C’est par un repas que nous entrons résolument dans la semaine sainte, ce repas qui est comme l’annonce du dernier repas de Jésus avec ses disciples…

Pour l’heure, il est avec ses « amis-disciples », Lazare, Marthe et Marie, qui l’ont invité, non pas pour un « repas du souvenir » mais pour un festin de joie.

Si ce repas est comme le coup d’arrêt de mort pour Jésus, il est le théâtre des deux attitudes fondamentales de l’humanité en face de Jésus :                                       celle de Marie qui s’ouvre à l’amour et celle de Judas qui se ferme à l’amour.

Regardons d’abord celle de Marie. Dans son excès de reconnaissance pour le cadeau de son frère réveillé de la mort par la puissance de vie de Jésus, elle offre à Jésus ce nard de grand prix.  Le don appelle le don, gratuit, total. L’amour appelle l’amour. En effet, ce type de parfum était conservé dans une amphore scellée qu’il fallait briser pour l’ouvrir, ce qui excluait d’en garder une petite part. Marie a nécessairement tout donné.  En mettant devant nos yeux, en ce lundi saint, ce geste de Marie, la liturgie de l’Eglise présente l’attitude qui doit être la nôtre durant cette semaine et aussi pendant toute notre vie, celle d’un amour reconnaissant devant la gratuité de l’amour de Dieu.

 

Regardons maintenant l’attitude de Judas. Voilà qu’il se trahit d’emblée, il se dévoile comme un cœur tortueux qui n’est plus capable de voir ce qui est bon mais qui juge à l’aulne de son cœur enténébré et voleur. Il est curieux d’observer que les gens qui font des réflexions décalées se jugent souvent eux-mêmes…

Et pourtant, voilà que Judas, en creux, nous apprend qu’il ne peut y avoir de séparation et d’opposition entre l’amour et le service du Christ et l’amour et le service de celui de nos frères et sœurs. « Tout ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, dit Jésus, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Pour nous préparer à recevoir le don de Notre Seigneur, il n’y pas de meilleure manière que de lui donner sans réserve tout ce que nous avons de meilleur. Le parfum le plus délicat et le plus précieux que nous pourrons lui offrir est sans aucun doute celui de notre action de grâce pour le don de sa vie pour nous, celui de notre adoration reconnaissante devant le mystère de son amour infini pour nous.

 

Oui Seigneur, donne-nous de nous décentrer de nous-mêmes et prépare nous à t’accueillir sans réserve, comme tu te donnes à nous sans réserve.

 

Amen

 

Frère Marie-François Perdrix