Légende ou histoire

Définir les mots

Légendes : ce sont des récits à caractère merveilleux qui transforment les faits historiques, tantôt par l’imagination populaire, tantôt par l’invention poétique, parfois pour des raisons que l’on peut dire politiques.
Histoire : elle repose sur des faits avérés, des écrits, des recoupements.
Miracle : c’est un fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine.
Savoir que l’Eglise catholique est très prudente. Si on prend l’exemple des miracles de Lourdes : 70 sont reconnus par l’Eglise catholique depuis 1858.

 

Imaginons un nouveau paroissien pénétrant pour la première fois dans la basilique Notre-Dame des Miracles de Mayenne
Dans une chapelle sud de l’abside il découvre une statue de Notre Dame des Miracles. Il y rencontre, si c’est en journée quelques fidèles, si c’est après un office, leur nombre en est plus important.
Une prière lui y est proposée : « Vous permettez à vos enfants de pleurer devant Vous, Mais Vous leur dîtes alors d’espérer, Nous Vous confions nos peines, nos soucis, nos regrets, nos désirs et par Votre intercession, nous attendons avec assurance la bienveillance de Dieu ».
Un cahier d’intentions recueille les peines, les demandes de guérison ou de réussite aux examens, le règlement de soucis familiaux….

Ses premières questions ?
Les pèlerins sont-ils exaucés ?
Des Mercis sur des ex-voto dont quelques-uns précisent à Notre-Dame des Miracles.
Comment en prouver la véracité ?
Ces remerciements peuvent être très récents (2019), prouvant la vitalité du lieu.

Ce culte est-il ancien à Notre Dame de Mayenne ? On pourrait le croire vu la ferveur et sa place dans l’église, mais la statue de Notre Dame des Miracles n’est installée (à l’origine sur le pilier de l’entrée Nord du chœur, côté évangile à l’époque) que depuis le 17 octobre 1897.

Cette église porte-elle le nom de ND des Miracles depuis longtemps ?
On parle d’abord d’une chapelle Ste Anne, puis en 1124 de l’église Ste Marie puis de Notre-Dame. La paroisse actuelle ne se dénomme d’ailleurs que Paroisse Notre-Dame – Saint-Martin – Moulay.

Le titre de basilique mineure accordée par un « bref apostolique » du Pape Léon XIII le 15 mai 1900 est-il en lien avec le culte à Notre Dame des Miracles.
*« Bref apostolique : acte administratif d’Église, appelé ainsi à cause de sa brièveté. Ne contenant ni préambule, ni préface, il ne comporte que ce que le Pape accorde ou autorise par dérogation ».
La statue est donnée à la paroisse en 1897. Le Chanoine Patry a tenu compte de sa présence à Notre Dame dans sa demande, évoquant un culte remontant au XVIIème siècle à Mayenne mais ce n’est pas le seul motif précise l’abbé Angot. Cela tient aussi à l’ancienneté de l’édifice. Les papes avaient accordé quelques privilèges et indulgences à cet édifice. Dans le « Bref » on parle de l’église de la Bienheureuse Vierge Marie Notre Dame. Par contre les armes de la basilique comportent bien en son centre Notre Dame des miracles.

La statue qui se trouve dans cette chapelle de l’abside est-elle la statue d’origine ?
Déclarée Monument Historique, la statue originale a été mise en lieu sûr, ne sortant que lors des fêtes mariales. Une copie photo se trouve sur un pilier à l’entrée du chœur. Une interprétation a été réalisée par le sculpteur Alain Legros en 2004, le père Jean-Luc Roblin étant alors curé de la paroisse.  C’est cette sculpture qui orne actuellement la chapelle

Alors pourquoi une telle vénération mariale au travers de cette Notre Dame des miracles à Mayenne ? Et pourquoi cette nouvelle interprétation en ce début de XXI siècle ?

I. La légende

On rapporte une arrivée vers 1630-1640 au couvent des Calvairiennes
Une statue apportée, tôt un matin d’hiver à la tourière du couvent des Calvairiennes par un paysan exténué sur cheval épuisé, venant donc de loin, mais pas d’autre témoin.

« C’est un cadeau de mon maître et vous trouverez dans l’enveloppe les renseignements que vous désirez ». Mais rien dans cette enveloppe sinon un simple billet avec « Pleurez, mais espérez ».

La statue fut remisée puis vu son aspect artistique, exposée dans la chapelle du couvent. Les difficultés des religieuses s’estompant, les religieuses en viennent à l’appeler ND des Miracles. Les mayennais informés des œuvres, viennent nombreux prier devant cette statue.

Pour Grosse Dupéron, historien mayennais, il s’agit d’une légende.

 

II. Que nous disent les faits historiques ?

Sur la date possible de l’arrivée de cette statue ? La légende la situe entre 1630-1640.
Les Bénédictines du Calvaires sont arrivées à Mayenne en 1624, plantation de la première croix en 1625 ; première pierre pour le couvent le 7 juin 1626 et ouverture du couvent chapelle et un dortoir le 3 novembre 1629.
Les religieuses sont bien là dans ladite période.

Sur les difficultés que rencontrent dans un premier temps les sœurs du Calvaire à Mayenne ?

Difficultés financières : Le fondateur René Pitard qui avait promis 20000 livres et la métairie St Antoine se montre moins généreux après la mort de sa femme la pieuse Jeanne Héliand et le refus du Calvaire de recevoir sa fille illégitime qui n’a guère la vocation.
De plus la population ayant déjà le couvent des capucins à soutenir n’aide guère ces religieuses qui ont un fondateur pour les aider.

Difficultés d’installation : les premiers travaux se montrent de piètre qualité.

Difficultés avec la population mayennaise : L’emplacement du Calvaire amène à occuper un bout du cimetière Saint Antoine : refus des mayennais. Emeute contre les calvairiennes le 18 avril 1638 : la chapelle est envahie à la limite du pillage et à la nuit des personnes rentrent dans l’enclos et brisent des fenêtres.

Sur un don anonyme invitant les religieuses à prier et à espérer ?
Ecartons l’ironie ou la moquerie envers des religieuses qui malgré la rigueur bénédictine de leur vie quotidienne sont encore invitées à prier davantage. La population, ne comprend pas toujours l’austérité de « ces pleureuses permanentes au pied du Calvaire… des sauvages dont l’abord à moins d’attraits que celui des barbares ». Citation reprise par Gaston Chérel dans Les calvairiennes de Mayenne.
Soulignons plutôt le soutien à ces religieuses, symbole, avec d’autres ordres de la Contre-Réforme catholique prônée par le Concile de Trente (1543-1563) : lutte contre le relâchement des ordres monastiques et retour aux observances. D’ailleurs dans le diocèse du Mans, fondation de 23 maisons religieuses nouvelles entre 1601 et 1637. Et puis c’est le seul couvent féminin installé à Mayenne dans ces temps-là.

Sur l’amélioration de leur situation après 1640 ?

Financièrement ? Leur fondateur René Pitard, sieur d’Orthe et de Beauchêne, meurt en 1631. Procès avec les héritiers mais le tribunal donne raison aux religieuses pour les sommes dues.

Avec la population ?
Une transaction épargne le cimetière et la ville percera une nouvelle rue en achetant maisons et jardins. La rue du Calvaire sera financée par un droit de vinage (un sou par pot de vin consommé à Mayenne).
Des jeunes filles mayennaises deviennent élèves pensionnaires.

Sur les vocations ?
Les religieuses plus nombreuses, jusqu’à 27, qui apportent chacune une dot.

Des travaux d’agrandissement et d’embellissement ?
La chapelle est consacrée le 5 septembre 1655 et le retable de Pierre Biardeau est construit en 1668.

 

III. Le Calvaire sera-t-il désormais à l’abri de tout ennui grâce à Notre Dame des Miracles qui a pris place dans la chapelle des calvairiennes dédiée à Notre-Dame de la Compassion ?

Les finances des religieuses victimes de mauvais placements
Dans la banque de Law en 1720 par exemple

Des religieuses touchées par le jansénisme combattu par l’église catholique.
L’évêque du Mans en vient à encadrer les confesseurs des religieuses. Seul le curé de St Martin, François-René Barbeu-Dubourg y est autorisé. Des sœurs préfèrent mourir sans recevoir les sacrements. Quelques religieuses sont déplacées vers d’autres couvents (Loudun, Vendôme, Poitiers). Il faut inciter les religieuses à communier plus fréquemment.
Conséquence une crise qui fait baisser le recrutement.
(Mais le jansénisme favorise sans doute le culte à ND des Miracles : Importance de la grâce divine pour être sauvé, Importance du miracle, du merveilleux)

La Révolution n’épargne pas les calvairiennes.
Fermeture du Couvent le 29 septembre 1792, pillage le 27 juin 1793, internement des religieuses en 1794 mais pas de décapitation pour les 22 religieuses calvairiennes.

Qu’est alors devenue la statue de ND des Miracles ? Cachée ? Disparue ne restant plus que dans les mémoires ?

IV. Une deuxième vie pour Notre-Dame des Miracles

Sauvée dans un premier temps par trois anciennes élèves du couvent.
Les 3 filles de René Lemesnager et de Catherine Balloche s’inquiètent, au moment des pillages de juin 1793, du sort de la statue et la font enlever discrètement une nuit par un domestique de confiance.

La statue reste ensuite dans la famille
Le couvent des calvairiennes de Mayenne ne renait pas après la Révolution et les sœurs gagnent d’autres couvents. La statue fait alors partie de l’héritage dans la famille Lemesnager.

Les travaux historiques de Grosse Dupéron, l’action du chanoine Patry amènent Virginie-Marie et Clémence, les héritières, à être prises d’un grand sentiment de « générosité, de zèle et de piété ». C’est à l’église Notre Dame que les mayennais retrouvent Notre Dame des miracles au cours d’une « belle » cérémonie le 17 octobre 1897

Un culte s’établit à Notre Dame devenue basilique en 1900
Son importance
On la prie pendant la guerre 14 18 mais il y a aussi la dévotion au Sacré cœur, à Thérèse de Lisieux.
On la prie pendant le bombardement. Mme Peslier, une mayennaise : « j’invoquai Notre-Dame de Pontmain et Notre Dame des Miracles ». Cf mémoire de Thomas Touint, Université de Caen – La vie dans les ruines de Mayenne.

 Elle aurait pu être victime du bombardement de Notre Dame le 9 juin 1944 .
Effondrement, mobiliers détruit dans la basilique. Quid de La vierge qui se trouve dans le chœur ? Elle est retrouvée presque intacte le lendemain dans les décombres par l’évêque de Laval, Mgr Richaud, venu constater les dégâts.

Conclusion 
De nouvelles approches au XXIème siècle.

Avec le père Machard en 2000, des fresques dans le chœur. Au centre Notre Dame des Miracles avec 3 dates, enracinant ce culte dans le temps et mettant cette représentation en lien avec le sacrement de l’eucharistie. Il ajoute, dans le commentaire, « cette vierge nous invite à célébrer l’Eucharistie de son fils ».
(Chez les jansénistes par contre, la Sainte Table était inaccessible aux pécheurs, mais aussi très souvent à tous les fidèles en état de grâce).

Avec le père Roblin en 2004, la vierge, œuvre de Alain Legros inspirée de la statue originale, met en valeur la noblesse de Marie (couronne, manteau) et sa compassion (tendresse maternelle et tête penchée sur celui qui l’invoque).  Ce regard plus contemporain parle aux nouvelles générations qui n’en avaient qu’une représentation photographique.

Avec le père Pierre-Marie Perdrix qui souhaite la faire voyager sur la rivière à l’automne 2022, il s’agit de donner une visibilité à l’histoire de Notre-Dame des Miracles et surtout à la communauté paroissiale de Mayenne, dans une tradition vivante.

Statue originale de Notre-Dame des Miracles