L’évangile du 2ème  dimanche de l’Avent commence par une série de noms:  l’empereur
Tibère, Pilate, Hérode, Philippe et quelques autres. Ce sont des hauts dignitaires qui ont marqué l’histoire de leur époque, puis on les a oubliés. Mais ce sont des noms importants, car ils nous permettent de comprendre la situation de la Palestine à leur époque. C’était un pays occupé par une armée étrangère. Le petit peuple était opprimé, dépouillé de ses biens. Ceux qui tentaient de s’opposer étaient violemment réprimés par les soldats romains. Pour ce pays, c’était la désespérance complète.
 
     Face à ces gens prestigieux qui vivent dans des palais, nous avons Jean-Baptiste, fils de
Zacharie et d’Élisabeth. C’est à lui que la Parole de Dieu est adressée dans le désert. C’est en effet dans le désert que l’on est le mieux disposé pour l’accueillir. Ayant reçu cette parole, il s’empresse de la proclamer dans toute la région du Jourdain, nous dit Saint Luc. Son message n’a rien à voir avec une révolte contre l’occupant romain. Jean-Baptiste a quelque chose de bien plus important à demander : il invite les gens à se convertir, à préparer les chemins du Seigneur, aplanir les routes, combler les ravins. Il s’agit pour tous d’accueillir le « salut de Dieu. »
 
     Par son prophète, Dieu nous demande de participer à ce monde nouveau qu’il est en train
de créer : « Préparez le chemin ». Jadis, en Orient, pour recevoir un illustre personnage, on ouvrait pour lui une belle route. Or Dieu ne cesse de venir à nous. Il nous faut donc, pour le recevoir dignement, niveler nos sentiers intérieurs pour en dégager les rocailles. Cela veut dire en clair :
« Changez vos cœurs ». Comment ? D’abord en osant espérer, en refusant le découragement ».
 
     Nous nous disons souvent que nous n’y pouvons rien à toutes ces robes de tristesse qui
enveloppent notre humanité. Eh bien ne rêvons pas : si nous ne pouvons pas changer le monde, nous pouvons changer nos cœurs. Il y a des montagnes d’égoïsme, des collines de paresse, des ravins d’injustice, des passages tortueux de mensonges… en chacun et chacune de nous. Avec l’aide de l’Esprit Saint, préparons donc la route du courage par laquelle Dieu vient à nous !
 
     L’absence apparente de Dieu dans notre société et la complexité de nos institutions me
font penser qu’il est urgent pour nous tous et, en ce temps de l’Avent, de trouver quelque part un coin de désert. Un espace et un temps où l’on se débarrasse de tout ce qui nous encombre.
 
     Le chrétien, qui entre à l’église le dimanche, quitte ses vêtements de tristesse et de misère pour se laisser revêtir de la gloire de Dieu et envelopper d’un manteau de justice. Le dimanche et l’Eucharistie dominicale marquent une coupure et un retrait du monde qui permet de constituer ce petit coin de désert où chacun et chacune peut prendre conscience de son état de pécheur, entendre l’appel à la conversion et repartir dans la joie préparer, avec ses frères et sœurs, les chemins du Seigneur, des communications nouvelles entre nous, un règne de miséricorde, de justice et de fraternité.
 
      Dans sa lettre aux Philippiens, saint Paul souligne d’une manière émouvante, les liens de
« communion », « d’attachement dans la tendresse du Christ Jésus », qui créent, entre frères et sœurs, ces relations nouvelles où l ’on se porte dans la prière, où l’on rend grâce au travail que Dieu réalise, où l’on s’entraide à progresser dans l’amour et la clairvoyance  « jusqu’au jour où viendra le Christ Jésus ». Partout où progressent l’attention à l’autre, le souci de faire grandir l’autre, le service, la solidarité, le Seigneur Jésus vient dans nos vies et dans le monde.
 
     Dans le sacrement de l’Eucharistie que nous célébrons frères et sœurs : dans un instant,
nous allons apporter à l’autel le meilleur de notre vie, les fruits de la terre et du travail, nos
actions pour plus de fraternité et de respect entre nous… qui sont purifiés et transfigurés pour devenir le Corps du Christ, notre espérance. AMEN.