Les textes de la liturgie de ce dimanche font suite aux trois derniers dimanches précédents qui abordaient déjà les questions de la foi et de la prière. En ce jour, l’Église nous présente différents modèles d’attitudes de prière pour ceux qui comptent obtenir l’approbation de Dieu dans leur vie de prière. Ainsi donc, la prière du pauvre, l’espérance en la miséricorde divine, et la supplication du publicain précédée de l’éloge du pharisien, nous montre que devant Dieu,  « l’homme ne peut se justifier lui- même. »

En l’occurrence, l’évangéliste Luc, jouant le rôle de narrateur dans le passage de l’évangile de ce jour, parle de son récit en termes de parabole. Cette parabole ne s’adresse pas aux pharisiens, mais à certains des propres disciples de Jésus, qui étaient pharisaïques de cœur ; et probablement certains étaient en route vers le temple. C’est une parabole qui énonce l’une des grandes lois du royaume de Dieu, considéré comme un royaume de grâce — qui est énoncée dans le dernier verset : « Quiconque s’élèvera sera abaissé ; et celui qui s’humilie sera élevé. Elle présente un enseignement déguisé en histoire sur les attitudes à imiter ou à rejeter.

Mais notre appréciation nous pousse à l’appeler plutôt un incident réel ; car la scène est si répétée dans l’histoire des hommes, qu’elle ne tient plus du symbole, mais de faits réels. Un homme qui, sans être plus méritant que d’autres, méprise les autres. Maintenant, suite à rapporter au niveau du pharisien et du publicain, cela va au-delà des relations sociales. C’est aussi un fait cultuel. De fait, les deux protagonistes viennent au temple pour prier. Et l’opposition entre les deux se situent au niveau du contenu de leurs prières. Cette ambiance de prière nous branche sur la 1ère lecture où le Siracide affirme : « celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli et sa prière parvient bien au ciel. La prière du pauvre traverse les nuées. »

Cette affirmation ne manque pas de nous laisser imaginer ce qu’il en est de la prière de celui qui n’est pas compatissant pour les hommes et humble devant Dieu, en sorte qu’on peut établir l’antithèse : prière agréée par Dieu et prière non agréée. C’est dans ce schéma qu’on peut situer respectivement la prière du pharisien et celle du publicain. Le pharisien se teint debout dans une position à part, comme le mot semble l’indiquer. Et il offre une prière personnelle différente de celles qui sont déclarées praticables en général. Au loin, se tenait, le publicain, comme s’il se sentait indigne d’être près de ceux qu’il considère, et qui se considéraient comme saints. Il se Frappe la poitrine en supplication. Il pose un geste de douleur. Il se considère défavorablement.

Il faut le dire que le publicain est aussi un Juif, comme le pharisien, puisqu’il monte au temple, mais un Juif mal vu parce qu’il travaille pour les Romains. A cause de cette collaboration avec l’ennemi, il est méprisé. D’autre part, il profitait souvent de sa fonction aussi pour prélever plus que nécessaire et s’enrichir sur le dos de ses frères : pour preuve nous avons le cas de Zachée.

Mais le cas du pharisien et du publicain crée incident, parce que Jésus intervient pour poser un jugement de valeur sur les gestes de l’un et de l’autre. Quand le publicain rentra chez lui, c’est lui qui était devenu juste, et non pas le pharisien.

Il s’impose alors d’examiner ce qui ne va pas dans la prière du pharisien d’une part et ce qui est recevable dans la prière du publicain d’autre part. Le pharisien accomplit un geste de piété en se présentant au temple pour prier ; aucun mal à signaler à ce niveau. On ne peut pas non plus lui reprocher son zèle de respecter la loi. Là où celle- ci prescrit de jeûner une fois, il jeûne deux fois ; quand elle demande de payer la dîme sur le vin, lui, il paie la dîme sur tout. En tout cela, Saint Grégoire le Grand voit la construction d’une citadelle autour de son cœur pour se prémunir du mal par le jeûne et l’aumône.

Mais tout va se gâter lorsqu’au total, l’attitude du pharisien reviendra au culte de soi. En effet, dans sa prière, il ne parle pas à Dieu, il parle de lui- même à lui- même et dresse l’éloquente liste de ses mérites qui le convainquent de leur excellence personnelle. Il ne sort pas de lui- même. Il est prisonnier de son moi qui interfère avec tout ce qu’il fait. Quand il ouvrira une petite fenêtre pour sortir de lui- même, ce sera pour se comparer au publicain, et se montrer aussi éloquent sur les détails de celui- ci que sur ses propres mérites.

Ce qui, par contre, est recevable dans la prière du publicain, c’est d’abord son attitude physique. L’évangile dit de lui : « il se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel. » Cette attitude physique n’est que le reflet d’une grande humilité de cœur qui l’anime et l’amène à se frapper la poitrine en disant : « mon Dieu, prend pitié du pécheur que je suis. » En peu de mots, le publicain prend Dieu pour partenaire et dialogue non pas d’égale à égale. Il reconnait la majesté de Dieu et sa misère de pécheur devant lui. Il exprime ainsi la vérité de l’homme et la vérité de Dieu.

Examinons maintenant la sentence du Christ. Le publicain rentre chez lui justifié. Le pharisien, non. Le pharisien n’est pas justifié parce qu’il se justifiait lui- même. Il vient au temple, pour acheter Dieu avec ses mérites, ne sachant pas que le Très- Haut ne se livre jamais à un tel marché et que l’homme ne peut y gagner que la condamnation avec un tel comportement. Par contre, le publicain est agréé de Dieu parce que, conscient de ses péchés, il vient au temple dans l’esprit d’humilité en quête de justification auprès de Dieu. Il dit aussi vrai en ce sens que tout homme devant Dieu est pécheur et a donc besoin de pardon et de grâce.

L’approbation ou la bonne volonté de Dieu est ce que les deux recherchent. Les deux s’adressent à Dieu. L’un dit : « Dieu, je te remercie » ; l’autre : « Dieu, sois miséricordieux envers moi. L’un attend de Dieu qu’il approuve la bonne opinion qu’il a de lui-même ; l’autre supplie Dieu d’être miséricordieux envers lui, malgré son péché.

Quand un homme se loue à notre oreille, l’acte provoque en nous l’esprit de critique ; quand, au contraire, nous entendons un homme se condamner, il s’élève dans notre sein un sentiment de sympathie pour lui. Et nous comprenons que : Les mêmes effets font les mêmes actes.

Chers frères et sœurs, Ceux qui se plaignent de ne pas être exaucés dans leurs prières, devront apprendre que, ce n’est pas Dieu qu’il faut remettre en cause, mais leur propre attitude devant Dieu, selon qu’ils prient en pharisien ou en publicain. Ce qui frappe dans le cadre du publicain, c’est que pour être justifié, il ne montre même pas une attitude de conversion, à l’instar de Matthieu ou de Zachée ; et il n’est même pas dit qu’il change de métier ou qu’il perçoit désormais les impôts dans un autre esprit. C’est dire que ce ne seront jamais nos œuvres qui nous justifieront, mais la miséricorde de Dieu donnée gratuitement.

Quand on sait que dans ses lettres, Paul est de l’avis que nous venons d’émettre, nous ne pouvons qu’être perplexe de l’entendre déclarer dans la deuxième lecture de ce jour : « J’ai combattu le bon combat, j’ai tenu jusqu’au bout de la course ; je suis resté fidèle. Je n’ai qu’à recevoir la récompense du vainqueur. Dans sa justice, le Seigneur me la remettra. » A jamais, le Seigneur restera Celui qui interdit les œuvres mauvaises à ses fils et recommandera les bonnes. Mais au grand jamais, il n’existera pas une seule œuvre bonne qui explique la justification de l’homme par Dieu à part la mort de son Fils sur la croix et la gloire de sa résurrection.

Par conséquent, celui qui cherche la justification devant Dieu doit la rechercher par humilité, et non par pharisaïsme » : l’orgueil.