Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 11, 1-13)

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » Il leur répondit :

 « Quand vous priez, dites : ‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. »

Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.’ Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose’. Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » – Acclamons la Parole de Dieu. 

Homélie 17ème Dimanche Ordinaire « C »   23-24 juillet 2022

              « Seigneur, apprends-nous à prier ! »

Je crois que c’est bien la même demande que nous pouvons adresser au Christ, car la prière, ce n’est jamais quelque chose de facile ou d’évident.  surtout aujourd’hui où beaucoup, même parmi les chrétiens, se demandent si ça sert encore à quelque chose de prier !

Et voilà que le Christ nous redit : « Quand vous priez, dites Père » ! Combien de dizaines et de centaines de fois n’avons-nous pas dit ce mot de « Père » ? Combien de millions et même de milliards d’hommes et de femmes, de jeunes et d’enfants ne l’ont-ils pas répété depuis 20 siècles, depuis que le Christ lui-même nous a dit : « C’est ainsi qu’il faut prier ! »

Savoir dire « Papa, Maman », c’est ce que l’on apprend en premier à un enfant, parce qu’on sait bien que c’est cela le centre, le cœur de toute vie de famille. C’est cela qui permet à cette vie de famille de tenir envers et contre tout. Combien de jeunes qui, à un moment donné, se sont éloignés de la maison à cause des études, du travail ou en raison de difficultés de dialogue, sont heureux de pouvoir un jour revenir se jeter dans les bras de leurs parents en leur disant ces simples mots : « Papa, Maman ! »

Pouvoir s’adresser à Dieu pour lui dire « Père », c’est simple, c’est beau, c’est prodigieux ! C’est ce qu’il y a de plus profond dans ce qui unit les croyants.

Mais c’est aussi un mot qu’on ne peut pas prononcer à la légère, car oser ensemble appeler Dieu « Notre Père », ça veut dire que ça nous engage à vivre en frères avec tous… ça veut dire que nous avons un esprit commun, une solidarité qui nous lient aussi profondément que les frères et les sœurs d’une même famille, quels que soient nos différences, nos incompréhensions, nos affrontements peut-être ! … Quand nous disons « Notre Père », sommes-nous vraiment prêts à vivre en frères avec tous ?

Comment oser dire « Que ton règne vienne », quand nous rejetons ou que nous expulsons certains, quand nous restons indifférents aux injustices, quand la misère des autres ne nous empêche pas de dormir, quand nous laissons des peuples entiers s’entretuer ou mourir de faim ?

Comment oser dire « Pardonne-nous nos torts comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui ont des torts envers nous ! », quand nous nous brouillons si facilement ?  Quand nous avons tant de mal à faire le premier pas pour nous réconcilier ? Et si Dieu nous prenait au mot ? S’il ne nous pardonnait pas plus que nous-mêmes nous savons pardonner ?                                                                             

Et on pourrait prendre ainsi chaque mot de cette prière que le Christ nous a donnée, pour constater que nous sommes souvent loin, très loin de vivre ce qu’elle exprime…

Alors, est-ce que ça veut dire que ça ne sert à rien de prier, ou même que c’est hypocrite, malhonnête ? Je ne crois pas ! Au contraire, je suis convaincu que si nous savons prier avec un cœur assez humble, assez pauvre pour reconnaître tout le chemin qu’il nous reste à faire, si nous prions avec sincérité. alors la prière, en particulier le « Notre Père » ça peut à la longue nous transformer, nous aider à devenir moins indifférents, plus ouverts aux autres, plus fraternels…

Car, nous dit encore le Christ : « à force de demander, on finit par obtenir … A force de prier, on finit par être exaucé ! » On finit par s’ouvrir à son Esprit qui est capable de nous entraîner beaucoup plus loin que nous ne l’aurions pensé ! …  D’ailleurs, nous savons bien que si nous ne réalisons pas toujours des merveilles, ça nous arrive quand même à certains jours d’avoir un cœur généreux. Ça nous arrive de penser aux autres et même de lutter avec eux pour que ce monde soit un peu moins inhumain, pour que la vie soit un peu plus belle pour tous ! ça nous arrive quand même de pardonner et de refaire confiance…

Alors, Seigneur, donne-nous l’envie et la force de prier !

Car la prière, c’est comme la vie de famille :

on en a de plus en plus besoin pour vivre ! 

AMEN !               

Père Bernard Trohel