Accueil : Frères et sœurs, chers amis,

En ce 5e dimanche de Pâques, soyons en liens étroits avec les canonisations qui ont lieu à Rome, à savoir celle César de BUS (1544-1607), un prêtre catholique français, fondateur de la Société des Prêtres de la doctrine chrétienne et des ursulines de France, appelé par le pape St Paul VI, « le saint catéchiste » usant de beaucoup d’inventivité, celle de Marie RIVIER (17681838), une religieuse française, fondatrice des Sœurs de la Présentation de Marie qui se consacrent à l’éducation de la jeunesse, celle de  Charles de FOUCAULD (1858-1916), un militaire, un  explorateur, un moine, un ermite, un missionnaire, un  linguiste et ami du peuple touareg, un frère universel, le plus célèbre des 3 saints français canonisés, en ce jour. Réjouissons-nous de ces nouveaux saints, ces protecteurs, ces compagnons de route, et demandons pardon au Seigneur chaque fois que nous refusons d’aller jusqu’au bout du don de nos vies. Que Esprit de sainteté nous aider à déployer tous nos charismes.  

 Homélie : Ac 14, 21b-27 ; Ps 114 ; Ap 21, 1-5a ; Jn 13, 31-33a. 34-35

Chers amis, je vous propose, à la lumière de l’Evangile du jour, de nous laisser interroger par le récit de la vie de Charles de FOUCAULT, largement emprunté à Mgr Claude Rault, Père Blanc, Evêque émérite de Laghouat-Ghardaia (Algérie). L’Evangile de ce jour, dans le contexte du dernier repas de Jésus avec ses disciples,  éclaire bien évidemment toute la vie de Charles : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres »

Né le 15 septembre 1858 à Strasbourg, orphelin de père et de mère dès l’âge de 6 ans, éduqué par son grand-père, il commence une vie tourmentée : pendant ses études secondaires, il perd la foi, se nourrissant de lectures qui nourrissent  son attrait d’une vie facile… et de joyeuses compagnies. Il entre à St Cyr, puis à Saumur (École de cavalerie), d’où il réussit à sortir le dernier sa promotion ! Il quitte l’armée. Il refuse de rompre avec sa compagne. Il réintègre l’armée, pour une mission en Algérie. Il quitte sa compagne. Sa vie va commencer à changer : il goûte une vie spartiate, qui  se termine par un retour à la caserne. Mais cette vie militaire sans action  n’est pas pour lui. Il rejoint définitivement la vie civile. Avide d’aventure, entre 1882 et 1884, il prépare et réalise une expédition osée au Maroc. C’est un succès ! Mais la recherche d’une autre Aventure le taraude. Il écrira : « L’Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces hommes vivant dans la continuelle présence de Dieu m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines ». Il cherche à donner du sens à sa vie. Sur les conseils de sa cousine Marie de Bondy, à la fin d’octobre 1886, il rencontre à la paroisse St Augustin à Paris l’abbé Huvelin qui l’invite, séance tenante, à se confesser et à communier. C’est un nouveau départ. Sa conversion l’amène à donner sa vie au Seigneur : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, j’ai compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui ».

1 e question : Quels ont été les moments fondateurs de sens à ma vie ? Est-ce que je rencontre des musulmans ou des personnes de culture, de religions différentes ?  Est-ce que la culture, la religion de l’autre me passionne ? Quelles conversions ai-je déjà vécues ?

Après sept années de recherche contemplative (en Terre Sainte, à la Trappe en France puis en Syrie), il quitte la vie monastique et revient à Nazareth chez les Sœurs Clarisses (1897). Il y partage son temps entre le travail manuel, de longues heures d’adoration et de méditation de l’Écriture. C’est là que se mûrit sa vocation profonde. Il quitte Nazareth, et après une année de préparation, il est ordonné prêtre le 9 juin 1901, dans le Diocèse de Viviers. Il demande à revenir au Sahara et il part à Beni Abbès. Il y restera deux années avec ce désir : « Je veux habituer tous les habitants à me regarder comme leur frère, le frère universel ». En août 1905, voulant toujours rejoindre les plus lointains et sur l’invitation de son ami Laperrine, il s’installe à Tamanrasset, cherchant la dernière place : « Jésus a tellement pris la dernière place que nul ne saurait la lui ravir ». Il va y mener une existence tiraillée entre la prière, les voyages, les contacts avec les Touaregs dont il apprend la langue avec passion, l’étude (il écrira un dictionnaire touareg en 4 volumes…), et une relation parfois contestée avec les soldats français présents dans la région. C’est un homme de la rencontre, du dialogue, du désert géographique et intérieur, de la charité. Sa vocation sera, dit-il, de « crier l’Evangile par toute ma vie plutôt que de le déclamer sur les toits ». Il a trouvé sa stabilité dans une relation profonde avec son « Bien-Aimé Frère et Seigneur Jésus ».

 2 e question : Comment puis-je, à mon humble niveau, apporter ma pierre à cette fraternité universelle voulue par le Christ ?

L’Eucharistie reste au centre de son existence, dans l’adoration et la célébration, …même  s’il en est privé !  Sa passion pour le Christ dans l’Eucharistie va de pair avec le « Sacrement du Frère ». Aucune parole de l’Evangile ne l’aura autant marqué que : « Tout ce que vous avez fait aux plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (cf Mt 25,40). L’amour des plus petits le pousse à rencontrer Jésus dans le pauvre et l’autre différent. La guerre en France éclate entre la France et l’Allemagne, qui fait bloc avec l’Italie. Le 1er décembre 1916, arraché à son fortin par un groupe de guerriers Sénoussites liés à l’Italie, il est tué par son jeune gardien pris de panique. Nous sommes en pleine guerre mondiale. Le grain est jeté en terre et il portera du fruit. Sa postérité spirituelle continue de faire tache d’huile, autour d’une vocation vouée à « la vie de Nazareth ».

 3 e question : En ces temps que nous vivons, n’est-il pas urgent de garder ce lien entre célébration eucharistique et service des plus pauvres ? 

Je vous recommande plein de livres sur Charles de FOUCAULD. J’en connais 2, celui dans la collection Prier 15 jours, et celui de Mgr Claude RAULT, Désert ma cathédrale. J’aime son invitation à vivre aussi chez nous en France, dans un contexte si différent, non celui du désert saharien, mais celui de déserts pas seulement médicaux mais religieux qui s’installent, une Eglise de la rencontre, de la culture, de l’accueil, du compagnonnage, des communautés formées de communion de petites communautés, présentes sur les fractures de  la société. Et par-dessus tout : « Pas seulement être là pour nourrir, guérir, servir, mais lorsque plus rien ne peut être fait, être là, faire renaitre l’espérance, sécher les larmes, faire avancer les forces de la vie, partager l’amitié et l’amour universel de Dieu ».

Durant l’offertoire, chantons et imprégnons-nous de la prière la plus connue du frère Charles : « Mon Père, je m’abandonne à Vous ». AMEN ALLELUIA MARANATHA