amour de Dieu notre Père que si nous prenons le temps de regarder le Christ agissant, pas à pas, dans les Evangiles, agissant aussi aujourd’hui dans nos vies dans les multiples expressions de sa grâce. L’amour appelle cette délicate présence d’être là pour l’autre.
Dieu est Amour et il invite sans cesse à « demeurer dans son amour ». Si Dieu nous lance cette invitation, c’est qu’il peut nous arriver de nous éloigner de cet amour, pour des raisons multiples qui viennent de nous ou des circonstances de nos vies. On peut tomber dans la négligence d’une vie de foi tiède et paresseuse, et quand on sait que foi et amour ne font qu’un, on devine les conséquences concrètes sur la qualité de notre amour pour Dieu et le prochain. Et lorsque le péché devient notre seconde nature, l’amour de Dieu et du frère, s’en trouvent considérablement affaiblis. C’est la logique de l’Evangile, l’amour authentique encouragé par les paroles du Christ, cet amour avec le péché ne peut faire bon ménage. L’amour ne peut grandir que sur une terre bien travaillée, ensemencée des grains de l’Evangile, bref un cœur ajusté au bon vouloir de Dieu.
Frères et sœurs, je dois vous avouer une chose, j’ai toujours été un peu étonné que l’Amour de Dieu et du prochain soit un commandement, c’est-à-dire une obligation donnée par Dieu. Ne pourrions-nous pas aimer Dieu et nos frères et sœurs, en toute simplicité d’état d’esprit ? En fait, Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes, et il sait que nos faiblesses dues bien souvent à nos péchés personnels, ces faiblesses sans cesse viennent refroidir notre ardeur à nous donner sans retour dans l’amour. Il faut chaque jour recommencer à aimer, vouloir le bien des autres, et cela jusqu’au dernier jour de notre vie. Il en va ainsi de la vie humaine, et donc aussi chrétienne, qu’aimer, c’est redire oui chaque jour à l’Amour.
De grands spirituels ont écrit de bien beaux livres théologiques sur l’Amour. Je pense par exemple à St François de Sales qui a écrit tout un Traité de l’amour de Dieu. Ce qu’il dit de l’Amour est toujours valable car ce Traité théologique est aussi le fruit de son expérience de chrétien, d’homme habité de l’amour de Dieu. Nous aurions certainement profit à tirer de relire ces œuvres de ces auteurs qui nous enseignent finalement l’art d’aimer selon l’Evangile. Alors goûtons à la source de leur enseignement dès que nous le pouvons, ne nous en privons pas !
L’Evangile de ce dimanche se conclut sur ces paroles : « Ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres ». N’en restons pas à de pieuses intentions, mettons en pratique la Parole de Jésus. C’est la vraie joie qui alors nous attend, joie pour nous, joie pour les autres, joie du Royaume de Dieu POUR CEUX QUI AIMENT. Amen.