« Vanité des vanités… tout est vanité » dit Qohèleth dans le passage que nous venons d’entendre. Permettez-moi de rejoindre ce cri de l’homme de la Bible confronté à la désespérance d’un monde qui, déjà alors, semblait avoir perdu la boussole. Permettez-moi aussi d’écouter cette Parole biblique résonner dans le cœur de tant d’hommes et de femmes de notre temps. Il est des situations où l’avenir paraît bouché : tout semble vide et absurde. Il est, alors, trop facile de se bercer d’illusions par des paroles de consolations sans véritable prise sur le réel.

           Et puis, il y a ceux qui, à l’autre bout de la chaîne de l’humanité, croient réussir leur vie dans l’appât effréné d’un gain qui risque vite de devenir la prison dorée de ceux qui s’enferment dans les sécurités illusoires de leur soi-disant réussite. Que sert à l’homme de gagner le monde, dit le Christ, dans l’évangile, si c’est pour perdre sa propre vie ? « Vanité des vanités, tout est vanité », Autrement dit tout est du vent, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? Cela encore, c’est du vent !

           Dans l’évangile, Jésus dit : « gardez-vous de toute âpreté au gain, car la vie d’homme, fut il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses ». Et il raconte la parabole de l’homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté qui se demande comment encore mieux profiter de sa fortune et qui meurt subitement. Cette parabole veut nous rappeler où doit être l’essentiel. L’essentiel, c’est de vivre. Mais vivre, ce n’est pas avoir toujours plus. Bien sûr, il faut un minimum pour vivre. Vivre ? c’est grandir, c’est créer, c’est donner et se donner. L’homme vaut plus parce qu’il est que par ce qu’il possède…   

           Aujourd’hui, Jésus nous dit comme à l’homme riche de la parabole : « Vous êtes fous ! Vous avez bâti un monde de fous ! ». La course à l’argent est comme une prison dans laquelle vous vous êtes enfermés, une prison à l’intérieur de laquelle vous ne pouvez voir la détresse de vos frères et sœurs ni entendre leurs cris. Vous êtes devenus aveugles et sourds ! Toute l’existence du Christ se retrouve dans ce don ultime de toute sa vie jusque dans sa mort et sa résurrection. C’est le seul chemin qui a permis que le mal et la mort soient vaincus… et c’est la résurrection ! Jésus nous dit : Soyez riches en vue de Dieu. Donnez et on vous donnera. Travaillez à ce que les richesses soient réparties équitablement. Gardez le souci de tous les peuples en voie de développement. Regardez autour de vous tous ceux qui souffrent et qui peinent pour survivre, les personnes âgées, isolées, malades, immigrées et réfugiées. Ne condamnez pas, mais portez-leur secours. Elles sont notre prochain le plus proche. Soyez pour eux comme le bon Samaritain. C’est en procurant du bonheur que vous trouverez le bonheur !

           Oui, Dieu nous invite au bonheur, celui des Béatitudes. Saint Paul s’en fait l’écho quand il nous presse de « tendre vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre… Vivez en ressuscités… revêtez l’homme nouveau, celui que le Créateur refait toujours à neuf selon son image ». Aujourd’hui comme hier, Jésus se propose de marcher à nos côtés pour soutenir nos tâtonnements… Il se propose de marcher devant nous en nous invitant à risquer de mettre nos pas dans ses pas, pour tendre vers les réalités d’en haut. Apprenons de lui le chemin du don et du pardon, tous ces chemins qui nous tirent vers plus haut, plus grand que nous. AMEN.