Découverte de l’œuvre de Jean-Paul Kauffmann

Chaque année les bibliothèques de Laval Agglo sont invitées à participer à une manifestation culturelle autour d’un thème commun : celui de cette rentrée 2019-2020 était « Au bonheur des îles ! ». La Bibliothèque diocésaine s’y est associée pour la troisième année consécutive.

Ce samedi 23 novembre, Nicole Villeroux, férue de littérature et d’histoire, nous a proposé une réflexion-échange sur « Les îles dans l’œuvre Jean-Paul Kauffmann ». (Re)découverte, pour un public venu nombreux, à la fois du style et de l’œuvre de cet auteur.

 

Pourquoi le thème de l’île chez Kauffmann ?

 

Analogie entre le vécu de l’homme, prisonnier trois longues années au Liban, et ce qu’est une île : un retrait du monde, une fermeture sur soi, et un isolement qui reste un défi pour laisser circuler la vie. Son œuvre littéraire s’inscrit ainsi dans la quête continuelle d’une réparation sans doute inatteignable.

Dans « La maison du retour », c’est l’isolement (choisi cette fois) pour soigner les blessures, fuir les êtres humains pour savourer la nature et y puiser le goût de vivre. Nature encore au centre dans « L’arche des Kerguelen », archipel désolé livré aux forces de la nature, à la beauté sauvage, à l’immense solitude. Solitude d’un empereur déchu dans « La chambre noire de Longwood » avec la longueur affolante et la lourdeur du temps qu’impose la privation de liberté. Dans « Venise à double tour », à travers cette quête de l’auteur à se faire ouvrir les églises fermées, on saisit l’analogie entre ces portes d’églises si difficilement ouvertes par le seul possesseur de clés… pour mieux constater qu’elles ont été vidées de leurs trésors, et les changements de geôles vécues par l’auteur précipitamment emmené de cache en cache à travers Beyrouth.

 

Kauffmann , à l’émotion à fleur de peau, à fleur de plume, pudique, humble, passionné en recherche de liberté, avec son style précis, élégant, ciselé arrive avec des mots et des phrases simples à imposer au lecteur des odeurs, des couleurs, des bruits, tout un monde de sens exalté par sa privation de liberté. Dans ce contexte d’isolement, d’humiliation, de rejet, de fermeture c’est à la littérature, n’importe laquelle pourvu que ce fut un livre, qu’il doit sa survie : par l’ouverture à un autre monde, une autre vie.
L’œuvre littéraire qu’il offre est pour nous aussi un voyage, un défi à l’isolement, une sortie de nos enfermements, ouverture à un ailleurs…