Aumônier hospitalier à Craon et Renazé, Christine nous livre son témoignage. Dans le silence, confidences, pleurs, temps de prière, ont permis de tisser des liens forts et d’unir les forces, pour prendre soin des plus fragiles. 

“Le 10 mars, la direction a suspendu l’entrée des bénévoles et des familles au sein de l’hôpital et de l’EHPAD. Le confinement a donc commencé plus tôt pour les malades et les résidents. Les animations en groupe se sont aussi arrêtées ainsi que les repas en salle à manger. La vie est devenue comme suspendue au sein de l’établissement… Peu de bruit, peu de mouvements dans les couloirs…

 

100% visite, visite, visite

Habituellement habillée en civil pour ma mission d’aumônier, j’ai dû adopter une nouvelle tenue : veste d’aide-soignante ainsi qu’un masque. Ce dernier met une barrière physique avec la personne visitée puisqu’il ne permet plus de voir les sourires ou toute autre expression du visage. Pas facile…

J’ai réparti mon temps entre Craon et Renazé mais très rapidement, une nouvelle contrainte est tombée : plus de déplacements entre les deux sites. J’ai été attachée au site de Craon. La bonne nouvelle était que j’allais avoir presque tout mon temps à consacrer aux visites puisqu’une partie de ma mission consiste à organiser et planifier tout ce qui concerne les bénévoles. J’ai donc pris ce changement à bras le corps ! Mais au bout de deux mois à ce rythme, la fatigue émotionnelle a commencé à se faire sentir. Visiter les malades de l’hôpital et les résidents de l’EHPAD est une expérience unique mais très « absorbante ». Entre chaque visite, il faut « remettre les compteurs à zéro » et entrer dans la chambre suivante, toujours avec le sourire et la même disponibilité,  comme si c’était la première de la journée.

Le programme de mes journées est : visites, visites, visites… En ce temps de confinement dans les chambres, elles sont riches de confidences, de temps de prière, de larmes, de résignation, de découragement mais aussi de rire et de joies partagées…                              

 

Chaque visite est un trésor 

L’absence des bénévoles de l’aumônerie se fait cruellement sentir chaque jour : je me sens bien petite pour visiter, seule, les nombreuses chambres ! Mais chaque visite est un trésor que je garde précieusement et que j’offre au Seigneur. Je ne suis qu’un instrument pour le servir. Ce passage de la prière que nous disons avant de partir en visite l’illustre parfaitement : « Habite-moi, Seigneur Jésus, efface-moi en Toi : rends-moi transparent à Ta présence et apprends-moi à être le sourire de Ta bonté. Car à travers moi, c’est Toi qu’au fond d’eux-mêmes ils peuvent rencontrer». Se laisser guider par l’Esprit Saint permet de vivre pleinement les visites et d’être toute tournée vers l’Autre.

 

Des liens désormais très forts pour prendre soin des plus fragiles

Les résidents et les malades étaient totalement isolés, prenant même tous leurs repas dans leur chambre. Les seuls contacts étaient avec le personnel soignant, l’équipe d’animation et moi-même. Le personnel d’animation s’est adapté en faisant des visites individuelles dans les chambres et en organisant de nombreux Skype pour les malades et les résidents.

En début de semaine, j’ai pu apporter des Rameaux bénis dans les chambres : quelle joie pour les résidents ! Les Rameaux ont dessiné des sourires sur les visages !

Ce temps de confinement m’a permis de tisser des liens plus étroits et plus profonds avec les malades et les résidents, mais aussi de renforcer les liens avec le personnel médical. Nous avons uni nos forces, au-delà des croyances des uns et des autres, pour prendre soin des plus fragiles.

 Christine Alix-Béghin – Aumônier Hôpital Craon/Renazé

L’aumônier hospitalier apporte un soutien indispensable aux malades.
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