Les textes de cette Liturgie nous parlent de la vie par delà la mort. Ils touchent à la foi de l’Église du Christ dans ce qu’elle a d’essentiel quand elle affirme dans sa profession de foi :

« Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle »

« J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir »

 Paroles de foi, qui, aujourd’hui comme hier, font difficulté à beaucoup d’hommes et de femmes et, parmi eux, à des chrétiens.

Dans le peuple d’Israël, la foi en la résurrection des morts n’est apparue qu’au deuxième siècle avant Jésus-Christ. Elle relevait du bon sens : pour ne pas disparaître tout à fait après la mort, il fallait avoir des enfants. Et quand un homme mourait sans descendance, le frère du défunt devait épouser la femme, c’est à dire sa belle sœur, pour qu’elle puisse avoir des enfants : la sexualité assurait la survie de l’espèce. C’est ce que les Sadducéens rappellent à Jésus à travers cette histoire rocambolesque de la veuve aux sept maris.

Mais voilà qu’avec les guerres de résistance, on voit des gens qui font d’autres choix : volontairement, ils vont à la mort, sans penser à leur descendance, à tel point même, que toute la famille y passe. C’est ce que nous raconte le livre des Martyrs d’Israël dans la première lecture. La certitude de la Résurrection devient capable de l’emporter sur l’attitude naturelle qui consistait à se perpétuer par les enfants.

Nous vivons une époque de soupçon : les affirmations de la foi chrétienne ne seraient-elles pas que la projection de nos désirs, de nos aspirations et de nos peurs ? La recherche scientifique ne va-t-elle pas finir par découvrir le gêne de l’immortalité ? Dans cet immense marché aux idées et aux croyances alimenté par les médias, les voyages, les échanges entre les cultures, une croyance venue de loin est en train de séduire un certain nombre de gens? C’est la croyance en la ré-incarnation.

Selon cette doctrine, l’âme de quelqu’un pourrait habiter successivement plusieurs corps et connaître plusieurs vies en ce monde. Mais cette croyance n’a rien à voir avec la foi chrétienne. Outre que notre corps n’est pas seulement une enveloppe  qui serait comme extérieur à nous, pour des chrétiens, Jésus nous aime, Dieu nous aime non pas comme des êtres provisoires, mais comme des êtres uniques, irremplaçables et définitifs. Il nous aime tels que nous sommes, y compris en notre corps, même quand il est réduit en cendres par la crémation.

Il nous aime personnellement et veut ressusciter chacun d’entre nous, en ce corps qui est bien le lieu de notre relation avec les autres et avec le monde qui nous entoure.

Quels sont les appuis d’une telle affirmation ? Ils se ramènent à deux : la fidélité de Dieu et la Résurrection de Jésus. Saint Paul le rappelle dans sa lettre aux Thessaloniciens: « Le Seigneur, lui, est fidèle »

Que Dieu soit fidèle à sa promesse de vie, qu’il ne revienne pas sur sa parole, c’est ce qu’il a toujours manifesté au peuple d’Israël, c’est ce qu’il lui a fait découvrir, c’est l’expérience que le peuple en a faite !

Que Dieu soit fidèle à l’homme qu’il aime jusque dans la mort, c’est la certitude que le peuple de Dieu a reçue dans sa prière: « Tu ne peux pas m’abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption » et dans un psaume il est dit: « Il en coûte au Seigneur de voir mourir ses amis »

Cette fidélité de Dieu, c’est surtout dans la Résurrection de Jésus qu’elle s’est manifestée. La source de notre espérance, c’est que notre avenir est déjà engagé dans la Résurrection du Christ : notre corps sera rendu pareil à son « corps glorieux », nous dit Saint Paul. Même si cette expression nous plonge dans le mystère, elle nous dit que ce sera complètement différent du corps tel qu’il est au moment de la mort.

C’est enracinés dans cette foi que nous croyons que la mort n’est pas le dernier mot de notre vie. Nous accéderons à une vie transformée, reçue de Dieu et orientée vers lui.

Nous croyons qu’alors notre relation aux autres et au monde sera restaurée d’une manière nouvelle.

Les mots nous manquent pour le dire. La Bible parle de « banquet », de « festin sur la montagne », de « noces », de « lumière sans déclin ». Langage imparfait qui cache le mystère, en même temps qu’il le révèle.