Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc  (Lc 16, 10-13)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :

« Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. » – Acclamons la Parole de Dieu. 

Homélie 25ème Dimanche (TO) 18-9

 Lorsque le Christ nous demande de choisir entre Dieu et l’Argent, il prend des risques.

Car le moins qu’on puisse dire c’est que le combat est d’inégale valeur : l’argent, tout le monde s’y intéresse…

Tandis que Dieu, même si beaucoup n’ont rien contre, apparemment ça ne les passionne pas outre mesure !

Nous le savons bien : nous sommes dans un monde où la grande référence c’est l’argent, la réussite matérielle. Au niveau d’une entreprise ce qui compte c’est la rentabilité, le profit : peu importe ce qu’on produit ou ce qu’on vend… peu importe les problèmes humains, les licenciements. D’ailleurs une entreprise qui ne joue pas ce jeu-là est vite condamnée à disparaître ! …

Et dans toute notre vie en société, dans nos rapports les uns avec les autres, parfois même jusqu’en famille, c’est souvent l’argent qui pèse lourd. Le dieu argent peut dormir tranquille sur ses 2 oreilles : ses affaires sont prospères et ses serviteurs particulièrement dévoués et inventifs !

Faut-il dire pour autant que l’argent est mauvais et que le Christ nous demande de vivre dans la misère ?  Dans la misère : non ! Dans une relative pauvreté, certainement ! Car, pour le Christ, posséder trop d’argent ou de richesses c’est toujours très dangereux !  Ce qui ne veut pas dire pour autant que c’est l’argent en lui-même qui est mauvais : finalement il est la pire ou la meilleure des choses suivant l’usage qu’on en fait.

L’argent est la pire des choses quand on en a trop ou qu’on le gagne sur le dos des autres. quand on lui sacrifie la vie de famille, la santé ou le temps de dialoguer, pour en avoir toujours plus.  Il est la pire des choses quand des enfants ou des jeunes en arrivent à juger leurs parents, leurs grands-parents, leur parrain ou leur marraine sur l’argent qu’ils leur donnent ou sur les cadeaux qu’ils leur font. Il est la pire des choses quand il devient la valeur suprême pour laquelle on consacre toutes ses énergies !

Mais l’argent peut être aussi quelque chose de formidable quand on le met au service des autres. C’est, par exemple, l’argent que gagnent des parents pour qu’il y ait du pain sur la table, pour que les enfants, les jeunes puissent aller à l’école, avoir une formation, apprendre un métier…   C’est l’argent pour inviter les amis…  C’est le temps partiel ou le mi-temps que certains choisissent pour permettre une embauche ou consacrer davantage de temps à la vie de famille, à une association ou encore à l’accompagnement d’un club ou d’un groupe de caté.

C’est l’argent que des jeunes essaient de gagner pour être moins à la charge des parents. C’est l’argent qu’ils mettent en commun dans les loisirs pour que tous puissent participer, même celui ou celle qui est au chômage. C’est l’argent du partage et de la solidarité que l’on verse régulièrement à telle ou telle association caritative. C’est la cotisation que l’on paie pour que vive l’organisation ou le mouvement dans lesquels on milite. C’est aussi le temps que l’on donne gratuitement, les risques que l’on prend, tout ce qu’on est prêt à sacrifier pour les autres…

Ainsi « Choisir entre Dieu et l’Argent », ce n’est pas mépriser l’argent ou y renoncer. C’est le mettre au service de ce qu’on a de plus précieux au monde : la vie de famille, l’amitié, le partage, le combat contre les injustices, la lutte pour qu’il soit mieux partagé entre tous. Aussi, prendre le temps de s’interroger de temps en temps pour voir quelle place tient l’argent dans notre vie, et au service de quoi et de qui nous le mettons, ce n’est pas une question bassement matérielle : c’est, au contraire, un point de repère essentiel pour mesurer d’où en est notre fidélité à l’Evangile.

Et cela rejoint la parabole du début de l’Evangile quand le Christ semble faire l’éloge du gérant malhonnête. Ce n’est pas sa malhonnêteté qui est louée, mais son habileté. Et le Christ nous dit : « Regardez toute l’énergie et l’imagination dont savent faire preuve ceux qui veulent s’enrichir en magouillant ! Alors, vous aussi, sachez vous démener, faire preuve d’imagination, d’organisation, pour gérer honnêtement toutes les richesses, toutes les ressources qui sont entre vos mains. pour permettre à tous d’avoir une vie respectueuse de leur dignité de fils et de filles de Dieu ! » 

Finalement le Christ nous confie une formidable mission :

celle d’arracher de nos cœurs et du cœur des hommes la soif de posséder toujours plus, afin de semer à la place le partage, le don de soi, la solidarité.

Pourra-t-il compter sur nous ? 

  AMEN !

Père Bernard Trohel