Le 4ème dimanche de Carême est appelé « dimanche de la joie ». Toute la liturgie de ce jour nous invite à nous réjouir. La raison de cette joie, c’est la découverte émerveillée du monde de Dieu dans lequel nous sommes tous appelés à vivre. Cette joie, c’est avant tout celle de celui qui reçoit la miséricorde de Dieu. Nul n’est trop loin pour Dieu ! Aucun pécheur, quel que soit son état, n’est irrécupérable pour lui. Rien n’est fini pour Dieu.

                  Il nous arrive peut-être de douter de cette vérité, nous nous sentons trop loin. Frères et sœurs, relisons cette histoire touchante et belle, la parabole de l’enfant prodigue, ou plutôt du Père miséricordieux. D’abord en contemplant le Père, c’est Lui qui est au centre et en découvrant que, qui que nous soyons, son regard ne s’est pas détourné  de nous et qu’il nous cherche. Et puis, l’amour du Père saura transformer notre propre cœur, faire de nous ses réconciliateurs.

                  Contempler le Père. C’est ce qui est premier : découvrir le fond du cœur de ce Père, c’est-à-dire la bonté de Dieu pour nous. Bien des fois, nous nous enfermons sur nous-mêmes, sur notre péché et avec le temps, nous nous enfonçons dans notre état. Et lorsque l’envie nous prend de revenir, de multiples prétextes surgissent : le sacrement de la réconciliation n’est plus de mode, il est insignifiant, que va penser le prêtre, je retombe toujours dans les mêmes péchés… Comme le fils prodigue, nous ressassons notre passé : nous sommes partis loin du Père et nous avons gâché une part de notre vie, nous commençons à nous trouver dans la misère et celle-ci ne nous quitte plus, de jour, ni de nuit. Dès le moindre silence, cette pensée revient et torture l’esprit. Où aller pour ne plus y penser ?

                  Nous sommes comme le fils prodigue, pécheur, loin de Dieu, et nous le demeurerons tant que nous n’accepterons pas d’abord de nous en remettre totalement à Dieu, de nous laisser accueillir par lui, tel que nous sommes. Nul n’est trop loin pour Lui qui attend et qui vient au-devant du pécheur. Il ne lui a pas suffi de révéler sa tendresse pour nous par la voix des prophètes, il a envoyé son Fils pour nous réconcilier avec Lui, pour retrouver ce qui était perdu, éclairer ceux qui désespéraient d’eux-mêmes, redonner vie et revêtir l’habit de fête celui qui n’était plus présentable à une table. Mais la table de Dieu est faite pour les pécheurs, les pauvres qui reviennent vers lui.

                  C’est le premier mouvement auquel nous sommes invités : contempler Dieu, accepter ce Dieu plein de miséricorde pour nous, qui ne nous demande pas des comptes sur notre passé, mais construit notre avenir avec nous et reconnaître que nous sommes réconciliés, pardonnés par le Christ, ce qui fait la joie de Dieu. Et cette reconnaissance de la bonté de Dieu et de notre péché nous invitera alors à devenir nous-mêmes ministres, collaborateurs de cette réconciliation.   Nous sommes, dit l’apôtre Paul, les ambassadeurs du Christ, appelés à manifester bonté, accueil des pauvres, à travailler à la réconciliation entre les personnes, avec la nature, avec soi-même. Cette réconciliation a aujourd’hui encore besoin de mains et de bras, elle se fait par nos mains en ouvrant notre cœur. Quel regard portons-nous, quel jugement, sur les fils prodigues de notre temps ?

                  Frères et sœurs, au  nom du Christ et à cause de Lui qui a tout réconcilié, lorsque nous voyons le fils prodigue, saurons-nous entendre : Nul n’est trop loin pour Dieu ; rien n’est fini pour Dieu ! AMEN.