Les trois lectures bibliques du 32ème dimanche du temps ordinaire nous parlent du don généreux de ceux qui n’ont rien : deux pauvres femmes, une païenne et une fille d’Israël. Elles ont donné tout ce qu’elles avaient pour vivre. Voilà deux magnifiques témoignages en ce jour où nous célébrons celui qui a donné sa vie pour notre salut et celui du monde entier.

                   L’évangile nous présente une veuve très pauvre, mais particulièrement généreuse. Cela se passe sur le parvis du temple de Jérusalem. Jésus recommande à tous de ne pas imiter les scribes quand ils pêchent par orgueil et par désir de paraître. Le plus grave, c’est qu’ils volent les plus pauvres. Le salut qu’il est venu apporter au monde doit nous amener à être vrai avec nous-mêmes, avec Dieu et avec les autres.

                   Voilà qu’arrive une veuve très pauvre. Elle n’a rien, mais elle donne sa vie tout entière. .Elle se moque de ce que pèsent ses deux petites pièces. Elle aime Dieu, elle aime le temple où il vit depuis des siècles ; elle respecte les prêtres et les scribes qui parlent de lui. C’est tout son cœur, tout son amour qu’elle met dans le tronc. Alors Jésus affirme qu’elle a donné plus que tous les autres. Son amour pour Dieu pèse bien plus que tout l’or du monde. La première lecture nous parle d’une veuve païenne. C’est chez elle qu’est envoyé le prophète Élie. Elle n’a rien à manger et son enfant va mourir. Quand le prophète lui demande « un petit morceau de pain », l’épreuve est rude. Ce petit pain ne sera pas  pour son enfant, pour qu’il vive encore un petit peu, mais comme celle du temple, elle donne tout.

                   En écoutant ces deux récits, comment ne pas penser à cette autre veuve, Marie debout au pied de la croix de son Fils ! L’admiration de Jésus pour ces femmes vient de ce qu’il est justement celui qui livre sa vie. Il a été dépouillé de ses vêtements. Il vient de donner sa mère à son disciple et, à travers lui, à chacun de nous. Ce qui est étonnant dans cet évangile, c’est la première place donnée aux petits, aux exclus, à ceux qui sont les derniers en ce monde. Par contre, Jésus a des paroles très dures contre certains scribes qui ne cherchent qu’à être bien vus sur les places publiques, dans les synagogues et les dîners. Ils dévorent les biens des veuves au lieu de leur venir en aide. C’est d’autant plus grave qu’elles sont réduites à la misère à cette époque-là. En agissant ainsi, ils trahissent leur fonction.

                   Cette page d’évangile s’adresse aussi à nous tous : cet orgueil n’est pas seulement le lot des scribes du temps de Jésus. Il nous menace tous plus ou moins : c’est toujours agréable d’attirer l’attention des autres ; mais le plus important, c’est le regard de Dieu. Il voit mieux que nous ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Ce qui fait la valeur d’une vie, c’est notre amour de tous les jours pour tous ceux et celles qui nous entourent. Ces textes bibliques rejoignent l’Évangile des Béatitudes : Heureux les pauvres de cœur. Ils sont proclamés heureux, non à cause de leur misère, mais parce que le Royaume des cieux est à eux. La considération et la reconnaissance des hommes ne sont rien par rapport au don de Dieu.

                   Pour bien comprendre toute la portée de cet Évangile, nous nous tournons vers la croix   du Christ. Nous comprenons alors qu’il a donné sa vie jusqu’au bout. Et il continue à se donner   pour chacun de nous. La lettre aux Hébreux nous rappelle que la Passion du Christ a changé l’histoire. En Lui, tous les hommes sont sauvés. Cet évangile nous appelle donc à apprendre à vivre sous le regard de Dieu et non celui des hommes. Il nous provoque surtout à réviser le critère de notre générosité : ce qui prime, ce n’est pas la quantité de ce que nous donnons, mais le dépouillement effectif de ce à quoi nous tenons le plus. En donnant, on a parfois l’impression de perdre, de se perdre. Donner, c’est gagner pour la vie éternelle ! En célébrant l’Eucharistie, nous nous tournons vers le Seigneur par l’intermédiaire de Marie, la femme pauvre qui a donné toute sa vie à Dieu pour nous. Demandons-lui le don d’un cœur pauvre, mais riche d’une générosité joyeuse et gratuite. AMEN.