Le premier dimanche de l’Avent, nous avons prié avec le prophète Isaïe : « Ah ! si tu déchirais les cieux et descendais ! ». En ce jour de Noël, Dieu a déchiré les cieux pour descendre parmi nous, pour reprendre le dialogue avec une humanité qu’il aime.

La deuxième lecture, de la lettre aux Hébreux, nous raconte brièvement l’histoire de ce dialogue, quand elle dit : « Souvent dans le passé, Dieu a parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées ; mais, dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, il nous a parlé par ce Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. »

Saint Jean, pour sa part, dans l’Évangile que nous venons de proclamer, exprime cette visite de Dieu à son humanité en des termes merveilleux : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu… Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » Voilà le grand motif de notre joie en ce jour de Noël.

En ce jour, il nous faut accepter d’être complètement dépassés par l’Événement et comme Joseph entrer dans le silence étonné de l’adoration. Noël ! Mystère de la foi ! Seul l’Esprit Saint peut nous faire contempler, sur les genoux de cette jeune fille juive, appelée Marie, Dieu en visite chez nous ! Noël ! Fête déroutante et prodigieuse ! L’impossible est arrivé. L’attente multiséculaire des hommes prend chair. La planète terre, ce minuscule grain de poussière perdu dans l’immensité des galaxies, est devenue la résidence de Dieu ! Dans le corps d’un homme va battre le cœur de Dieu !

Stupéfiante humilité de Dieu qui se cache et se révèle sous les traits d’un enfant. Quoi de plus innocent et de plus pur que le regard d’un enfant ? Dans les yeux d’un enfant, le mercenaire, le truand, l’homme le plus blasé, peut encore voir briller l’espérance d’un monde d’amour et de paix. Quand Dieu vient pour sauver l’homme armé jusqu’aux dents, il prend les yeux d’un enfant pour nous regarder. Son seul pouvoir est celui de l’amour. Un amour désarmant.

Et saint Jean ajoute dans une phrase lapidaire, déjà lourde de toute la passion de Jésus : « Dieu est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu ! » Voilà le drame permanent de notre monde. Car l’homme ne peut re-naître et faire naître un monde nouveau que s’il accueille l’amour, l’humilité et la paix de ce Dieu extraordinaire. C’est la raison pour laquelle l’amour n’en finit pas de naître sur notre terre. C’est Noël chaque fois qu’en regardant un visage j’ose y discerner les traits de Dieu ? C’est Noël chaque fois que nous faisons reculer en nous et autour de nous, les frontières de l’égoïsme, de l’injustice ou de la violence afin que Jésus naisse, afin que le règne de l’amour grandisse en chacun et chacune de nous et sur notre terre.

Noël est aussi la fête de tous ceux qui cherchent un peu d’espérance, de tous ceux qui sont en quête d’une étoile, d’une lumière, d’un « Sens » à donner à leur vie. Tout un chacun poursuit secrètement une étoile qui brille dans le ciel de sa conscience ou de son cœur. La petite étoile qui vous fait vivre, qui vous permet d’espérer encore, malgré bien des échecs et des ténèbres s’appelle peut-être : Justice, Paix, Amour, Liberté. Chrétiens, nous croyons que cette étoile, depuis Noël, s’appelle Jésus Christ, Lumière du monde, Parole de Dieu faite chair : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » écrit encore saint Jean. Voilà la lumière qui illumine notre foi ! Demandons à l’Enfant de Bethléem de nous apprendre à « voir » ces mille et une petites étoiles, humbles reflets de sa Lumière divine qui percent, de temps en temps, la grisaille de notre vie quotidienne. AMEN.