Evocation de la vie du Père Eugène BARBEDETTE et de Françoise RICHER, au cimetière de Châtillon sur Colmont, le 17 janvier 2021, au jour anniversaire du 150° anniversaire de l’apparition de Notre Dame à Pontmain. P. PM Perdrix.

 

Voici le résumé succinct de la vie des voyants de Pontmain :

Eugène BARBEDETTE est né le 4 novembre 1858, à Mayenne.

Il est le premier à apercevoir la Belle Dame.

Il devient prêtre. Il est ordonné en 1883. Il est nommé vicaire à Renazé en 1883, puis à Notre-Dame de Laval en 1897, curé à Peuton en 1899, puis en 1910 à Châtillon-sur-Colmont (17 ans). Il a laissé le souvenir d’un prêtre « droit, zélé, fervent et intransigeant ».
Il meurt le 2 mai 1927, à 68 ans. Il est enterré dans le cimetière de Châtillon-sur-Colmont.

 

Françoise RICHER est née en 1861.

Elle reste ce qu’elle est au moment de l’apparition : une âme profondément chrétienne, accomplissant simplement sa tâche de chaque jour « pour faire plaisir au Bon Dieu et à la Bonne Vierge ». Elle gagne sa vie comme domestique en Bretagne, puis comme aide-institutrice à Entrammes, puis vers 1900, elle devient gouvernante de l’abbé Eugène Barbedette. Elle meurt le 28 mars 1915. Elle est enterrée dans le cimetière de Châtillon-sur-Colmont.

 

Je voudrais simplement mettre en valeur quelques points, sur la base du livre « Pontmain, histoire authentique, un signe dans le ciel R. Laurentin A. Durand, 1990 » :

 

1. Le sourire de la Vierge.

Cette vision de l’apparition aura profondément marquée la vie des 4 voyants. Les frères Eugène et Joseph deviendront prêtres, Jeanne-Marie LEBOSSE, sœur de la Sainte Famille de Bordeaux, Françoise RICHER, laïc donnée pour les autres comme domestique, puis aide-institutrice, enfin gouvernante du Père Eugène.

Et pourtant, Eugène  ne voulait pas parler de l’apparition, sinon par devoir ou par obéissance

Pourquoi ? Parce qu’il était trop ému. Sa sévérité cachait une sensibilité vive. Quand il commençait le récit de l’apparition, il avait du mal à terminer. Il ne pouvait pas toujours contenir ses larmes. Il aimait passer le 17 janvier, retiré dans son presbytère et « se consacrer à l’action de grâce qui dominait sa vie ».

Pourquoi ? Parce que le privilège de voyant n’entamait pas son humilité. Il vécut une vie sacerdotale dans la simplicité, sans rechercher l’exceptionnel. C’est la Visiteuse inattendue qui est venu à lui. Il est demeuré dans l’humble quotidien du ministère avec l’Evangile comme compagnon de route.

Eugène est le premier voyant qui aura vu « la belle dame » lui sourire. Il aura été profondément marqué durant toute sa vie et par la joie de la Vierge et par sa tristesse. Le faire-part du décès du P. Eugène évoque ce sourire du ciel : « Il est allé revoir le sourire de Marie qui dans le ciel de Pontmain l’avait appelé son enfant », et ce qu’il avait, lui-même, dit au lendemain de l’apparition : « Ah, si j’avais eu des ailes…. » et ce qu’avait dit Ste Bernadette : « La sainte Vierge, elle est si belle que lorsqu’on la vue une fois, on voudrait mourir pour la revoir ».

Et nous, comment recevons-nous ce récit de Pontmain ?

Et nous, en pèlerinage sur cette terre, comment entretenons-nous le désir du Ciel ?

 

2. Comment comprendre ces qualificatifs «droit, zélé, fervent et intransigeant ».

Il faut le comprendre avec son temps. Mme Barbedette était sévère. Les exigences en éducation étaient fortes. Les temps étaient difficiles en cette fin de XIXeS. et le début du XXeS. C’est le temps des oppositions école privée et école publique. Avec le Syllabus, Pie IX avait condamné un certain nombre d’erreurs entachées de naturalisme et de rationalisme. C’est le temps de la lutte en France du clergé contre l’anticléricalisme. 1905, c’est le temps de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Exemple d’intransigeance, le P. Eugène refusait les sacrements à qui ne mettait pas ses enfants à l’école libre. Ce qui faisait dire à une paroissienne de Châtillon à qui le P. Eugène refusait la 1ère communion de sa fille : « Il a vu la Ste Vierge, mais sûr que maintenant il ne la verrait pas » ! Une anecdote qui va avec : « Peu avant sa mort, on lui mit des sangsues. Plusieurs en moururent. Il dit fièrement : ‘’Quand on mange du curé, on en crève’’ ».

Mais tout cela est à remettre dans un contexte. Beaucoup disaient « sévère mais juste ». Il a toujours bien administré ses paroisses. Sa rigueur n’était pas sans ouverture. C’était un prêtre zélé. Par exemple, à Renazé, il développa si bien le sens de la justice chez les fendeurs d’ardoise, que ceux-ci développèrent des grèves. Par exemple, lui qui avait réglementé l’aide aux pauvres un jour par semaine se laissait cependant attendrir certains autres jours non ouvrables. Par exemple, il multipliait les initiatives pastorales comme de recevoir les conscrits avant qu’ils ne partent au service militaire.

Et nous, quels sont les qualificatifs que nous donnent les personnes qui nous connaissent ?

 

3. Tout le monde pensait qu’il allait être enterré à Pontmain, avec son frère Joseph.

Deux ans avant sa mort, le P. Eugène exprime sa volonté d’être enterré au milieu de ses paroissiens. Il se révèle pour toujours pasteur solidaire avec ses ouailles. A la vie et à la mort ! Quel beau signe !

Et nous, quels sont nos solidarités fondamentales ?