Frères et sœurs, nous voici rassemblés pour célébrer ensemble la Fête-Dieu, c’est-à-dire le mystère de l’Eucharistie, la présence du Corps et du sang du Christ dans le pain et le vin consacrés au cours de la messe.

                Pour cette fête, la liturgie nous a fait entendre un extrait de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, une lettre écrite vers l’année 55, soit environ seulement 50 ans après la mort et la résurrection de Jésus, cela veut dire que 25 ans plus tard, c’était déjà une coutume établie pour les disciples de Jésus, de se réunir le dimanche pour célébrer l’Eucharistie. Dès après le départ de Jésus, les disciples ont voulu faire ce qu’il leur avait demandé lors du repas du Jeudi Saint : « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Ils n’ont pas tardé à se retrouver ensemble pour se souvenir de Jésus, en partageant la Parole et le Pain. C’est d’ailleurs à cause de cela que les gens d’Antioche les ont appelés chrétiens, parce qu’ils se réunissaient le dimanche pour célébrer le Christ mort et ressuscité.

                Comme Evangile, comme Bonne Nouvelle, la liturgie nous a fait lire le récit de la multiplication des pains, tel que raconté par saint Luc. Ce récit, lui aussi, évoque l’Eucharistie, il y est écrit : « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. » Ce sont là des paroles que nous disons à chaque messe. Saint Luc qui a écrit son évangile vers l’année 85, plus de 50 ans après l’événement, présente le miracle de la multiplication des pains comme une annonce de l’Eucharistie. Cela signifie que dans les communautés chrétiennes, on mettait un lien entre l’Eucharistie et tout ce que Jésus avait dit et fait, et avec sa présence dans leur vie. Dès le début de l’Eglise, l’Eucharistie a été vécue comme étant ce signe qui relie la foi des chrétiens à l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus, ce signe qui dit la réalité de sa présence au milieu des siens, ce signe qui renouvelle sans cesse l’espérance de son retour dans la gloire à la fin des temps. « Il est grand le mystère de la foi : nous annonçons ta mort, nous proclamons ta résurrection et nous attendons ta venue dans la gloire. »

                La parole de Dieu proclamée aujourd’hui nous redit l’importance de l’Eucharistie pour vivre un lien réel, avec le Seigneur Jésus, pour que sa présence éclaire et guide notre vie. Il y a là une réalité qui est fortement affirmée par le Nouveau Testament et aussi par la vie du peuple chrétien depuis plus de vingt siècles. Au cours de la vie chrétienne, de la vie de l’Eglise, il y a toujours l’Eucharistie : c’est donc le lien qui est établi entre l’Eucharistie et la charité fraternelle. La communion avec Jésus est inséparable de la communion avec les autres : pour être vrai, le lien des disciples avec Jésus exige que le même lien existe entre eux et le prochain. A l’époque des Apôtres, on ne connaissait pas le mot « messe » pour parler de la célébration eucharistique, on disait la Fraction du pain.

                Le pain que Jésus donne à ses disciples, c’est Lui-même et le pain qu’il attend d’eux, c’est l’amour. C’est une vie caractérisée par l’attention aux autres, le service. Si l’Eucharistie est un appel à l’écoute et au partage, il faut reconnaître qu’il n’est pas nécessaire d’être baptisé pour avoir le sens du partage, de la générosité, de la vie fraternelle. Reconnaissons aussi cependant que l’Eucharistie vient donner leur dimension chrétienne à tous nos gestes de charité, de service, de partage. Notre participation à l’Eucharistie du dimanche vient manifester notre désir de vivre notre vie de chaque jour de la semaine en union avec le Christ et avec l’Eglise, la communauté de ses disciples. AMEN.