Le début de cet évangile nous montre Jésus qui marche de bon matin depuis le Mont des Oliviers jusqu’au temple de Jérusalem : du lieu symbole de paix au lieu de la division pour devenir terre de l’unique paix de Dieu. Et là, dans le temple, Jésus se met à enseigner. Arrivent des scribes et des pharisiens qui lui amènent une femme coupable d’adultère. Aussitôt, ils posent la ‘question-piège’ à Jésus : « Et toi, que dis-tu ? »

        C’est vrai que la loi de Moïse condamnait ce péché. Mais cette loi prescrivait de punir les deux coupables. Or les scribes ont laissé l’homme tranquille. Pourtant, lui aussi, il aurait dû subir la même condamnation.

        Mais dans le cas présent, Jésus invite les scribes, les pharisiens et chacun d’entre nous à faire un pas de plus.    Jésus nous donne une bonne nouvelle pour les pécheurs que nous sommes : il nous dit qu’il n’est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver.   Son amour, l’amour du Père est plus fort que tout…

        L’apôtre Paul, nous le rappelait aussi dans la seconde lecture dans son témoignage: « être reconnu juste, non pas de la justice venant de la loi de Moïse, mais de celle qui vient de la foi au Christ ; la justice venant de Dieu qui est fondée sur la foi. »

        Parfois, nous avons tous beaucoup de mal à avoir ce même regard de Dieu sur ceux qui nous entourent.    Nous avons souvent tendance à dire du mal des autres, à les critiquer et à les enfoncer dans leur passé, voire leurs défauts, leurs fautes.  Aujourd’hui, Jésus veut nous faire comprendre que cette manière de faire empoisonne le climat fraternel, la concorde, la paix, la charité, que ce soit en famille, dans un quartier, une commune, une communauté chrétienne, et dans notre monde…  L’amour du Christ est le fondement d’un monde meilleur, d’un monde nouveau.

        Si nous allons jusqu’au bout de cet évangile, nous découvrons de la part de Jésus une réponse imprévue et étonnante : elle ne vise pas la coupable mais ceux qui veulent la condamner au nom de la loi. Ils sont tous renvoyés à eux-mêmes : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Alors, nous dit l’évangile, « ils se retirent tous en commençant par les plus âgés ».

        Nous devons bien comprendre que devant le Seigneur, nous sommes tous pécheurs. Aujourd’hui, Jésus continue à nous renvoyer à nous-mêmes. La mesure dont nous nous servons pour les autres servira aussi pour nous. Qui sommes-nous pour condamner, alors que nous avons tant besoin qu’on nous pardonne ?

        Nous avons dans ce passage d’évangile, l’un des seuls moments où il est dit que Jésus écrit sur le sol et cette scène n’est pas banale : à deux reprises, il se baisse et du doigt, il écrit sur le sol…   Jésus laisse dire, il se penche comme pour recevoir les insultes, ou les pierres ; il médite, il ne montre pas du doigt l’homme ou la femme avec son péché… il touche la terre comme pour nous dire que notre vie de pécheur s’en ira en terre et que notre vie aimée, pardonnée peut porter du fruit.

        Et sur les paroles de Jésus, les légalistes sans cœur se retirèrent l’un après l’autre, parce que piqués au vif !   Et dans cet épisode, les dernières paroles de Jésus sont pour la femme : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus ! »

        Entendons-nous bien : il n’est pas question pour Jésus de justifier le mal. Le péché reste un péché et il faut le combattre. Mais le pécheur reste un homme, une femme que Jésus veut sauver. Il est venu pour que  « tous aient la vie en abondance ».

        Chacun peut imaginer la joie de cette femme qui est là devant Jésus. Tout d’abord, elle échappe à la lapidation.   Mais surtout, une nouvelle route s’ouvre à elle.    Elle découvre qu’elle est aimée au-delà de son péché.   Grâce à ce pardon de Jésus, elle n’est plus enfermée dans son passé, son infidélité et sa réputation.    Elle a trouvé quelqu’un qui lui a permis  un nouveau départ dans la confiance : « Va et désormais ne pèche plus. »  

        Nous sommes tous appelés à faire cette expérience de Dieu, en particulier dans le sacrement du pardon. C’est là que nous découvrons la grandeur de cet amour de Jésus pour nous et pour nos frères et sœurs.

        Il est d’abord et avant tout celui qui veut nous sauver, nous relever. Et surtout, il ne confond jamais l’être pécheur et son péché.  Il regarde le cœur, la personne. Ainsi, il nous ouvre un chemin de vérité et de vie. Nous n’avons plus à ressasser le passé mais à marcher résolument vers l’avenir que Dieu crée en nous.   En ce dimanche de Carême, la réflexion du CCFD nous invite à ouvrir largement nos horizons, et mettre en œuvre les fruits de notre conversion en répondant à l’envoi de Jésus : ‘Va, et ne pèche plus’, c’est-à dire, va et ne sois pas sans rien faire pour le bien de tous, pour le bien de notre terre, pour le bien de nos frères et sœurs proches et lointains.

        Les mots de St Paul entendus dans la seconde lecture peuvent nous éclairer à nouveau, ils ouvrent pour chacun de nous un chemin de confiance : « une seule chose compte, oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but… »   Comme Paul, laissons-nous saisir par le Christ pour aller vers le but, vers Dieu notre Père qui nous aime tant et vers tous nos frères et sœurs de toute notre humanité en ce monde.