Voilà un titre qui sonne comme les cloches au temps de Pâques ! Oui, faire un don en nature (de sa disponibilité, de son savoir-vivre, de ce qui vient du plus profond de soi…) ou en argent sonnant et trébuchant, voire mieux en billets verts, ou par chèque paraphé de la plus belle des signatures vient qu’on le veuille ou non, révéler une part de nous-mêmes.

 

En effet, chaque fois que je donne, ou à l’inverse que je refuse de donner, parfois pour des raisons légitimes (ma famille réclame que je lui accorde tout mon temps en cette période, mes ressources sont insuffisantes pour le moment, j’ai des dettes à rembourser qui ne peuvent attendre…) dit ce que je suis en mon humanité. Donner ne regarde pas seulement la nature du don et la personnalité des bénéficiaires, si importants soient-ils, mais il révèle d’abord le cœur du donateur.

 

Parce que donner, c’est aussi recevoir

Donner à l’occasion d’une offrande, d’une sollicitation pour une œuvre sociale ou religieuse (pensons au Denier de l’Eglise) met donc au jour bien des raisons cachées. Je peux ressentir de la joie ou de la peine, par exemple. Joie d’être un artisan volontaire du bonheur des autres, peine de me dessaisir du fruit de mon travail parfois si durement gagné. Pourtant, comme le dit la Bible, « donne avec joie », et tu verras que ton cœur en sera renouvelé. Car donner de son temps comme bénévole, de ses biens matériels pour le prochain dans le besoin, libère en fait un processus où celui qui donne est aussi celui qui reçoit. Les bénévoles du Secours catholique me le disent souvent : « Aider ceux qui traversent des difficultés me donne de voir ma vie autrement, de découvrir le bonheur d’avoir une famille, des enfants, un travail, des amis, un toit, la santé … ». Donner fait soudainement percevoir la richesse du quotidien que l’habitude peut parfois voiler d’une pesanteur d’ennui. Partager la misère des autres, au sens de compatir (étymologiquement : « souffrir avec ») fait que donner devient presque une nécessité où je reconnais l’autre dans son appel.

 

Coup de tête ou acte réfléchi ?

Le don est toujours aussi un effort sur soi. Car la nature humaine se considère souvent soi-même en premier avant de voir l’autre dans ses problèmes et ses besoins vitaux, comme dit le proverbe classique, « charité bien ordonnée commence par soi-même ». C’est là le péché originel qui peut toucher l’acte de donner. On hésite à donner, à se donner, par peur d’être à son tour dans la nécessité ou parce que l’on se sent indifférent à ce qui vient toucher la vie de l’autre. Encore que l’on voit assez souvent des pauvres donner aux pauvres, parce qu’ils savent d’expérience ce qu’est la pauvreté. La démarche de donner peut-être spontanée ; donner sur un coup de tête, c’est lorsque l’on agit en un moment où la sensibilité vient mouvoir notre volonté. Le fait de donner peut également être le résultat d’une longue réflexion intérieure, où l’on prend en compte les conséquences de l’engagement que l’on pose : je donne parce que je sais que cela viendra améliorer la vie du prochain. On n’en reste pas à de belles pensées, on agit. Et c’est là toute la grandeur et la beauté de l’acte posé.

 

Est-ce que je veux bien donner pour celle qui m’a donné les réalités du Royaume ?

Lorsque je choisis de donner de mon temps, de mon argent, je m’inscris dans la longue lignée de celles et ceux qui ont compris la dimension communautaire de la vie. Il est toujours préférable d’ouvrir son cœur que de le fermer. Certes, il convient de donner librement, prudemment, avec justice, avec constance (pas seulement une fois en passant), avec charité et sans retour sur investissement, c’est-à-dire que le don est pure gratuité de soi. Bien des organismes nous sollicitent au point parfois de nous lasser, et parmi eux, il y a peut-être l’Eglise, la paroisse à laquelle j’appartiens. Posons-nous la question, une seule : est-ce que je donne de mon temps et aussi de mes biens pour l’Eglise qui m’a donné les réalités du Royaume des cieux (baptême, confirmation, pardon, eucharistie…) ? La réponse simple à cette question dira d’une certaine façon la générosité de ma vie chrétienne, de ma vie humaine.

Bon chemin vers Pâques, où le Christ, mort et ressuscité, se donne à tous, pour le salut du monde.

Père Raymond JULLIOT,
curé de la Paroisse Ste-Famille-sur-Oudon.