L’évangile de ce 23ème dimanche du temps ordinaire, frères et sœurs, peut paraître étonnant, exigeant et même dur… Comment le comprendre ? « Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » s’interrogeait déjà le livre de la Sagesse. Oui, comment comprendre et accueillir les paroles de Jésus ?  « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ». Nous avons déjà entendu ces mots de Jésus, mais n’y a -t-il pas en eux quelque chose de choquant ?

               Bien sûr, il faut bien comprendre. Il ne s’agit de rejeter nos parents, nos enfants, nos proches. Il ne s’agit pas d’éteindre en nous tout mouvement d’affection, d’attention, de reconnaissance à leur égard. Ce serait contraire au Décalogue : « Honore ton père et ta mère, comme te l’a ordonné le Seigneur ton Dieu » (Dt 5,16). Et n’oublions pas la 1ère lettre de st Jean (1Jn 4,19) : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas. »               

               Je suis donc appelé à aimer mes proches et à aimer mon prochain ! Il m’est demandé bien plus. Le Christ est à préférer à tout, même à ce qui me semble le plus précieux, le plus sacré. Et pour le signifier, me voici invité à suivre Jésus, à mettre mes pas dans les siens, peut-être à perdre ma vie, à cause de lui, pour lui. Vous connaissez le chant : « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », ce chant qui reprend les paroles de la petite Thérèse. Oui, il s’agit de tout donner, de tout livrer de moi-même. D’aimer de toute ma force et de tout mon âme comme dit le Deutéronome. De m’offrir, tout entier, dans le meilleur de ce que je suis, comme dans mes faiblesses et mes pauvretés.

               Qui donc est Jésus pour me demander cela ? Qui donc est Dieu pour exiger cela de moi ? Bien sûr, c’est de Dieu que je reçois la vie et c’est dans le Christ et dans son Esprit, que je reçois, jour après jour, la vie nouvelle et le salut. Alors, je peux dire dans ma prière : « J’ai tout reçu de toi, Seigneur, et je veux tout te rendre, dans l’amour et la gratuité. Mais parfois, je ne sais comment faire. Je peux essayer d’aimer comme tu aimes. Donne-moi ta grâce pour cela… ». Et voici que l’appel de l’évangile se prolonge : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple » me dit Jésus.

                Aimer à la manière de Jésus, aimer en prenant ma croix. Aimer en prenant et en portant ce qui semblait obstacles et empêchements pour vivre, pour aimer, pour avancer. Aimer y compris dans mes blessures, mes souffrances, mes découragements. Si je suis appelé à porter ma croix, à y réfléchir, c’est parce que c’est le chemin pour aimer en vérité, pour aimer véritablement Dieu et mon prochain. Et si je peux porter ma croix, c’est parce que le Seigneur me dit : « Viens, n’aie pas peur, je t’appelle ».

                Porter ma croix, non pas celle que je voudrais prendre, non pas celle de mon voisin ou celle que je me plais à imaginer. Mais celle de ma vie aujourd’hui. Parce que c’est celle que le Christ vient porter avec moi ; et parce qu’ainsi le Christ m’apprend à aimer, à donner, à me donner En devenant son disciple, je pourrai peut-être aimer, un peu moins mal, mon père, ma mère, mon mari, ma femme, mes enfants, mes frères, mes sœurs, tous les autres et moi-même, tous ceux qui me sont donnés à aimer.

                Le choix est sérieux !  Ne faut-il pas commencer par s’asseoir comme nous le rappellent les deux petites paraboles de l’évangile. Et si nous pouvons nous engager, c’est parce que Dieu, dans le Christ, nous a aimés et s’est engagé le premier. Jamais nous n’aurons fini de découvrir ce qu’est l’amour infini de Dieu, jamais nous n’aurons fini de nous laisser rejoindre par lui et de nous y ouvrir. AMEN.