Il est bien plus facile de voir les défauts que les qualités ! D’abord pour les autres : leurs défauts sont bien plus visibles que leurs qualités, évidemment. Ce qu’ils font de bien, c’est bien la moindre des choses. Mais leurs défauts, il faut vivre avec, et ce n’est pas drôle !

Mais c‘est pareil avec soi-même : interrogez quelqu’un sur son principal défaut- il trouvera facilement quoi dire. Il n’a que l’embarras du choix. Mais sur sa principale qualité, bien souvent, il hésitera, cherchera sans trouver vraiment. On a toujours du mal à reconnaître ses propres qualités.

C’est même vrai par rapport à Dieu : pourquoi tant de gens ont-ils du mal à croire en un Dieu bon ? Parce qu’ils voient d’abord, et on les comprend bien, tout ce qui ne va pas dans le monde, plutôt que le positif.

Eh bien, cette façon de voir le mal en premier, plutôt que ce qui est beau et qui fait de nous des « aveugles ». C’est cela avoir « une poutre dans l’œil ». Comprenons bien cette affaire de la paille et de la poutre. Cela ne veut pas dire que chacun devrait se juger pire que les autres. Bien sûr, si nous estimons les autres meilleurs que nous, ce n’est pas une mauvaise attitude, nous dit saint Paul. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Car les défauts, qui n’en a pas ? Alors un peu plus ou un peu moins… Et il y a assez peu de chance pour qu’entre l’autre et moi, la différence soit de l’ordre de celle entre une paille et une poutre !

Non. Ce qui est grave, ce qui rend vraiment la vie pénible et difficile, c’est quand on ne voit plus que le mal chez les autres, en soi-même, dans le monde. Avoir une poutre dans l’œil, ce n’est pas avoir un défaut plus gros que les autres, c’est ne voir que les défauts. C’est avoir ce regard amer, désabusé, cette façon de toujours critiquer, de ne jamais être content.

Qu’il y ait du mal chez les autres, en nous, dans le monde, c’est l’évidence. Mais précisément à cause de cela, qu’il nous faut savoir discerner en chacun et chacune le bien. Car la lucidité sans la bienveillance, c’est une lumière crue, cruelle, blessante, c’est une fausse lucidité. Une vraie lucidité, c’est celle qui voit au-delà des apparences. Parce que moi, vous, nous avons non seulement des défauts, mais une tendance au mal en nous, et nous avons absolument besoin vous, moi, d’être encouragés par un regard de bienveillance, de confiance.

« Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, mais une fois bien formé, chacun sera son maître » : Jésus nous dit que pour pouvoir transformer notre regard sur l’autre, nous avons d’abord besoin de nous laisser former, de nous laisser transformer par le Maître, c’est-à-dire Lui-même. Et une fois transformé, nous serons capables de voir comme Lui nous regarde, le même regard que Dieu a sur nous.

A travers ce que l’Église vit actuellement, c’est donc vers le Christ qu’il nous faut regarder. Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes envoyés non pour dénoncer ou accuser, mais pour être les témoins et les messagers de l’Évangile. Le Seigneur nous assure de sa présence. Dans sa lettre aux Corinthiens, saint Paul nous parle précisément de la victoire du Christ sur la mort et le péché. Cette victoire est double : par sa mort qui nous sauve, il nous réconcilie avec Dieu : grâce à Lui, la mort peut devenir entre nos mains un acte de total abandon à l’amour du Père : tout l’Évangile nous dit et redit que cet amour est bien plus grand que tous nos péchés. Deuxièmement, par sa résurrection, le Christ est le gage de notre propre résurrection. C’est à cette victoire sur la mort et le péché qu’il veut nous associer dès maintenant.

Oui, au sein de notre humanité blessée, souffrante, il est urgent de témoigner de notre foi en la bonté des autres et de Dieu. Envers et contre tout, envers et contre tout mal, nous avons besoin, aujourd’hui, d’un vrai regard de foi, d’espérance sur les autres, sur nous-mêmes et sur Dieu, comme disait le bienheureux Charles de Foucauld « Mon Dieu, que vous êtes bon ! Merci mon Dieu ! » AMEN.