Le Père Fernand PASQUIER, bien connu dans le sud de département, va avoir 100 ans ! Cela mérite bien une rencontre particulière avec le doyen des prêtres mayennais. Interview.

Un problème de carte d’identité

D’une mère originaire de Bazouges et d’un père de Saint-Fort, Fernand Pasquier a vécu à Quelaines, au lieu-dit la Chapelière, « il avait déjà là, une histoire de chapelle ! » dit-il avec sourire. C’est avec humour et humilité que le père Pasquier se confie et échange sur son histoire.  Il va atteindre l’âge canonique de 100 ans et il partage avec nous anecdotes et réflexions sur son parcours.

Première anecdote sur sa date de naissance, et il y a bien litige : le 3 décembre 1920 ou le 4 ? Sur la pièce d’identité est indiqué le 4 décembre et cependant « mes parents m’ont toujours dit que j’étais né le 3. Selon ce que l’on m’a raconté, mon père aurait été trop heureux et aurait un peu trop fêté cela ! » C’est donc avec humour qu’il nous confirme que la date unique à fêter est bien le 3 décembre !

 

Une famille pieuse :

Fernand a grandi avec une grande dévotion à Victoire Brielle, dite la Sainte de Méral. Ayant un lien de parenté avec sa mère, celle-ci l’invoquait souvent et invitait les enfants à la prier, surtout lors de maladies d’enfant. Il est dit que le corps de Victoire Brielle fut retrouvé miraculeusement intact en 1866, une vingtaine d’années après son ensevelissement au cimetière de Méral et que plusieurs guérisons par son intercession ont été reconnues. Les restes de Victoire Brielle reposent aujourd’hui dans le caveau de la chapelle Saint Joseph, édifiée à Méral en 1882-1884, c’est là que le petit Fernand et sa famille venaient se recueillir. Mgr Louis-Marie Billé, évêque de Laval (1984-1995), a d’ailleurs mis en place une commission d’enquête pour ouvrir à Rome, un procès de béatification. Le petit Fernand a donc été très tôt en contact avec la sainteté.

Père Fernand Pasquier en octobre 2020 

Vocation sacerdotale

Très jeune, il exprimait à tous, le souhait de « devenir Monsieur le curé ». Aujourd’hui, avec le recul, le père Pasquier se pose la question, en toute humilité, était-ce, déjà, un appel à une vocation ou une volonté de statut social ? Il ne le sait pas vraiment, ce dont il est sûr et certain, c’est que ce désir ne l’a jamais quitté et qu’il n’a jamais regretté son choix. Il a continué à grandir et entre à l’école élémentaire Saint-Louis de Gonzague, puis Saint-Michel et à l’âge de 16 ans et demi, il entre au Grand-Séminaire. Jamais ses parents ne l’ont ni poussé, ni empêché. Il a toujours été libre de ses choix, jusqu’au bout. Et pour affirmer aux yeux de tous, sa décision, huit jours après son entrée au Grand Séminaire, il a porté la soutane : il voulait être un clerc « entièrement » et afficher son choix. Une seule fois, il a eu des doutes sur sa vocation. La veille de son « sous-diaconat », il a passé une journée et une nuit de doutes et de questionnements. La peur l’avait envahi, il voulait tout arrêter. Sans doute mesurait-il l’importance de son engagement ! Le lendemain, tout était clair. Les doutes et les peurs avaient disparu. Il a été ordonné très jeune, à l’âge de 22 ans et demi, le 24 juin 1943, en pleine guerre.

Le Service militaire

Après son ordination, le père Pasquier a poursuivi ses études et n’a fait son service militaire qu’après la guerre. Pendant un an, il a formé les nouveaux cadres de la nouvelle armée française à Angers, puis au Camp du Ruchard, dans ce centre mobilisateur (CM 32), qui a servi de support et de terrain de manœuvre, le jeune Fernand a conduit un char d’assaut, tiré au canon, tiré au fusil. « C’était un camp très dur », nous a-t-il confié avec pudeur. Enfin, il est parti 6 mois à Rottendorf en Allemagne, pendant l’occupation. Il raconte ému, une anecdote : « C’était la veille de Noël, des membres de la garnison française sont venus me chercher pour que je célèbre la Messe de Minuit. La garnison était basée au Château de la Loreilei, lieu magnifique qui culmine à 130 mètres au-dessus du Rhin. Lieu lourd d’histoire aussi, c’est là qu’Hitler venait rencontrer les jeunesses Hitlériennes… » Les soldats lui ont offert une croix qu’il a toujours gardée et il dit sa messe encore aujourd’hui, tous les jours devant.

Le Retour en France

Trop jeune pour être seul prêtre dans une paroisse, le père Pasquier a été successivement surveillant au Petit Séminaire d’Evron, puis professeur d’éducation physique pendant 6 années, puis professeur pendant 6 ans au petit séminaire de Laval. Enfin, est arrivé le jour de devenir « Monsieur le curé » à Marcillé-la-Ville pendant 4 ans, puis Brecé pendant 4 autres années. Enfin, il a été curé de Bierné durant 24 années. Très heureux dans cette communauté, sur les routes de ses plusieurs paroisses, il a accompagné les changements de la société et de l’Eglise. C’était l’époque des prêtres ouvriers, c’est pourquoi pendant 1 à 2 mois, il était saisonnier pour la cueillette des pommes. Il garde un très bon souvenir de cette expérience : « Cela m’a permis d’être en contact avec des personnes très déchristianisées, de prendre connaissance de leurs difficultés, celles de la vie réelle,… de percevoir les autres différemment. Cela m’a appris à connaître ma juste place, mon rôle au milieu d’eux et surtout d’accepter la diversité. »

 

Le mot de la fin

« Aujourd’hui la communication est partout, tout est bousculé » partage-t-il avec nous. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le père Pasquier ne vit pas dans le passé et il n’est pas blasé non plus. Il s’interroge, bienveillant, sur les changements de ce monde, de cette société. Les gens sont-ils vraiment en contact les uns avec les autres, avec toute cette technologie à leur disposition ? Peut-on être libre de penser, libre de ne pas être d’accord, et également, être ouvert, capable d’entendre l’autre sur sa différence de point de vue ? Enfin, à ses frères prêtres, il voudrait partager avec eux ce qui lui a tenu à cœur durant ses 78 années de sacerdoce : « Accueillir, et écouter, sans juger toute la diversité du monde. Chacun doit pouvoir confier à un prêtre, ce qu’il est, sans se sentir juger. »

Propos recueillis par Sophie Meunier et Yannick Simonet

Le P. Pasquier (à droite)  lors d’une récente célébration paroissiale