La communauté protestante unie de la Mayenne a un nouveau pasteur. Une femme : Caroline Schrumpf. Pour la première fois depuis vingt ans, elle va habiter le département. Nous l’avons rencontrée.

 

La célébration d’installation s’est tenue dimanche 26 septembre sous la présidence de Jean-Luc Cremer, pasteur pour la région Ouest. Beau geste oecuménique qui trouve sa source dans un simple service rendu, c’est au coeur de la Maison diocésaine qu’elle s’est déroulée, parce que la rue de Cheverus à Laval où se trouve le temple était tout simplement occupée ce dimanche matin par le fameux “10km des écluses” ! 

Famille, amis, élus, représentants de l’Eglise catholique et autres Eglises ont entouré Caroline Schrumpf. On notait ainsi la présence de Jean-Luc Meulan, diacre permanent, en charge de l’oecuménisme dans le diocèse, et représentant l’évêque. Egalement la présence des trois petites soeurs franciscaines de Laval, dont la maison mère est à Nantes, et qui connaissent bien la communauté protestante de Loire-Atlantique. Il y avait aussi Vincent Buron, comédien et metteur en scène et son épouse Mireille, sculpteure, tous deux Lyonnais, d’origine mayennaise. Au total, une cinquantaine de personnes.

Caroline Schrumpf, pasteure de l’Eglise protestante,
entourée de Soeur Judith, Soeur Thérèse, et à droite, Soeur Monique,
religieuses franciscaines à l’issue de la cérémonie d’installation.

Rencontre avec Caroline Schrumpf

Véronique Larat : Qui êtes-vous Caroline Schrumpf ?

Caroline Schrumpf : J’ai 54 ans, je suis pasteure de l’Eglise protestante unie de France, nouvellement arrivée à Laval. Je suis mariée, j’ai 3 enfants jeunes adultes. Mon mari travaille dans une entreprise pharmaceutique à Angers.

V. L. : Comment est née votre vocation ? 

C. S. : Ma vocation est née très tôt, presque en même temps que mon cheminement de foi. Je suis née dans une famille protestante. Mais la foi est une démarche personnelle, qui demande un choix, un engagement. Parfois aussi une sorte de révélation… pour moi, cela s’est produit quand j’avais 15-16 ans, en lisant la Bible avec la responsable jeunesse de ma paroisse à Paris. J’ai fait tout mon caté, mais sans vraiment y croire. J’avais l’impression que l’église était pour les « vieux », en tout cas pas pour moi. Et puis, en m’interrogeant à l’occasion d’un décès d’un proche, en étudiant Blaise Pascal, en discutant avec cette responsable, une soif a surgi en moi. J’ai eu le désir de connaître cet ami dont elle parlait, qui l’accompagnait à tout instant, et qui lui semblait si proche… Jésus. Voila… ensuite, les études littéraires, puis la théologie et me voilà pasteur à 27 ans, dans ma première paroisse en Seine et Marne.

V. L. : Vous êtes installée en Mayenne, c’est la première fois depuis 20 ans qu’un pasteur demeure ici. Mais quel est votre territoire pastoral ? Notre histoire et notre culture locales font qu’il n’y a pas beaucoup de fidèles protestants unis en Mayenne. Comment vous retrouvez-vous ? A quelle fréquence ?

C. S. : Les protestants sont présents en Mayenne depuis la Réforme au 16e siècle, même s’ils ne sont pas majoritaires ! Oui, c’est la première fois qu’il y a un pasteur à temps plein habitant sur place. Notre territoire paroissial couvre l’ensemble du département de Mayenne. Depuis quelques années, notre Eglise a engagé une vraie dynamique « missionnaire » sur la région Ouest. Nous sommes plusieurs pasteurs envoyés pour implanter ou réimplanter des églises protestantes : à Rennes, à St Nazaire, à Pontivy, et à Laval. Pour le moment, l’église de Laval et la Mayenne se retrouve pour célébrer le culte tous les dimanches matins au temple. Nous sommes aussi en train de réfléchir à l’organisation d’une réunion de prière et d’un atelier biblique en semaine, pour retisser des liens entre nous.

V. L. : Dites-nous la journée d’un pasteur.

C. S. : Elle se partage entre la prière personnelle et la lecture de la Bible, la communication et l’organisation de la vie de l’Eglise (comme tout le monde, il me faut répondre aux mails!) et puis aussi l’accompagnement, les visites, la préparation des célébrations, l’animation des réunions. Mes journées sont en fait très variées et différentes, les unes des autres. C’est ce que j’aime particulièrement !

V. L. : L’Eglise protestante Unie rassemble aujourd’hui protestants réformés et protestants luthériens. Comment se passe cette union pour vous? Qu’est-ce qui vous a rassemblés, et pourquoi ? Quelles sont vos relations et quelles actions vivez-vous avec les autres Eglises protestantes ?

C. S. : Ce qui nous a rassemblés c’est clairement notre situation minoritaire en France et le besoin d’être plus forts ensemble. Mais aussi la prise de conscience de plus en plus claire que même si nos théologies peuvent différer sur des nuances, ce qui nous réunit est le plus important. D’ailleurs, dans beaucoup de régions (sauf à Paris et dans l’Est de la France), les paroisses luthériennes ne sont pas présentes, et donc de fait paroissiens réformés et luthériens sont déjà unis.
Pour moi la rencontre et la collaboration avec les autres églises protestantes, évangéliques, pentecotistes ou autres, est très importante. Je me réjouis de rencontrer prochainement les autres églises protestantes de Laval.

V. L. : Vous êtes une femme. Un tiers des pasteurs est de sexe féminin dans l’Eglise protestante unie. Cela interroge les catholiques. Sans entrer dans la dispute théologique, qu’est-ce qui justifie cette possibilité dans votre Eglise chrétienne ? 

C. S. : Dans notre Eglise, les femmes ont pu devenir pasteur à la fin des années 1960. Mais dès 1945, une femme exerçait un ministère pastoral. Notre vision du pasteur est certainement un peu différente de la vision du prêtre dans l’église catholique. Pour nous, être pasteur c’est une fonction, mais pas un état. D’ailleurs notre Eglise n’a pas de clergé au sens propre. Tous sont considérés comme laïcs, membres du peuple de Dieu. Le pasteur n’est pas un intermédiaire entre le Christ et l’Eglise. Même s’il (ou elle) assume un rôle spécifique au service de la communauté, d’enseignant, de théologien, d’animateur, de berger. Il n’exerce pas ce rôle tout seul, mais entouré d’un conseil presbytéral (d’anciens), élus par l’Eglise locale. C’est ce conseil, avec le ou la pasteur(e), qui assure de manière collégiale la direction spirituelle et matérielle de l’Eglise.

V. L. : Un message d’espérance à partager entre Eglises chrétiennes ?

C. S. : Mon espérance, en arrivant à Laval, c’est de pouvoir partager la bonne nouvelle de l’amour et du pardon de Dieu pour chacun et chacune. Je vois beaucoup de jeunes et de moins jeunes autour de moi, tourmentés par la vie, fragilisés par des épreuves, par la précarité sociale ou existentielle, par la peur de l’avenir. Je crois que Dieu n’a pas abandonné notre humanité, malgré nos erreurs, nos imperfections. Je crois que comme le prophète Jérémie l’a entendu dans un temps de crise pour le peuple de Dieu, une parole peut et veut nous rejoindre : Moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous; et je vous l’affirme: ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer (Jérémie 29, 11).

Propos recueillis pas Véronique LARAT,

Les oeuvres de Mireille étaient exposées toute la semaine dernière
dans le petit temple lavallois, rue de Cheverus.